(Ce texte a été préparé
pour le séminaire international sur la Guîtâ organisé
à Trivandrum, au Kérala, en décembre 2000 par le
Bharateeya Vichara Kendram sous l'égide du ministère de
la Culture du gouvernement indien.)
La Bhagavad Guîtâ
a été l'un des piliers les plus solides du temple intérieur
de l'Inde. Elle a effectué une large et profonde synthèse
des divers chemins vers cette Réalité dont les anciens
Rishis et yogis firent leur but unique et qu'ils poursuivirent avec
une si parfaite maîtrise. Aucune autre écriture n'a réuni
dans un texte aussi concis l'essence combinée du Védanta
des Oupanishads, du Sankhya, et des yogas de la Connaissance, de la
Dévotion et des uvres. C'est grâce à cette
base que la Guîtâ a pu s'attaquer hardiment aux éternels
défis de la vie, et c'est peut-être le meilleur guide que
la tradition hindoue ait fourni à ceux qui cherchent à
vivre concrètement un peu de cette Réalité divine
chantée par les Oupanishads et à la vivre au milieu
de cette douloureuse et absurde confusion du monde , ceux qui
aspirent à donner un sens à leur action, qu'elle soit
grande ou petite, et qui ont besoin de savoir dans quel esprit et à
quelle lumière il leur faut agir, puisque, que nous le voulions
ou non, nous sommes tous condamnés à agir, depuis le berceau
jusqu'à la tombe : « Nul ne reste même un instant
sans uvrer », dit la Guîtâ (3,49).
C'est cette préoccupation centrale
de la Guîtâ pour l'action qui la rend précieuse dans
le monde d'aujourd'hui, où la vie est devenue si fébrile
qu'elle ressemble plutôt à une effervescence irréelle,
à un rêve déplaisant qui se déroule à
la surface des choses. Au cours de ce séminaire, d'autres auront
exposé les nombreuses applications pratiques de l'enseignement
de la grande Écriture dans ce monde que nous appelons moderne
(et n'oublions pas que le monde de l'époque du Mahabharata était
tout aussi « moderne » pour un Krishna ou un Arjouna).
Ce que je voudrais faire ici, c'est évoquer brièvement
les principaux éléments du yoga de la Guîtâ
ou, pour utiliser un langage plus terre à terre, ce que
le Maître divin nous enjoint de faire de notre substance humaine.
Mais m'inspirant de Sri Aurobindo, je demanderai aussi si de nos jours,
quelques milliers d'années après qu'a été
proféré pour la première fois le Chant du Seigneur,
nous n'avons pas besoin de quelque chose de plus pour affronter la bataille
de la vie.
Le Yoga de la Guîtâ
La
méthode de la Guîtâ est systématique. La première
réponse de Sri Krishna à la vertueuse aversion d'Arjouna
pour la guerre est de poser les bases d'une véritable action
: « Le yoga des uvres est supérieur à
la renonciation aux uvres » dit-il (5,2), et il affirme
presque sur le ton du reproche : « Le yogi est plus grand
que l'ascète » (6,46). On ne trouve donc dans la
Guîtâ aucune peur du monde, et si elle prêche la renonciation,
ce n'est pas celle de l'action, mais de l'ego et de l'attachement aux
fruits de l'action le fameux nishkâma karma [uvres
sans désir de leur fruit], un précepte sublime mais exigeant,
il faut bien l'admettre.
On trouve ensuite la déclaration
également célèbre : « Le yoga est l'habileté
dans les uvres », qui est peut-être à l'origine
de l'interprétation courante selon laquelle la Guîtâ
est un « évangile de l'action » mais
il ne s'agit pas d'une action égoïste ni d'une agitation
stérile ; il s'agit d'une action faite en état de yoga,
dans une pleine connaissance de la Volonté divine et une totale
soumission à elle : « La connaissance est ce à
quoi aboutit toute cette action... Le feu de la connaissance réduit
toutes les uvres en cendres » (4,33 & 4,37). Et
pourtant, au-delà de la connaissance, nous trouvons la vraie
bhakti : « Le yogi est plus grand que les hommes de la connaissance,
plus grand que les hommes des uvres... De tous les yogis, celui
qui après m'avoir abandonné tout son être intérieur,
éprouve pour moi amour et foi, celui-là je le considère
comme le plus uni avec moi dans le Yoga » (6,46-47).
