href="ayodhya/index.htm" href="cachemire/index.htm" href="culture/index.htm" href="invasion/index.htm" href="histoire/index.htm" href="indiatoday/index.html" href="contes-legende/krishna-leela/index.htm" Jaia Bharati, information sur l'Inde, Sri Aurobindo, culture indienne, Bankim Chandra Chatterji, aryen, veda, Kalaripayat nationalisme hindou, hindouisme, hindou, vivekananda, Rabindranath Tagore, kolkata, Bhagavad Guita, Mahabharata, Ananda Math, Le Monastère de la félicité




Jaia Bharati



LE GÉNIE INDIEN


Sri Aurobindo


Textes tirés du livre La Renaissance en Inde de Sri Aurobindo écrit en 1918
Mis en ligne avec l'aimable autorisation des Éditions Auroville Press International

 

     Nous n'appartenons pas au passé, mais aux soleils éblouissants de l'avenir.

     Il est certain que l'Inde conservera son esprit essentiel, elle conservera l'âme qui la caractérise, mais il y aura probablement un grand changement dans le corps extérieur.

     L'âme qui la caractérise ?

     La spiritualité est la clé fondamentale de l’esprit indien ; le sens de l’infini lui est naturel. L’Inde dès le commencement a perçu, — et n'a jamais oublié, même durant ses époques de raison et d’ignorance croissante — que l'on ne pouvait correctement saisir la vie ni parfaitement la vivre à la seule lumière et par le seul pouvoir de ses manifestations extérieures. L’Inde était sensible à la grandeur des lois et des forces matérielles ; elle avait une conscience aiguë de l’importance des sciences physiques ; elle savait comment organiser les arts de la vie ordinaire. Mais elle voyait que le physique ne prend son sens plein que s’il se tient en juste relation avec le supraphysique ; elle voyait que la complexité de l’univers ne peut s’expliquer dans les termes actuels de l’homme ni être appréhendée par sa vision superficielle, qu’il est d’autres pouvoirs derrière, qu'il existe à l'intérieur de l'homme lui-même d’autres pouvoirs dont il n’est pas conscient dans son état normal, qu’il n’est conscient que d’une petite partie de lui-même, que toujours l’invisible entoure le visible, le suprasensible le sensible, de même que l’infini entoure toujours le fini. Elle voyait aussi que l’homme a le pouvoir de se dépasser, de devenir lui-même plus totalement et plus profondément que ce qu’il est...

     Par delà l’homme, elle vit les dieux innombrables. Par delà les dieux, elle vit Dieu. Et par delà Dieu, sa propre éternité ineffable; elle vit qu’il y avait des étendues de vie au-delà de notre vie, des étendues mentales au-delà de notre mental actuel, et au-dessus de tout cela, elle vit les splendeurs de l’esprit.

     Alors, avec cette calme audace d’une intuition qui ne connaissait ni peur ni petitesse, et ne reculait devant aucun acte de courage, fût-il spirituel, intellectuel, moral ou vital, elle déclara qu’il n’était aucune de ces choses que l’homme ne pût atteindre s’il entraînait sa volonté et sa connaissance ; il pouvait conquérir ces étendues de mental, devenir l’esprit, devenir un dieu, devenir un avec Dieu, devenir le Brahman ineffable. Et, avec la logique pratique, et le sens de la science et de la méthode organisée qui distinguaient sa mentalité, elle entreprit immédiatement de trouver le chemin.

 

 

     La spiritualité est certes la clé fondamentale de l'esprit indien, mais ce n'est pas, ce ne pouvait être, tout ce à quoi se résumait sa mentalité. Ce qui frappe le plus quand on regarde le passé de l’Inde, c’est cette vitalité stupéfiante, cette puissance de vie et cette joie de vivre inépuisables, cette créativité d’une richesse à peine croyable. Pendant trois mille ans au moins —, et en réalité pendant bien plus longtemps — sans relâche, abondamment, avec une infinie diversité de talents, à profusion, elle a créé républiques et royaumes et empires, philosophies et cosmogonies et sciences, croyances et arts et poèmes, monuments de toutes sortes, palais et temples et édifices publics, communautés et sociétés et ordres religieux, lois et codes et rituels, sciences physiques, sciences psychiques, systèmes de yoga, systèmes politiques et administratifs, arts spirituels, arts temporels, commerces, industries, artisanats, — il n’y a pas de fin à cette liste et dans chaque domaine il y a une quasi pléthore d’activités. Elle crée et crée encore et ne se satisfait point et ne se lasse point ; elle n’entend pas s’arrêter, c’est à peine si elle semble avoir besoin d’un moment d’inertie et de repos pour reprendre son souffle...

     Elle crée et crée encore...

     Les critiques européens trouvent que l’architecture, la sculpture et les autres arts de l’Inde antique pèchent par manque de réserve; ils déplorent cette débauche de richesses, cette absence d’espace vide, cet acharnement à vouloir combler le moindre interstice, bourrer le moindre intervalle. Mais défaut ou pas, c’est ce qu’exigent la vie surabondante et l’Infini bouillonnant qui sont en elle. Elle prodigue ses richesses parce qu’elle le doit, de même que l’Infini se doit, parce qu’il est l’Infini, d’emplir le moindre espace avec le frémissement de la vie et de l’énergie.

