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« IL Y A UN FUTUR POUR LE MONDE,
IL Y EN AURA UN POUR BÉNARÈS »

Interview de Dr Veer Bhadra Mishra

Grand prêtre du temple Sankat Mochan à Bénarès, dédié à Hanuman

Réalisée par Dominique Rabotteau et Frédéric Soltan
en janvier 2005 à Varanasi

 

Dr Veer Bhadra Mishra, grand prêtre du temple Sankat Mochan à Bénarès, dédié à HanumanQuelle est l’importance de Bénarès pour les hindous ?

     Bénarès est un endroit où tous les dieux habitent. Lord Shiva a son domaine sur le mont Kailash, mais il a établi ses quartiers généraux à Bénarès.

     En raison de la présence de Shiva et des 330 millions de dieux ici, tout le monde vient chercher le salut dans cette ville. Ceux qui meurent à Bénarès sont libérés du cycle des réincarnations.

     C’est aussi l’endroit où le Gange rejoint la cité et lui donne la lumière. Ceux qui sentent cela, qui se sont réalisés dans cet endroit, ont reçu la lumière, ils ont trouvé Kashi [Kashi, « la lumineuse », autre nom de Varanasi [1]].

     Ici, deux rivières se rejoignent, Varuna et Asi, ce sont elles qui ont donné le nom ancien de Bénarès, Varanasi.

     Cette ville est le point culminant où se rencontrent toutes les castes, toutes les religions, toutes les croyances, toutes les nationalités et toutes les formes de vie. Nous n’avons pas une société hiérarchique, ni dans la religion ni dans les institutions.

     On compte douze systèmes philosophiques dans l’hindouisme. Six d’entre eux s’appellent « yastic darshan ». Ils parlent de Dieu. Les autres s’appellent « nastic darshan » et ne parlent pas de Dieu. Cette diversité se rencontre dans le Gange. Le fleuve est le grand égalisateur. Il procure le bonheur, le bien-être pour tout le monde, pour tout ce qui vit, en dépit de toutes les différences.

     Le rishi Sankarâchârya dit aussi : « Dans ce monde où tout est mouvement, où tout est illusion, où rien n’est permanent, seules quatre choses donnent un sens : vivre à Bénarès, vivre entouré de personnes nobles, prendre un bain dans le Gange et honorer le dieu Shiva. »
     Cette cité et ce fleuve procurent le salut de l’âme et la libération totale.

Remarquez-vous des changements dans le comportement religieux des dévots ?

     J’ai commencé ma vie religieuse en 1951. Depuis cette époque, la ville a beaucoup changé. Déjà physiquement, il y a beaucoup plus d’habitants. Plus de la moitié des maisons anciennes, des jardins et des étangs ont disparu. Le long des ghâts, les activités non religieuses ont beaucoup augmenté. Ce sont les changements perceptibles.

Les croyants, les rites ont-ils changé?

     Le nombre de personnes qui vont au temple, qui assistent aux fêtes et aux cérémonies religieuses est en perpétuelle augmentation. L’insécurité de notre monde entraîne une plus grande pratique religieuse, un plus grand besoin de se connecter aux pratiques traditionnelles.

     Tous les jours, le long des 7 kms de ghâts, il y a environ 60 000 personnes qui prennent un bain rituel, mais, sur ce nombre-là, peut-être n’y en a-t-il que 2000 qui ne peuvent vivre ailleurs, qui ont réellement besoin du Gange. Pour ces 2000 croyants le Gange est au centre de leur vie. Ils vivent selon la tradition de foi et d’enseignement hindoue. Ces gens-là sont très spéciaux, ils ne pourraient pas s’adapter au monde moderne. Il n’y a pas de place pour eux. Ce sont comme des extra-terrestres. Ils se cherchent.

     C’est triste à dire, mais désormais, dans notre pays, il n’y a pas de place, pas de considération pour ceux qui pratiquent l’hindouisme.

     La façon de pratiquer les rituels, de suivre les enseignements a beaucoup évoluée elle aussi dans l’Inde entière, il y a une érosion des pratiques. Cela ne correspond plus aux règles traditionnelles, mais, Bénarès est toujours la même, elle a gardé son symbolisme absolu.

Que pensez-vous des rapports de la jeune génération avec la foi ?

     Les jeunes ne sont pas éduqués, ne sont pas entraînés dans la pratique de la religion. Mais les jeunes n’ont pas complètement changé, certains sont intéressés, ils ne sont pas contre, mais ils ne reçoivent aucune éducation religieuse ni de la part de leurs parents ni de la part des enseignants. Je trouve les jeunes très réceptifs, mais il n’y a plus personne pour les guider.

     La société est de plus en plus influencée par les médias, la télévision, les nouvelles technologies…Tout cela exerce un très mauvais ascendant sur la jeunesse. Les enfants sont exposés à de mauvais exemples, à des violences mais, si on leur montrait des spectacles culturels traditionnels ils seraient en mesure d’apprécier cela.