C'est en ces termes que Sri Aurobindo
résume l'enseignement pratique de la Guîtâ :
Le renoncement
intérieur à tout désir personnel conduit à
l'égalité, engendre notre soumission totale au Divin,
soutient notre délivrance de l'ego diviseur, ce qui nous apporte
l'unité. Mais ce doit être une unité dans la force
dynamique, et pas seulement dans la paix statique ou dans la béatitude
inactive. La Guîtâ nous promet la liberté de l'esprit
au milieu même des uvres et au cur des énergies
de la Nature, si nous acceptons de soumettre tout notre être à
Cela qui est supérieur à l'ego séparateur et limitatif
[1].
Telle est la siddhi, la perfection que
la Guîtâ propose à l'être humain évolué.
De nos jours, évidemment, cette sorte de langage n'est plus à
la mode. On entend plutôt parler de concepts de « développement
de la personnalité », on nous demande d'être
« performants », de faire montre de « combativité ».
Mais pour l'ancienne vision indienne, il n'existe pas de meilleur « développement
de la personnalité » que de supprimer cette personnalité
en la soumettant à la Personnalité divine qui est tout,
mais à laquelle nous sommes aveugles dans nos petites coquilles
séparées. La Guîtâ nous demande de briser
nos petites limitations et faiblesses humaines, et non de les améliorer.
Elle nous invite ainsi au parfait accomplissement de notre être,
et dépasse de loin tout ce que deux siècles de psychologie
occidentale ont été capables d'offrir à une humanité
de plus en plus malade.
En ce sens aussi, la Guîtâ
devrait être intégrée au programme d'études
de tous les enfants nés sur cette terre où elle fut chantée
pour la première fois, car elle constituerait un outil concret
et extrêmement efficace pour ouvrir les horizons de l'enfant et
fortifier son intelligence aussi bien que son âme. Mais à
ce qu'il semble, l'éducation en Inde s'est surtout préoccupée
d'abrutir l'esprit et l'âme des étudiants et de produire
à la chaîne des machines sans vie plutôt que des
êtres humains en pleine possession de leur propre richesse. Il
nous reste à espérer que nous verrons se lever le jour
où ce pays consentira à puiser dans les sources renouvelées
de son héritage, dont la Guîtâ représente
certainement une partie très centrale.
Le yoga intégral
Avec
sa largeur de vision inégalée et sa technique magistrale,
la Guîtâ contient tout ce qu'un homme peut aspirer à
réaliser pour lui-même : « L'offrande
de son travail comme un sacrifice au divin, la conquête du désir,
l'action sans ego et sans désir, la bhakti pour le divin, une
entrée dans la conscience cosmique, le sens de l'unité
avec toutes les créatures, l'unité avec le Divin. »
[2] Que pourrait-on souhaiter d'autre ? Mais nous
vivons à une époque où l'humanité est en
proie à des convulsions telles que notre principal souci doit
être le collectif plutôt que l'individu. Il est vrai que
nul ne peut réellement changer quoi que ce soit au monde s'il
ne s'est pas d'abord changé lui-même. C'est une loi que
tous nos prétendus réformateurs, qu'ils soient d'Occident
ou d'Orient, sont toujours prompts à oublier. Mais en même
temps, la quête d'une libération solitaire, aussi tentante
soit-elle, est moins satisfaisante que jamais. Ce monde matériel
qui nous agresse de tant d'apparences négatives et sans espoir,
comme pour désespérer tout chercheur sincère, à
travers cette négativité même revendique à
grands cris sa divinité. La seule question à poser est
la suivante : si tout est le Divin, pourquoi le monde humain est-il
une contradiction si infernale de sa propre réalité ?