 

 

     Le troisième pouvoir de l’ancien esprit de l’Inde était une forte intellectualité, à la fois austère et riche, robuste et minutieuse, puissante et délicate, massive dans son principe et curieuse dans le détail. Son impulsion première était celle de l’ordre et de l’arrangement, mais un ordre fondé sur une recherche de la loi et de la vérité intérieures des choses, et ayant toujours en vue la possibilité d’une mise en pratique consciencieuse. L’Inde était avant tout la terre du Dharma et du Shastra. Elle cherchait la vérité et la loi intérieure de chaque activité humaine ou cosmique, son Dharma ; une fois qu’elle l’avait trouvé, elle travaillait à donner une forme élaborée à cette application dans les faits ainsi qu’un principe de fonctionnement détaillé pour l’ériger en règle de vie.

     Les Européens, lorsqu’ils considèrent la pensée spirituelle indienne, tendent à ne voir que la négation bouddhiste et illusionniste de la vie. Mais ... en soi, cet aspect ne représentait qu’une certaine conséquence, dans une certaine direction, d’une tendance du mental indien, laquelle est commune à toutes ses activités, qui est de poursuivre chaque impulsion, chaque particularité même, qu’elle soit spirituelle, intellectuelle, éthique ou vitale, jusqu’à son point le plus extrême, et d’explorer ses possibilités ultimes... On savait que sans un « juste excès », on ne peut briser les limites que l’inertie du mental ordinaire oppose à la connaissance, à la pensée et à l’expérience ; et dans cette poursuite, l’esprit indien faisait montre d’un courage sans bornes et avançait d’un pas ferme.

     Cependant il faut noter que cette poursuite des extrêmes les plus opposés n’a jamais engendré de désordre; les périodes les plus hédonistes n’offrent rien qui puisse ressembler à la corruption débridée qu’une tendance similaire a produit plus d’une fois en Europe. En effet, le mental indien n’est pas seulement spirituel et éthique, il est aussi intellectuel et artistique, or la loi qui régit l’intellect, tout comme le rythme qui sous-tend la beauté, sont hostiles à l’esprit de chaos. Dans chaque extrême, l’esprit indien est à la recherche d’une loi à l’intérieur même de cet extrême, de même qu’il recherche une règle, une mesure et une structure dans l'application. Par ailleurs, cette exploration des extrêmes est équilibrée par une caractéristique plus profonde encore, la tendance à la synthèse, de sorte qu’ayant poussé chaque impulsion jusqu’à sa possibilité la plus éloignée, le mental indien finit toujours par intégrer quelque chose de la connaissance qu’il a acquise, ce qui a pour résultat une harmonie et un équilibre dans l’action et les institutions.

 

 

     Tout ce qui était dans le passé de l'Inde existe encore à l'état latent; ce n'est pas détruit, c'est là, attendant de pouvoir revêtir de nouvelles formes...

     Ô Durga, Toi qui chevauches le lion, et brandit le trident ! Toi au corps splendide revêtu de l'armure ! Mère, Toi qui donnes la victoire, l'Inde t'attend, elle brule du désir de te voir. Entends notre prière, ô Mère, manifeste-toi sur cette terre de l'Inde.

     Ô Mère, l'Inde t'attend...

 

 

     D'une manière générale l'action indienne est influencée par les principes européens et la méthode européenne, et comme ceux-ci sont profondément étrangers à l'esprit qui est en nous, cette action, ne provenant pas des racines de notre être, manque de volonté, de force et d’efficacité. Dans quelques directions seulement brille une lueur claire de connaissance de soi. C’est lorsqu’une plus grande lumière dominera et deviendra générale que nous pourrons alors parler, non seulement comme d’un espoir mais comme d’une réalité, de la renaissance de l’Inde.

     L'Inde millénaire n'est pas morte, elle n'a pas dit son dernier mot créateur; elle vit et elle a encore quelque chose à faire pour elle-même et pour les peuples humains. Et ce qui doit chercher maintenant à s'éveiller, ce n'est pas un peuple oriental anglicisé, élève docile de l'Occident, voué à répéter le cycle de succès et d'échecs de l'Occident; c'est une fois encore, la Shakti ancienne, immémoriale, retrouvant son être le plus profond, relevant la tête et la tournant vers la source suprême de lumière et de force pour découvrir le sens complet et une forme plus vaste de son Dharma.

 

 

La tâche de la Renaissance indienne

Retrouver l’ancienne connaissance et l’expérience spirituelle dans toute leur splendeur, leur profondeur et leur plénitude est la tâche première, la plus essentielle

infuser cette spiritualité dans de nouvelles formes, en philosophie, littérature, art, science et connaissance critique est la seconde ;

traiter de manière originale les problèmes du monde moderne à la lumière de l’esprit indien et tenter de formuler une synthèse d’un ordre supérieur pour une société spiritualisée, sera la troisième et la plus difficile.

L’aide que l’Inde apportera à l’avenir de l’humanité se mesurera à sa réussite dans ces trois entreprises.

Sri Aurobindo



(Montage de textes effectué par Christine Devin pour le film Le génie indien réalisé et produit par les Éditions Auroville Press International)



Jaia Bharati

 

 

   href="ayodhya/index.htm" href="cachemire/index.htm" href="culture/index.htm" href="invasion/index.htm" href="histoire/index.htm" href="indiatoday/index.html" href="contes-legende/krishna-leela/index.htm" Jaia Bharati, information sur l'Inde, Sri Aurobindo, culture indienne, aryen, veda, Kalaripayat nationalisme hindou, hindouisme, hindou, vivekananda, kolkata, Bhagavad Guita, Mahabharata   
© Jaïa Bharati