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LA GUÎTA ET LE YOGA INTÉGRAL

par Michel Danino

 


(Ce texte a été préparé pour le séminaire international sur la Guîtâ organisé à Trivandrum, au Kérala, en décembre 2000 par le Bharateeya Vichara Kendram sous l'égide du ministère de la Culture du gouvernement indien.)



     La Bhagavad Guîtâ a été l'un des piliers les plus solides du temple intérieur de l'Inde. Elle a effectué une large et profonde synthèse des divers chemins vers cette Réalité dont les anciens Rishis et yogis firent leur but unique et qu'ils poursuivirent avec une si parfaite maîtrise. Aucune autre écriture n'a réuni dans un texte aussi concis l'essence combinée du Védanta des Oupanishads, du Sankhya, et des yogas de la Connaissance, de la Dévotion et des Œuvres. C'est grâce à cette base que la Guîtâ a pu s'attaquer hardiment aux éternels défis de la vie, et c'est peut-être le meilleur guide que la tradition hindoue ait fourni à ceux qui cherchent à vivre concrètement un peu de cette Réalité divine chantée par les Oupanishads – et à la vivre au milieu de cette douloureuse et absurde confusion du monde –, ceux qui aspirent à donner un sens à leur action, qu'elle soit grande ou petite, et qui ont besoin de savoir dans quel esprit et à quelle lumière il leur faut agir, puisque, que nous le voulions ou non, nous sommes tous condamnés à agir, depuis le berceau jusqu'à la tombe : « Nul ne reste même un instant sans œuvrer », dit la Guîtâ (3,49).
     
     C'est cette préoccupation centrale de la Guîtâ pour l'action qui la rend précieuse dans le monde d'aujourd'hui, où la vie est devenue si fébrile qu'elle ressemble plutôt à une effervescence irréelle, à un rêve déplaisant qui se déroule à la surface des choses. Au cours de ce séminaire, d'autres auront exposé les nombreuses applications pratiques de l'enseignement de la grande Écriture dans ce monde que nous appelons moderne (et n'oublions pas que le monde de l'époque du Mahabharata était tout aussi « moderne » pour un Krishna ou un Arjouna). Ce que je voudrais faire ici, c'est évoquer brièvement les principaux éléments du yoga de la Guîtâ – ou, pour utiliser un langage plus terre à terre, ce que le Maître divin nous enjoint de faire de notre substance humaine. Mais m'inspirant de Sri Aurobindo, je demanderai aussi si de nos jours, quelques milliers d'années après qu'a été proféré pour la première fois le Chant du Seigneur, nous n'avons pas besoin de quelque chose de plus pour affronter la bataille de la vie.





Le Yoga de la Guîtâ

     La méthode de la Guîtâ est systématique. La première réponse de Sri Krishna à la vertueuse aversion d'Arjouna pour la guerre est de poser les bases d'une véritable action : « Le yoga des œuvres est supérieur à la renonciation aux œuvres » dit-il (5,2), et il affirme presque sur le ton du reproche : « Le yogi est plus grand que l'ascète  » (6,46). On ne trouve donc dans la Guîtâ aucune peur du monde, et si elle prêche la renonciation, ce n'est pas celle de l'action, mais de l'ego et de l'attachement aux fruits de l'action – le fameux nishkâma karma [œuvres sans désir de leur fruit], un précepte sublime mais exigeant, il faut bien l'admettre.

     On trouve ensuite la déclaration également célèbre : « Le yoga est l'habileté dans les œuvres », qui est peut-être à l'origine de l'interprétation courante selon laquelle la Guîtâ est un « évangile de l'action » – mais il ne s'agit pas d'une action égoïste ni d'une agitation stérile ; il s'agit d'une action faite en état de yoga, dans une pleine connaissance de la Volonté divine et une totale soumission à elle : « La connaissance est ce à quoi aboutit toute cette action... Le feu de la connaissance réduit toutes les œuvres en cendres » (4,33 & 4,37). Et pourtant, au-delà de la connaissance, nous trouvons la vraie bhakti : « Le yogi est plus grand que les hommes de la connaissance, plus grand que les hommes des œuvres... De tous les yogis, celui qui après m'avoir abandonné tout son être intérieur, éprouve pour moi amour et foi, celui-là je le considère comme le plus uni avec moi dans le Yoga » (6,46-47).
     C'est en ces termes que Sri Aurobindo résume l'enseignement pratique de la Guîtâ :

Le renoncement intérieur à tout désir personnel conduit à l'égalité, engendre notre soumission totale au Divin, soutient notre délivrance de l'ego diviseur, ce qui nous apporte l'unité. Mais ce doit être une unité dans la force dynamique, et pas seulement dans la paix statique ou dans la béatitude inactive. La Guîtâ nous promet la liberté de l'esprit au milieu même des œuvres et au cœur des énergies de la Nature, si nous acceptons de soumettre tout notre être à Cela qui est supérieur à l'ego séparateur et limitatif [1].