L'intention divine ne peut pas être seulement un cycle de création
et de dissolution toujours recommencé, sans commencement ni fin
aussi élargissante pour l'esprit et apaisante pour l'âme
que soit cette vision, elle ne prend pas en compte la poussée
évolutive qui s'exerce sur l'univers, depuis le têtard
en mutation jusqu'à l'étoile qui explose. Il doit y avoir
quelque chose de plus que cela, une progression infinie vers une vie
divine et un univers divin, car rien de moins ne peut satisfaire notre
sens spirituel le plus profond. Il nous faut une vision de l'évolution
qui puisse donner un sens à notre aventure humaine sur cette
terre, et non une simple promesse de dissolution au bout de notre sombre
époque.
Sri Aurobindo nous a donné une
telle vision, non pas seulement sous la forme d'un système philosophique,
mais fondée sur l'expérience et accompagnée des
outils yoguiques nécessaires à sa réalisation.
Pour lui, l'affirmation védantique que ce monde tout entier est
le Brahman ne saurait être une élégante abstraction
et c'est le travail de l'évolution de faire émerger
cette divinité, depuis la matière inanimée jusqu'à
la plante, puis l'animal, et enfin l'homme, qui n'est pas le « sommet
de l'évolution », mais seulement une transition vers
un être conscient qui ne sera pas soumis à nos grossières
imperfections et limitations, car il incarnera un principe de conscience
plus élevé et plus vrai que le mental.
La sâdhanâ
de Sri Aurobindo devait beaucoup à la Guîtâ, et pendant
son incarcération à Alipore, il parvint « non
seulement à comprendre intellectuellement, mais à réaliser
ce que Sri Krishna exigeait d'Arjouna et ce qu'Il exige de ceux qui
aspirent à faire son travail ». [3]
Cette réalisation assurée, Sri Aurobindo le révolutionnaire
se tourna vers la terre, descendit jusqu'aux racines de cette création
physique et découvrit que :
... le monde n'est ni
une création de Mâyâ ni un simple jeu du Divin,
lîlâ, ni un cycle de naissances dans l'ignorance auquel
nous devons échapper, mais un champ de manifestation où
se déroule une évolution progressive de l'âme
et de la nature dans la Matière, et depuis la Matière
et passant par la Vie et le Mental, vers ce qui est au-delà
du Mental, jusqu'à ce qu'elle atteigne la complète révélation
de Sachchidânanda dans la vie. C'est cela qui est la base du
yoga intégral et qui donne un sens nouveau à la vie.
[4]
Sri Aurobindo, dans sa
méthode de yoga, suit de près la Guîtâ dans
les étapes préliminaires, et met l'accent sur le « yoga
des uvres divines » et l'abandon à la Personne
divine. Il ajoute à cela la « descente de la Lumière
et de la Force supramentale [...] et la transformation de la nature ».
[5] C'est cette ouverture à la Shakti suprême
et la descente de cette dernière dans l'instrument pour réaliser
sa transformation, qui est la marque distinctive d'un yoga véritablement
intégral. C'est ce que Sri Aurobindo appelle aussi la « triple
transformation » : la transformation psychique, qui déchire
l'écran qui nous sépare de notre être intérieur
; la transformation spirituelle, qui brise le couvercle qui nous coupe
des régions supérieures ; et la transformation supramentale,
qui agit sur les fondements mêmes de notre nature humaine et finalement
de la Nature tout entière.
