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LA STATUAIRE DE L'INDE ANCIENNE

Extrait d’un des chapitres sur l’art dans
Les Fondements de la culture indienne
, de Sri Aurobindo.

 

Femme à l'arbre. Xème-XIème siècle. (Musée Guimet)     Ce qui jaillit des Upanishads en pensées inspirées, ce que le Mahabharata et le Ramayana traduisent par une peinture de la vie, l’ancienne sculpture de l’Inde l’incarne en des formes visibles. Tout comme l’architecture, cette sculpture a pour origine une réalisation spirituelle, et ce qu’elle exprime et crée au plus haut d’elle-même, c’est l’esprit dans la forme, l’âme dans le corps... Quelque chose de cette intention plane sur toute la statuaire, toujours présent, toujours suggéré, même lorsque cela ne domine pas l’esprit du sculpteur. Il en va donc de la sculpture comme de l’architecture : nous devons l’aborder d’une façon différente, la regarder et la sentir d’une façon différente, et, pour voir, plonger en nous-mêmes plus profondément que ne nous y invite l’art européen, où l’imagination reste davantage en surface. Les dieux olympiens de Phidias sont des êtres humains grandis et sublimés, qu’un certain calme divin de type impersonnel ou universel, préserve des limitations humaines ; dans les autres œuvres, on voit des héros, des athlètes, des incarnations féminines de la beauté, et, s’exprimant par la beauté idéalisée du corps humain, la représentation sereine et mesurée d’une idée, d’une action ou d’une émotion. Les dieux de la sculpture indienne, eux, sont des êtres cosmiques. Ils incarnent un grand pouvoir spirituel, une idée ou une action spirituelle, une vérité psychique secrète, la forme humaine n’étant que le véhicule de cette vérité, le moyen d’expression. Tout ce que peut représenter la figure humaine, toutes les possibilités qu’elle offre — visage, mains, position des membres, équilibre et orientation du corps, — chaque accessoire, tout doit être empreint du sens intérieur, favoriser son émergence, soutenir le rythme de l’impression générale ; en est écarté tout ce qui nuit au projet principal, en particulier toute insistance sur ce que le corps humain peut suggérer de simplement vital ou physique, d’extérieur ou d’ordinaire. Mettre en valeur non pas la beauté idéale physique ou émotionnelle, mais la beauté ou la signification spirituelle la plus haute dont soit capable la forme humaine, voilà ce que se propose cette création. Son thème, c’est l’être divin en nous. Son idée et son secret, c’est de représenter l’âme par le corps. Mahalakshmi. Art Chola  Xème-XIème siècles. Musée TanjoreC’est pourquoi, devant cet art, il n’est pas suffisant de le regarder et d’y répondre avec sa perception esthétique et son imagination, il faut encore chercher ce que la forme porte en elle-même, et même poursuivre, à travers elle et derrière elle, le chemin qu’elle a ouvert sur l’infini. Dans son aspect hiératique ou religieux, la sculpture indienne est intimement liée aux expériences de la méditation et de l’adoration — ces expériences profondes de notre découverte intérieure et que notre critique qualifie avec mépris d’« hallucinations yoguiques ». Chercher la réalisation de l’âme est sa méthode de création : chercher la réalisation de l’âme doit être notre façon de répondre et de comprendre. Et même lorsqu’il s’agit de personnages humains, le même but, la même vision intérieure dirige le travail du sculpteur. La statue d’un roi ou d’un saint ne doit pas seulement donner l’idée d’un roi ou d’un saint, ou dépeindre une action dramatique, ou tailler un personnage dans la pierre, mais plutôt donner corps à un état ou une expérience d’âme, une qualité d’âme plus profonde : suggérer par exemple, non l’émotion extérieure du saint ou du fidèle en présence de la divinité adorée, mais l’aspect intérieur, l’adoration extasiée de son âme, sa rencontre avec le divin. Telle est la tâche particulière que se fixa le sculpteur indien...