     Telle est la siddhi, la perfection que la Guîtâ propose à l'être humain évolué. De nos jours, évidemment, cette sorte de langage n'est plus à la mode. On entend plutôt parler de concepts de « développement de la personnalité », on nous demande d'être « performants », de faire montre de « combativité ». Mais pour l'ancienne vision indienne, il n'existe pas de meilleur « développement de la personnalité » que de supprimer cette personnalité en la soumettant à la Personnalité divine qui est tout, mais à laquelle nous sommes aveugles dans nos petites coquilles séparées. La Guîtâ nous demande de briser nos petites limitations et faiblesses humaines, et non de les améliorer. Elle nous invite ainsi au parfait accomplissement de notre être, et dépasse de loin tout ce que deux siècles de psychologie occidentale ont été capables d'offrir à une humanité de plus en plus malade.

     En ce sens aussi, la Guîtâ devrait être intégrée au programme d'études de tous les enfants nés sur cette terre où elle fut chantée pour la première fois, car elle constituerait un outil concret et extrêmement efficace pour ouvrir les horizons de l'enfant et fortifier son intelligence aussi bien que son âme. Mais à ce qu'il semble, l'éducation en Inde s'est surtout préoccupée d'abrutir l'esprit et l'âme des étudiants et de produire à la chaîne des machines sans vie plutôt que des êtres humains en pleine possession de leur propre richesse. Il nous reste à espérer que nous verrons se lever le jour où ce pays consentira à puiser dans les sources renouvelées de son héritage, dont la Guîtâ représente certainement une partie très centrale.

 



Le yoga intégral

     Avec sa largeur de vision inégalée et sa technique magistrale, la Guîtâ contient tout ce qu'un homme peut aspirer à réaliser pour lui-même : « L'offrande de son travail comme un sacrifice au divin, la conquête du désir, l'action sans ego et sans désir, la bhakti pour le divin, une entrée dans la conscience cosmique, le sens de l'unité avec toutes les créatures, l'unité avec le Divin. » [2] Que pourrait-on souhaiter d'autre ? Mais nous vivons à une époque où l'humanité est en proie à des convulsions telles que notre principal souci doit être le collectif plutôt que l'individu. Il est vrai que nul ne peut réellement changer quoi que ce soit au monde s'il ne s'est pas d'abord changé lui-même. C'est une loi que tous nos prétendus réformateurs, qu'ils soient d'Occident ou d'Orient, sont toujours prompts à oublier. Mais en même temps, la quête d'une libération solitaire, aussi tentante soit-elle, est moins satisfaisante que jamais. Ce monde matériel qui nous agresse de tant d'apparences négatives et sans espoir, comme pour désespérer tout chercheur sincère, à travers cette négativité même revendique à grands cris sa divinité. La seule question à poser est la suivante : si tout est le Divin, pourquoi le monde humain est-il une contradiction si infernale de sa propre réalité ? L'intention divine ne peut pas être seulement un cycle de création et de dissolution toujours recommencé, sans commencement ni fin – aussi élargissante pour l'esprit et apaisante pour l'âme que soit cette vision, elle ne prend pas en compte la poussée évolutive qui s'exerce sur l'univers, depuis le têtard en mutation jusqu'à l'étoile qui explose. Il doit y avoir quelque chose de plus que cela, une progression infinie vers une vie divine et un univers divin, car rien de moins ne peut satisfaire notre sens spirituel le plus profond. Il nous faut une vision de l'évolution qui puisse donner un sens à notre aventure humaine sur cette terre, et non une simple promesse de dissolution au bout de notre sombre époque.

     Sri Aurobindo nous a donné une telle vision, non pas seulement sous la forme d'un système philosophique, mais fondée sur l'expérience et accompagnée des outils yoguiques nécessaires à sa réalisation. Pour lui, l'affirmation védantique que ce monde tout entier est le Brahman ne saurait être une élégante abstraction – et c'est le travail de l'évolution de faire émerger cette divinité, depuis la matière inanimée jusqu'à la plante, puis l'animal, et enfin l'homme, qui n'est pas le « sommet de l'évolution », mais seulement une transition vers un être conscient qui ne sera pas soumis à nos grossières imperfections et limitations, car il incarnera un principe de conscience plus élevé et plus vrai que le mental.