On pourrait objecter qu'un but aussi radical
ne peut représenter qu'un objectif lointain, qui ne suscite guère
de différence au niveau pratique immédiat. Cette différence
est pourtant considérable : dans l'effort védantique traditionnel,
nos meilleures énergies sont dirigées vers le haut et nous
éloignent du monde matériel. Même si la Guîtâ,
dans sa méthode pratique, diffère radicalement de l'ascétisme
qui fuit le monde, elle semble bel et bien accepter pour ultime objectif
le « Nirvana dans le Brahman » (5,24) et la cessation
des naissances. Dans le yoga intégral de Sri Aurobindo, notre effort
commence aussi vers le haut car sans la vraie Lumière et
la vraie Connaissance, rien de solide ne peut être accompli. Mais
une fois l'ouverture faite, une fois que la Lumière de l'âme
ou de l'Être au-dessus coule à l'intérieur, la Shakti
exige une conquête vers le bas, de plus en plus profond dans les
innombrables recoins sombres de notre nature, plus profond encore dans
la constitution même de ce monde matériel où toutes
nos misères ont leur racine. C'est à ce travail que Sri
Aurobindo a passé quatre décennies de sa vie.
Alors nous réalisons qu'aucun des
problèmes de l'humanité ne peut jamais être résolu
tant que ces racines, négligées depuis des millénaires,
ne sont pas guéries par les « eaux puissantes »
dont parle le Rig-Véda. C'est seulement quand le plus haut touche
le plus bas que le monde peut être transformé, et c'est pourquoi
la concentration védantique sur le seul hémisphère
supérieur peut certes nous aider sur le plan individuel, mais ne
fait guère de différence en ce qui concerne l'évolution
du monde. Une conquête de l'hémisphère
inférieur par l'hémisphère supérieur répond
à la demande logique de l'évolution, et nous avons désormais
atteint le stade, au creux de la courbe du Kali Youga, où nous
sommes appelés à affronter et à empoigner le problème
: « La vie tout entière doit être acceptée,
mais tout entière elle doit être transformée »,
[6] selon la formulation saisissante de Sri Aurobindo.
Au-delà de la tradition indienne
La
libération de la vie matérielle est un idéal qui
a pénétré si profondément l'esprit indien
qu'il semble inséparable de la meilleure recherche. Pourtant,
il est important de noter que nous ne trouvons rien de la sorte dans
le Rig-Véda. C'est avec les Oupanishads que nous voyons apparaître
le plus grand paradoxe tacite de l'hindouisme : « Tout ceci
est Brahman seul, tout ce magnifique univers », dit la Moundaka
Oupanishad (II.2,12), qui affirme pourtant aussi : « Celui
qui cherche le Brahman [...] en arrive au dégoût du monde,
car ce n'est pas en accomplissant des uvres que l'on atteint Celui
qui est incréé ». (I.II,12) À partir
de ce point-là, nous en sommes venus subconsciemment à
chercher le Brahman en dehors de l'univers plutôt qu'ici dans
cette vie. Quelques siècles plus tard, après être
passés par le bouddhisme et le jaïnisme, nous avons parcouru
un demi-cercle lorsque le grand Shankaracharya déclare : « Brahman
seul est vrai, le monde est un mensonge, » brahma satyam
jagan mithyâ (Vivekachoudamani, 20). C'est le creux de la courbe,
pour ainsi dire, notre point le plus bas et le plus faible, où
la vie est réduite à une sorte de fuite vers l'au-delà,
exactement la direction opposée de l'intention conquérante
des Rishis védiques.
La Guîtâ se situe donc, aussi
bien historiquement que dans sa pratique yoguique, à mi-chemin
entre la vigoureuse attitude des Rishis védiques à l'égard
de la vie, et le retrait de la vie que le bouddhisme, le jaïnisme
et l'Advaïta Védanta ont systématisé, et qui,
selon Sri Aurobindo, devait être en grande partie responsable
de la dégénérescence de l'Inde. La Guîtâ
n'a jamais visé à un rejet du monde aussi extrême,
et pourtant, elle en contient la graine. Cette contradiction apparente
est précisément ce qui déroute Arjouna. La
réponse de Sri Krishna représente « le plus
grand évangile des uvres spirituelles qui fut jamais donné
à l'espèce humaine, le plus parfait système de
karma-yoga que l'homme ait connu dans le passé ».
