Article et encadré,
parus dans la revue « Éléments » n°106,
septembre 2002
Dossier : « L'Inde, la puissance et la fidélité
»
Sur la colline
qui surplombe la ville immémoriale d'Ayodhya, « l'imprenable
» [1] lieu de naissance du dieu-roi Rama
attesté par l'Itihasa (Tradition historique de l'Inde), quatre
mille hommes des forces sécuritaires du pays sont postés
au moindre détour.
Tours de contrôles, détecteurs
de métaux, fouilles, accueillent sadhus (hommes saints) ou simples
dévots qui, démunis de leurs effets personnels, déambulent
longuement par un passage tortueux pour se plonger un bref instant dans
la radiance des murthis (statues) de Rama, Sita, son épouse,
et Lakshman, son frère. Temple de fortune, une bâche décolorée
soutenue par des poteaux de bois protège mal des intempéries
ces précieuses murthis.
Pourquoi ce sinistre déploiement
sur ce haut lieu de l'Inde ?
Le 6 décembre 1992, à l'appel
de plusieurs organisations hindoues, quatre à cinq cent mille
pèlerins venus de tout le pays se rendent à Ayodhya. Et
devant les caméras du monde, ils procèdent au démantèlement
de la mosquée Babri, érigée en 1528 sur ordre de
l'envahisseur moghol Babar (1483-1530) à l'emplacement
et avec les matériaux mêmes d'un temple de Rama, après
qu'il a été rasé, temple dont l'ancienneté
remontait au XIe siècle.
Technique de destruction systématique
déployée par l'envahisseur islamique de l'Arabie à
l'Égypte, l'Iran, l'Afghanistan et jusqu'au Pakistan afin d'oblitérer
les cultures préexistantes des kafirs (infidèles) : plus
de deux mille monuments musulmans furent édifiés sur des
lieux sacrés hindous ayant tous subi le même « holocauste ».
Nombre d'épigraphes et de manuscrits d'origine islamique en témoignent.
Soixante-dix-sept batailles pour reconquérir Ayodhya
Mais les hindous ne cessèrent jamais
de célébrer Rama en son lieu de naissance et soixante
dix-sept fois, ils livrèrent bataille contre les musulmans pour
le reconquérir. Finalement en 1934, parce qu'elle fut endommagée
au cours d'un conflit armé, les musulmans abandonnèrent
la mosquée Babri, tandis que les hindous continuaient leurs puja
(cérémonies) sur un terrain adjacent où, vers 1578,
ils avaient élevé deux modestes momuments les Sita ki
rasoi et Ram Chabootra. Cependant, le 23 décembre 1949, la statue
de Rama fut placée sous le dôme central de la mosquée
et devant les foules qui affluaient, le culte hindou s'y installa.
Il est donc important de souligner que
la structure qui fut détruite le 6 décembre 1992 ne fonctionnait
plus en tant que mosquée depuis des décennies, mais comme
un temple hindou depuis 42 ans. Il faut aussi savoir qu'avant cette
date, les autorités hindoues avaient offert plusieurs alternatives
aux musulmans : la mosquée Babri ayant perdu toute signification
religieuse, celle-ci devrait éventuellement être rétrocédée
aux hindous ; le lieu de naissance de Rama étant inamovible,
projet de délocalisation de la mosquée aux frais des hindous
qui ont déjà prouvé leur savoir-faire en délocalisant
le sanctuaire de Kudavelli Sangameshvara, selon la technique utilisée
pour le temple d'Abou Simbel en Égypte. Dans plusieurs pays islamiques,
des centaines de mosquées furent ainsi transférées
pour, entre autres raisons, élargir des routes.
Mais aucune de ces propositions ne fut
retenue. Seule concession accordée : la construction d'un nouveau
temple hindou, à l'ombre de la mosquée sur un terrain
contigu.
Pourtant, dès 1989, une frange
influente de l'intelligentsia indienne, en grande partie constituée
par les historiens de l'Université Jawaharlal Nehru à
Delhi et ceux de l'Université musulmane d'Aligarh, se mit à
nier sans pour autant fournir de preuves pour étayer cette
négation l'existence du temple de Rama écrasé
sous la mosquée Babri. Fait pourtant référencé
dans la respectable Encyclopedia Britannica, et au sujet duquel l'historien
et linguiste Harsh Narain (1922-1995) nous a livré plus de cent
trente preuves littéraires dans des langues aussi diverses que
l'anglais, le français, le hindi, le sanskrit, l'ourdou, le perse,
l'arabe [2].