     Je ne veux pas dire que la foi ou les croyances ont disparu, je pense simplement que l’environnement actuel n’est pas propice au développement de ces valeurs.

Comment imaginez-vous le futur de Bénarès et l’avenir du Gange en ce qui concerne sa pollution ?

     Nous sommes en train de faire une campagne pour stopper la pollution. Pour le moment, les ordures ménagères représentent 95% de la pollution des eaux. Il y a beaucoup de barrières à franchir avant de responsabiliser tous les citoyens et tous les élus. C’est un travail très difficile, mais nous le faisons avec enthousiasme parce que nous éprouvons beaucoup de respect et d’amour pour le Gange.

Quel avenir pour la cité ?

     Il y a un futur pour le monde, il y en aura un pour Bénarès.

     La traduction du mot Dharma en religion ne me semble pas juste. Le Dharma est avant tout une manière de vivre pour atteindre les quatre buts de la vie de façon optimale. Ces quatre objectifs sont : Dharma, Arth, Kama, et Moksha.
     Dharma signifie que l’on doit supporter la vie sociale, s’intégrer dans le système. Toute notre énergie vitale doit se concentrer sur cela.
     Arth, c’est la recherche des moyens de vivre pour rester dans ce monde. C’est la nécessité de trouver des ressources.
     Kama, est le désir qui lui aussi doit être satisfait et Moksha c’est la libération de l’âme, le salut.
     N’importe quelle vie, quelle façon de vivre doit aider à atteindre ces quatre buts.

     Le Dharma est infini et éternel, mais il est aussi dépendant du pays, de la situation du pays. Le système n’est pas absolu, il est relatif au temps.
     Aucune action n’est ni mauvaise ni bonne dans l’absolu. Tout est relatif. Il n’y a rien de statique en soi. Quelque chose de bien aujourd’hui peut-être mauvaise dans cent ans.
     Si vous étudiez l’histoire des pratiques religieuses, vous verrez ces changements, ce sont des changements naturels. Bénarès change, l’Inde change, la planète change.
     Des personnalités comme Bouddha, Sankarâchârya ont renoncé au matériel à un très jeune âge. Ce sont des cas particuliers à une époque particulière. Aujourd’hui, un homme ordinaire ne peut pas honnêtement dire qu’il peut se passer de son ordinateur ou de sa télévision, ce serait prétentieux de sa part. Par contre, on rencontre encore des gens qui font ce choix de renonciation, ils ont un cœur plein de dévotion et pour eux le système de vie ordinaire ne convient pas. Ils vivent pour atteindre la libération, Moksha.

Pourquoi est-ce important de finir sa vie et d’être incinéré à Bénarès?

     La naissance et la mort sont deux moments douloureux dans le cycle de l’existence. Nous savons que nous avons un temps limité sur terre que nous sommes mortels.      Le corps est composé des 5 éléments, l’air, l’eau, le feu, la terre et la lumière.Quand la vie se termine, ces 5 éléments se mêlent à l’infini et cela c’est le Moksha, la libération du cycle des naissances et des morts.
     C’est le but de la vie, consciemment, nous essayons de nous libérer. Kashi (Bénarès) est le lieu où les dieux ont décidé d’offrir aux hommes, le Moksha. Ce n’est pas seulement pour les hindous. Tous ceux qui passent leur vie ici connaîtront la libération, mais, moi je pense qu’on peut connaître la libération partout dans le monde.

     Pourquoi les dieux ont-ils désigné Bénarès ? Je ne sais pas répondre à cette question. Nous, nous y croyons.

     Tous les endroits sur terre où il y a la paix, où les divinités sont venues, dégagent une grande intensité. Dans la tradition, on compte 16 qualités pour définir un être sacré. Nous avons tous une caractéristique divine. L’un aura reçu une bonne nature l’autre un bon intellect ou un pouvoir. Nous avons tous reçu quelque chose. Mais si ces qualités sont au nombre de 16, l’homme est un dieu. Les 16 qualités sont l’apanage des dieux.

Dr Veer Bhadra Mishra, grand prêtre du temple Sankat Mochan à Bénarès, dédié à Hanuman

Dr Veer Bhadra Mishra, grand prêtre du temple Sankat Mochan à Bénarès
(photo Frédéric Soltan)


© Dominique Rabotteau et Frédéric Soltan

 

 

Notes :

[1] Dans la littérature et les écritures sacrées indiennes, la ville de Varanasi est souvent désignée poétiquement sous le nom de Kasi ou de Kashi, « la lumineuse » ; une allusion au statut historique de la ville comme centre d'étude, de la littérature, et de la culture. Kasikanda a décrit la gloire de la ville tout au long des 15000 vers du Skanda Purana, dans lequel le Seigneur Shiva dit : « Les trois mondes forment une ville qui est mienne où Kashi est mon palais royal » (note Jaïa Bharati).

 

 

  
© Jaïa Bharati