Le Tîrthankhara Rishabhanâtha. Art candella des Xème-XIème siècles. Musée Guimet     Une fois ce critère admis, on ne saurait trop louer la sculpture indienne pour sa compréhension profonde de tout ce que cela impliquait. On ne saurait trop la louer pour le talent avec lequel elle s’acquitta de cette tâche, et pour la grandeur et la beauté suprêmes de ses chefs-d’œuvre. Prenons par exemple les grands Bouddhas – non ceux de l’école Gandhara, mais les personnages divins ou assemblées divines des grottes-cathédrales ou des temples —, les plus beaux bronzes du Sud, d’époque plus récente, ... ou encore le Kalasamhara, les Nataraja. Qu’il s’agisse de conception ou d’exécution, jamais main d’homme n’a réalisé une œuvre plus grande et plus raffinée — d’autant plus grande qu’elle obéit à une vision esthétique spiritualisée. L’image du Bouddha réussit à exprimer l’infini dans une image finie ; avoir su incarner le calme illimité du Nirvana dans une forme et un visage humain n’est certes pas une prouesse négligeable ni l’œuvre de barbares. Et si le Shiva Kalasamhara est l’œuvre suprême, ce n’est pas seulement à cause de la majesté, la puissance, la force calme du contrôle, la dignité et la souveraineté que cette figure, dans son esprit comme dans sa pose, incarne dans le visible — cela ne représente au mieux que la moitié de la réussite. C’est bien davantage à cause de cette concentration de passion divine — l’Esprit vainqueur du temps et de l’existence – que l’artiste a su représenter dans les yeux, le front, la bouche et tous les traits du visage, qu’il a su renforcer subtilement par des suggestions, non pas émotionnelles mais spirituelles, émanant de chaque partie du corps de la divinité, et par le rythme de son inspiration déversé dans toute l’œuvre. Et que dire de la maîtrise, du génie merveilleux avec lesquels sont rendus le mouvement cosmique et la joie de la danse de Shiva, que dire du bonheur avec lequel la position de chaque partie du corps fait ressortir le sens symbolique, que dire de l’intensité et de l’abandon extatiques du mouvement lui-même, ce qui n’exclut pas une juste retenue, que dire des variations subtiles de chaque élément du thème commun dont ces maîtres sculpteurs eurent l’idée saisissante ? Les images se succèdent, et que ce soit dans les grands temples ou dans les fragments que le temps a épargnés, c’est partout le même art, la même noblesse, le même génie, à l’œuvre dans une tradition aux styles multiples. Nous retrouvons partout l’idée spirituelle profonde, fermement ancrée, inlassablement exprimée dans chaque courbe, ligne ou volume, dans la main et les membres, dans cette pose suggestive ou ce rythme éloquent.

Sri Aurobindo

Les Fondements de la culture indienne, pages 317 à 319

 

Shiva Nataraja

 

LE TEMPLE INDIEN :

UN APPEL ET UNE ASPIRATION À L'INFINI


     L’architecture indienne sacrée, quelle qu’en soit l’époque, le style ou la vocation, remonte à quelque chose d’infiniment ancien ; quelque chose qui a presque complètement disparu, sauf en Inde, qui appartient au passé et qui, pourtant, chose difficile à admettre pour un esprit rationaliste, possède un avenir ; quelque chose qui va nous revenir — qui déjà commence à nous revenir —, quelque chose qui appartient au futur. Un temple indien, quelle que soit sa divinité tutélaire, est en sa réalité la plus intime un autel élevé au Moi divin, une demeure de l’Esprit cosmique, un appel et une aspiration à l’Infini. C’est en tant que tel et à la lumière de cette vision, de cette conception, qu’il doit initialement être compris, et tout le reste doit être vu dans ce cadre et dans cette perspective ; alors seulement peut-on vraiment comprendre. Aucun œil, si vif, si exercé soit-il, aucune intelligence esthétique, si épanouie, si sensible soit-elle, ne peuvent arriver à cette compréhension s’ils s’attachent à une conception hellénisée de la beauté rationnelle, ou s’ils s’enferment dans une interprétation matérialiste ou intellectuelle, et ne peuvent s’ouvrir à la signification de ce sublime message en répondant, par empathie, à une certaine impression de la conscience cosmique, une certaine révélation du Moi spirituel supérieur, une certaine suggestion de l’Infini. Simples mots pour l’intellect, ces réalités-là — le Moi spirituel, l’Esprit cosmique, l’Infini — sont non point rationnelles mais suprarationnelles, ce sont des présences éternelles. Elles ne sont visibles, perceptibles, familières, qu’à une intuition, une révélation au plus profond de notre moi intérieur. Un art qui en fait son point de départ, son principe fondamental, ne peut que nous offrir ce qu’il possède naturellement : leur proximité, leur contact, leur épanouissement spontané, grâce à une intuition, une révélation qui en nous y fait écho, dans notre âme et notre moi. C’est bien cela qu’il faut venir y chercher, et non la satisfaction d’une tout autre exigence, quête d’une différente forme d’imagination, d’un sens plus étroit et plus superficiel.

Sri Aurobindo

Les Fondements de la culture indienne, pages 299 à 300

© Buchet/Chastel. Pierre Zech éditeur, Paris 1997

    

Temple de Khajuraho Xème-XIème siècles, dynastie Chandelas
     

 

     
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