     La sâdhanâ de Sri Aurobindo devait beaucoup à la Guîtâ, et pendant son incarcération à Alipore, il parvint « non seulement à comprendre intellectuellement, mais à réaliser ce que Sri Krishna exigeait d'Arjouna et ce qu'Il exige de ceux qui aspirent à faire son travail ». [3] Cette réalisation assurée, Sri Aurobindo le révolutionnaire se tourna vers la terre, descendit jusqu'aux racines de cette création physique et découvrit que :

... le monde n'est ni une création de Mâyâ ni un simple jeu du Divin, lîlâ, ni un cycle de naissances dans l'ignorance auquel nous devons échapper, mais un champ de manifestation où se déroule une évolution progressive de l'âme et de la nature dans la Matière, et depuis la Matière et passant par la Vie et le Mental, vers ce qui est au-delà du Mental, jusqu'à ce qu'elle atteigne la complète révélation de Sachchidânanda dans la vie. C'est cela qui est la base du yoga intégral et qui donne un sens nouveau à la vie. [4]


     Sri Aurobindo, dans sa méthode de yoga, suit de près la Guîtâ dans les étapes préliminaires, et met l'accent sur le « yoga des Œuvres divines » et l'abandon à la Personne divine. Il ajoute à cela la « descente de la Lumière et de la Force supramentale [...] et la transformation de la nature ». [5] C'est cette ouverture à la Shakti suprême et la descente de cette dernière dans l'instrument pour réaliser sa transformation, qui est la marque distinctive d'un yoga véritablement intégral. C'est ce que Sri Aurobindo appelle aussi la « triple transformation » : la transformation psychique, qui déchire l'écran qui nous sépare de notre être intérieur ; la transformation spirituelle, qui brise le couvercle qui nous coupe des régions supérieures ; et la transformation supramentale, qui agit sur les fondements mêmes de notre nature humaine et finalement de la Nature tout entière.

     On pourrait objecter qu'un but aussi radical ne peut représenter qu'un objectif lointain, qui ne suscite guère de différence au niveau pratique immédiat. Cette différence est pourtant considérable : dans l'effort védantique traditionnel, nos meilleures énergies sont dirigées vers le haut et nous éloignent du monde matériel. Même si la Guîtâ, dans sa méthode pratique, diffère radicalement de l'ascétisme qui fuit le monde, elle semble bel et bien accepter pour ultime objectif le « Nirvana dans le Brahman » (5,24) et la cessation des naissances. Dans le yoga intégral de Sri Aurobindo, notre effort commence aussi vers le haut – car sans la vraie Lumière et la vraie Connaissance, rien de solide ne peut être accompli. Mais une fois l'ouverture faite, une fois que la Lumière de l'âme ou de l'Être au-dessus coule à l'intérieur, la Shakti exige une conquête vers le bas, de plus en plus profond dans les innombrables recoins sombres de notre nature, plus profond encore dans la constitution même de ce monde matériel où toutes nos misères ont leur racine. C'est à ce travail que Sri Aurobindo a passé quatre décennies de sa vie.

     Alors nous réalisons qu'aucun des problèmes de l'humanité ne peut jamais être résolu tant que ces racines, négligées depuis des millénaires, ne sont pas guéries par les « eaux puissantes » dont parle le Rig-Véda. C'est seulement quand le plus haut touche le plus bas que le monde peut être transformé, et c'est pourquoi la concentration védantique sur le seul hémisphère supérieur peut certes nous aider sur le plan individuel, mais ne fait guère de différence en ce qui concerne l'évolution du monde. Une conquête de l'hémisphère inférieur par l'hémisphère supérieur répond à la demande logique de l'évolution, et nous avons désormais atteint le stade, au creux de la courbe du Kali Youga, où nous sommes appelés à affronter et à empoigner le problème : « La vie tout entière doit être acceptée, mais tout entière elle doit être transformée », [6] selon la formulation saisissante de Sri Aurobindo.



 


Au-delà de la tradition indienne

     La libération de la vie matérielle est un idéal qui a pénétré si profondément l'esprit indien qu'il semble inséparable de la meilleure recherche. Pourtant, il est important de noter que nous ne trouvons rien de la sorte dans le Rig-Véda. C'est avec les Oupanishads que nous voyons apparaître le plus grand paradoxe tacite de l'hindouisme : « Tout ceci est Brahman seul, tout ce magnifique univers », dit la Moundaka Oupanishad (II.2,12), qui affirme pourtant aussi : « Celui qui cherche le Brahman [...] en arrive au dégoût du monde, car ce n'est pas en accomplissant des œuvres que l'on atteint Celui qui est incréé ». (I.II,12) À partir de ce point-là, nous en sommes venus subconsciemment à chercher le Brahman en dehors de l'univers plutôt qu'ici dans cette vie. Quelques siècles plus tard, après être passés par le bouddhisme et le jaïnisme, nous avons parcouru un demi-cercle lorsque le grand Shankaracharya déclare : « Brahman seul est vrai, le monde est un mensonge, » brahma satyam jagan mithyâ (Vivekachoudamani, 20). C'est le creux de la courbe, pour ainsi dire, notre point le plus bas et le plus faible, où la vie est réduite à une sorte de fuite vers l'au-delà, exactement la direction opposée de l'intention conquérante des Rishis védiques.