[7] Mais Krishna ne nous donne pas pour autant de
formule toute faite. À la place, il veille à ce que les
portes de l'avenir demeurent ouvertes, libres de toute Écriture,
aussi grande soit-elle, car la Guîtâ affirme à maintes
reprises que l'expérience et le Yoga sont supérieures
aux Védas et aux Oupanishads eux-mêmes (2,46 ; 2,52-53
; 6,44). En fin de compte, elle cherche à
« s'échapper de sa propre structure »,
[8] comme le dit Sri Aurobindo, et elle atteint
son point culminant lorsqu'elle préconise « l'abandon
de tous les dharma » (18,66).
La parole
suprême et finale de la Guîtâ au yogi, est qu'il doit
abandonner toutes les formules conventionnelles de croyance et d'action,
toutes les règles extérieures et invariables de conduite,
toutes les constructions de la Nature extérieure superficielle,
les dharma, et prendre refuge en le Divin seul. [9]
La Guîtâ elle-même affirme que le Yogi dans son progrès
doit passer par-delà toutes les Vérités écrites
shabdabrahmâtivartaté [Guîtâ, 6,44]
, par-delà tout ce qu'il a entendu et tout ce qu'il doit
encore entendre shrotavyasya shrutasya tcha. Car il n'est pas
le sâdhak d'un livre, ni même de beaucoup de livres ; il
est le sâdhak de l'Infini. [10]
Ce qui fait la grandeur
de l'hindouisme, c'est d'avoir compris que la Vérité ne
peut être qu'infinie, et d'avoir pris soin de garder ouvert le
chemin de la Vérité en évitant tous dogmes. Nous
serons pleinement fidèles à cet esprit si nous bâtissons
sur la pratique synthétique de la Guîtâ, encore merveilleusement
adaptée à notre dharmakshetra* actuel,
tout en fixant notre regard au-delà, avec l'aspiration qu'exprime
Sri Krishna pour la Réalité divine de cette vie
le sens même de notre voyage humain sur cette terre.
Michel Danino
(Michel
Danino vit en Inde depuis plus de vingt-cinq ans. Il a traduit et
dirigé plusieurs ouvrages en anglais au sujet de Sri
Aurobindo et de Mère, et donne de nombreuses conférences
sur la culture indienne dont plusieurs ont été publiées.
Il est également l'auteur d'un livre sur le problème aryen
du point de vue indien., « The Invasion That Never Was ».
En 2001, Michel Danino a réuni le « Forum
International pour l'Héritage indien », avec 160
éminentes personnalités indiennes.)
(Ce texte ne peut être reproduit
qu'avec la permission de l'auteur, qui peut être contacté
à michel_danino@yahoo.com.)
Note :
* Le « champ du dharma »,
qui est aussi le champ de bataille où se déroule le dialogue
de la Bhagavad Guîtâ.
Références
[1] La
Synthèse des Yoga - le Yoga des uvres (Buchet/Chastel)
p. 138. [2] Letters
on Yoga (éd. du Centenaire), 23.669.
[3] Uttarpara Speech, Karmayogin
(éd. du Centenaire), 2.3.
[4] Letters on Yoga, 22.69-70.
[5] Letters on Yoga, 23.669.
[6] La Synthèse des Yoga
- le Yoga des uvres, p. 282.
[7] La Synthèse des Yoga
- le Yoga des uvres, p. 137.
[8] Essays on the Gita (éd.
du Centenaire), 13.537.
[9] La Synthèse des Yoga
- le Yoga des uvres », p. 424.
[10] The Synthesis of Yoga (Complete Works
of Sri Aurobindo, 1999), vol. 23, p. 55.