Les preuves de l'ancienneté du temple de Rama
Pour ces universitaires d'obédience
marxiste, alliés aux leaders islamistes et aux puissantes institutions
chrétiennes établies en Inde, l'hindouisme représente
un obscurantisme auquel il faut appliquer la solution finale à
coups de procès et de campagnes de désinformation.
Ainsi de l'accusation qu'ils lancèrent contre les hindous de
vouloir empiéter sur le site de la mosquée Babri pour
construire le nouveau temple à Rama. Or il n'en est rien. Comme
stipulé dans le jugement rendu par la Cour suprême de l'Inde
[3] le Ram Janmabhoomi Nyas [4]
est le propriétaire incontesté d'un terrain de 43 acres
adjacent au site disputé, et c'est à cet endroit que le
VHP (Vishva Hindu Parishad) [5] se propose d'acheminer
les différentes parties du nouveau temple, déjà
sculptées dans du grès rose venu des carrières
du Rajasthan.
Deux archéologues de renommée
mondiale dirigèrent le programme d'excavations à Ayodhya.
De 1975 à 1980, le Professeur B.B. Lal, ancien directeur général
de l'Archaelogical Survey of India, puis S.P. Gupta, ancien directeur
du musée d'Allahabad. Durant la première phase, quatre
tranchées furent creusées à cinq mètres
des murs ouest et sud du temple-mosquée. Nous résumons
ici les résultats de ces travaux [6] :
1. Mise au jour des fondations d'une structure
à piliers datant du XIe siècle.
2. Découverte de deux niveaux de
sol, l'un au-dessus de l'autre, seulement séparés par
une épaisse couche de débris appartenant à la structure
du XIe siècle détruite, et
dont certains matériaux, en particulier 14 piliers, furent réutilisés
pour la construction
de la mosquée Babri. Ces piliers en schiste noir portaient des
sculptures décoratives
caractéristiques du style hindou cahadval du XIe siècle
: yakshas (génies
des eaux, des cieux et de la terre), devakanyas (nymphes célestes),
dwarapal (portiers), purna-ghata (vase sacré), guirlandes de
fleurs entrelacées.
Un montant de porte de même style fut retrouvé non loin,
ainsi que deux
autres piliers, plantés à l'envers, près d'une
tombe musulmane.
3. Deux inscriptions en perse indiquaient
1528 comme date de la construction de la mosquée
par un certain Mir Baqi, sur ordre de Babar.
En outre, après la démolition
du 6 décembre 1992, 265 artefacts émergèrent des
décombres parmi lesquels une cloche de temple hindou et une plaque
de grès, dite « Hari-Vishnou », d'un poids de
400 livres, qui constitue la preuve paléographique la plus extraordinaire.
Cette plaque, abîmée par endroits, porte une inscription
de 30 vers en script sanskrit Nagari Lipi des XI-XIIe siècles,
qui consigne la construction d' « un temple merveilleux
pour Vishnou-Hari (Rama) avec de splendides piliers et une architecture
de pierre embellie par un immense shikhar d'or (tour pyramidale) [...] ».
En parfaite conformité avec l'histoire de Rama relatée
dans l'Itihasa, la ligne 19 décrit Vishnou (Rama) en train de
tuer le roi Bali ainsi que Dashanana à dix têtes (le démon
Ravana).
Mais voulant étouffer l'affaire,
les universitaires précités clamèrent haut et fort
que les artefacts, dont la plaque « Hari-Vishnou »,
étaient des faux introduits subrepticement sur le site pendant
la démolition du 6 décembre 1992. Cependant quand on sait
qu'il n'existe qu'une douzaine de paléographes au monde capables
de déchiffrer ce type d'inscription sans parler de l'insurmontable
difficulté que représenterait de ce fait une fabrication
de faux (!) on peut se permettre d'émettre un doute sur
une telle allégation. Et probablement par crainte de voir leurs
accusations déboutées, les plaignants exigèrent
une enquête de police au lieu d'une contre-expertise.