     La Guîtâ se situe donc, aussi bien historiquement que dans sa pratique yoguique, à mi-chemin entre la vigoureuse attitude des Rishis védiques à l'égard de la vie, et le retrait de la vie que le bouddhisme, le jaïnisme et l'Advaïta Védanta ont systématisé, et qui, selon Sri Aurobindo, devait être en grande partie responsable de la dégénérescence de l'Inde. La Guîtâ n'a jamais visé à un rejet du monde aussi extrême, et pourtant, elle en contient la graine. Cette contradiction apparente est précisément ce qui déroute Arjouna. La réponse de Sri Krishna représente « le plus grand évangile des œuvres spirituelles qui fut jamais donné à l'espèce humaine, le plus parfait système de karma-yoga que l'homme ait connu dans le passé ». [7] Mais Krishna ne nous donne pas pour autant de formule toute faite. À la place, il veille à ce que les portes de l'avenir demeurent ouvertes, libres de toute Écriture, aussi grande soit-elle, car la Guîtâ affirme à maintes reprises que l'expérience et le Yoga sont supérieures aux Védas et aux Oupanishads eux-mêmes (2,46 ; 2,52-53 ; 6,44). En fin de compte, elle cherche à « s'échapper de sa propre structure », [8] comme le dit Sri Aurobindo, et elle atteint son point culminant lorsqu'elle préconise « l'abandon de tous les dharma » (18,66).

La parole suprême et finale de la Guîtâ au yogi, est qu'il doit abandonner toutes les formules conventionnelles de croyance et d'action, toutes les règles extérieures et invariables de conduite, toutes les constructions de la Nature extérieure superficielle, les dharma, et prendre refuge en le Divin seul. [9] La Guîtâ elle-même affirme que le Yogi dans son progrès doit passer par-delà toutes les Vérités écrites – shabdabrahmâtivartaté [Guîtâ, 6,44] –, par-delà tout ce qu'il a entendu et tout ce qu'il doit encore entendre – shrotavyasya shrutasya tcha. Car il n'est pas le sâdhak d'un livre, ni même de beaucoup de livres ; il est le sâdhak de l'Infini. [10]


     Ce qui fait la grandeur de l'hindouisme, c'est d'avoir compris que la Vérité ne peut être qu'infinie, et d'avoir pris soin de garder ouvert le chemin de la Vérité en évitant tous dogmes. Nous serons pleinement fidèles à cet esprit si nous bâtissons sur la pratique synthétique de la Guîtâ, encore merveilleusement adaptée à notre dharmakshetra* actuel, tout en fixant notre regard au-delà, avec l'aspiration qu'exprime Sri Krishna pour la Réalité divine de cette vie – le sens même de notre voyage humain sur cette terre.

Michel Danino

 

(Michel Danino vit en Inde depuis plus de vingt-cinq ans. Il a traduit et dirigé plusieurs ouvrages en anglais au sujet de Sri Aurobindo et de Mère, et donne de nombreuses conférences sur la culture indienne dont plusieurs ont été publiées. Il est également l'auteur d'un livre sur le problème aryen du point de vue indien., « The Invasion That Never Was ». En 2001, Michel Danino a réuni le « Forum International pour l'Héritage indien », avec 160 éminentes personnalités indiennes.)

(Ce texte ne peut être reproduit qu'avec la permission de l'auteur, qui peut être contacté à michel_danino@yahoo.com.)

 

 

Note :

* Le « champ du dharma », qui est aussi le champ de bataille où se déroule le dialogue de la Bhagavad Guîtâ.

 

Références

[1]   La Synthèse des Yoga - le Yoga des Œuvres (Buchet/Chastel) p. 138.
[2]   Letters on Yoga (éd. du Centenaire), 23.669.
[3]   Uttarpara Speech, Karmayogin (éd. du Centenaire), 2.3.
[4]   Letters on Yoga, 22.69-70.
[5]   Letters on Yoga, 23.669.
[6]   La Synthèse des Yoga - le Yoga des Œuvres, p. 282.
[7]   La Synthèse des Yoga - le Yoga des Œuvres, p. 137.
[8]   Essays on the Gita (éd. du Centenaire), 13.537.
[9]   La Synthèse des Yoga - le Yoga des Œuvres », p. 424.
[10] The Synthesis of Yoga (Complete Works of Sri Aurobindo, 1999), vol. 23, p. 55.


 


 

 

     
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