Après dix ans de procès
et d'atermoiements, la Cour suprême de l'Inde n'a toujours pas
rendu le verdict qui aurait dû donner aux hindous le droit de
reconstruire le temple dont ils furent si brutalement privés
voici des siècles. Car loin d'être une querelle autour
d'un bout de terrain et de quelques vestiges, Ayodhya est le symbole
de la lutte d'un peuple ancien, à la mémoire gravée
par des millénaires de tradition orale, qui cherche à
se réapproprier son Histoire enfouie sous plusieurs siècles
d'invasions et de colonisation.
Marie-Hélène Ettori
(Marie-Hélène Ettori, traductrice, a vécu douze
ans en Inde, pays où elle a gardé de nombreux contacts
et dont elle continue d'étudier la culture.)
Notes
[1] Traduction sanskrite d' « Ayodhya ».
[2] « The Ayodhya Temple Mosque Dispute:
Focus on Muslim Sources », Harsh Narain, Penman Publishers,
Delhi, 1993.
[3] Jugement [1994 (6) S.C.C. 360] Dr Ismail Faruqui
vs Union of India. Cité par M. Rama Jois, ancien juge
à la cour suprême du Penjab et de l'Haryana, dans « l'Indian
Express » du 4 mars 2002.
[4] Ram Janmabhoomi Nyas : important groupement
qui s'est donné pour mission de défendre le symbole
culturel que représente la reconstruction du temple de Rama à
Ayodhya.
[5] Vishva Hindu Parishad (Conseil mondial hindou)
: mouvement réformiste créé en 1964, porte-parole
de la culture hindoue sur la scène
internationale. Parmi ses réalisations, l'une des plus remarquables
fut d'avoir réuni sur une unique plateforme les chefs religieux
de nombreuses sectes hindoues souvent
opposées, avec pour priorité, l'abolition effective de
l'intouchabilité. Sa branche féminine
a pour nom Durga Vâhini, (Brigade de la déesse au tigre)
et sa branche jeunes Bajrang Dal (Équipe
d'Hanuman, le vaillant serviteur de Rama).
[6] À ce sujet voir aussi l'article « Babri
Masjid et l'archéologie : la réalité incontournable
de l'histoire ».
Sources
- « Some FAQ on Shri Rama Janmabhoomi of Ayodhya »,
published by Shri Ram Janamabhoomi Nyas, New
Delhi 2001, printed by D.K.Printworld (P) Ltd.
- « Islam Vis-a-vis Hindu Temples », Sita Ram
Goel, Voice of India, New Delhi, 1993.
- « Ayodhya Summary of Facts », R.K.Hariprasad
and Sonu Nadira, Bharatiya Pragna, March 2002.
La longue marche de Rama vers Ayodhya
Selon la tradition
de l'Inde, Rama est la septième incarnation de Vishnou, deuxième
déité de la trinité hindoue : Brahma, le créateur
; Vishnou, celui qui préserve et fait évoluer la création
; Shiva, celui qui détruit et transforme.
Chaque fois que l'humanité, emportée
par son égoïsme, s'écarte du Dharma, la Loi cosmique
qui maintient l'ordre du monde, une « descente »
de la divinité a lieu. En accomplissant une tâche terrestre,
cette incarnation sauve l'humanité du péril, mais aussi
l'aide à franchir le pas suivant vers son propre perfectionnement.
C'est le concept hindou de l'avatara.
Rama est l'homme maître de lui-même
qui ne trahit jamais le Dharma et par son exemple, enseigne la bonne
conduite aux peuples. Fils, frère, roi, époux, père
parfaits, il incarne les plus hautes valeurs de l'hindouisme tandis
que Sita, son unique épouse, représente la femme idéale,
sublime en beauté, foi et amour.
Le Ramayana (« La marche de
Rama ») du poète Valmiki raconte en 24 000 sloka (vers)
sanskrits, l'épopée de Rama contraint à l'exil
dans la forêt avec Sita et son jeune frère Lakshman à
la suite d'une intrigue puis, avec l'aide d'Hanuman, chef de l'armée
des grands singes, la destruction de Ravana, roi-démon de Sri
Lanka qui avait enlevé Sita.
De retour à Ayodhya, Rama, par
son rayonnement, transforma une période troublée en une
ère de vérité. Il est dit que durant son règne,
toutes souffrances s'écartaient de ses sujets, et que même
la mort disparut pour ceux qui ne la désiraient pas.