
POURQUOI
IL FALLAIT À TOUT PRIX
MÉNAGER YAHYA KHAN
par
Claude Arpi
Traduction
de larticle To all hands. Don't squeeze Yahya at this time
publié dans le journal indien The Pioneer du 19 mai 2005
« LInde
a remporté une éclatante victoire sur le Pakistan dans
la guerre de 1971 [1].
Ce fut la première victoire décisive dans un conflit majeur
depuis des siècles. Et lInde la remportée
seule, face à lopposition et aux menaces de la plupart
des pays membres de lONU, dont une superpuissance. Tout Indien
qui aime son pays sest senti fier de ce glorieux chapitre de lhistoire
de la nation. » Telle était lintroduction du
Dr. S.N. Prasad à son Histoire Officielle de la guerre
de 1971. Il est regrettable que cette publication soit
toujours classée « confidentielle » aujourdhui
et que les Indiens ne puissent avoir connaissance de ce chapitre de
leur « glorieux » passé (le récit
de lépisode de 1962 [2],
moins « glorieux » celui-là, figurant notamment
dans le rapport Henderson Brooks, est encore plus « confidentiel »).
Était-ce
pure coïncidence si, le jour où lInde était
endeuillée par le décès du Général
J.S. Aurora, le héros de la guerre du Bengladesh de 1971, lOffice
of the Historian du Département dÉtat américain
publia le Volume XI des Relations Extérieures des États-Unis
consacré à « La Crise de lAsie du Sud,
1971 » en dautres termes, la guerre de
libération du Bengladesh ? Ce volume de 929 pages inclut quelques
documents qui avaient déjà été « déclassifiés
», comme les minutes des visites secrètes dHenry
Kissinger en Chine en juillet et octobre 1971, ainsi que de nombreux
éléments « déclassifiés »
de fraîche date et rendus publics pour la première fois.
Leur publication éclaire
un aspect peu connu de cette crise : le rôle dans ce conflit de
lamitié naissante entre les USA et la Chine. Ceci apporte
une nouvelle pièce au puzzle de lhistoire, qui vient sajouter
au rapport du Juge Hamoodur Raman (commandé par le gouvernement
du Pakistan après la guerre), aux dossiers « confidentiels »
de lHistoire Indienne Officielle et diverses biographies
de généraux à la retraite.
Un aspect intéressant
du rapport Hamoodur Rahman est lanalyse de la défaite pakistanaise
: « Du fait de la corruption
dun penchant excessif
pour le vin et les femmes, et dune soif de possession de terres
et de maisons, un grand nombre dofficiers supérieurs, et
notamment les plus haut placés, avait perdu non seulement la
volonté de combattre mais aussi la capacité de prendre
des décisions cruciales nécessaires à la bonne
conduite de la guerre. »
Inutile de rentrer
ici dans les détails du rapport indien qui se concentre sur larrière-plan
et les aspects militaires de la guerre. Les dossiers américains,
eux, font une large place au rapprochement naissant entre Washington
et Pékin et au rôle joué par le Président
du Pakistan en tant que médiateur secret.
Les premiers documents
américains concernent le contexte du conflit. Selon Kissinger,
Conseiller de Nixon à la sécurité nationale : « Lorsque
ladministration Nixon est arrivée au pouvoir, notre objectif
politique concernant le sous-continent était tout simplement
déviter dajouter de nouvelles complications à
notre programme. » Mais le cours des événements
et le facteur chinois vont obliger Nixon à changer de position.
LOffice
of the Historian du Département dÉtat résume
ainsi le point de vue américain sur le conflit : « Quand
le conflit commença à prendre de lampleur, ladministration
Nixon pencha
du côté du Pakistan. Cest cette inclinaison
qui poussa Nixon à dépêcher le porte-avions Enterprise
dans la Baie du Bengale dans le but dintimider le gouvernement
indien, et aussi à inciter la Chine à effectuer des manuvres
militaires ayant le même but, en donnant aux Chinois lassurance
que si la Chine menaçait lInde et que lUnion Soviétique
sen prenait à la Chine pour soutenir lInde, les USA
protègeraient la Chine contre lUnion Soviétique.
La Chine choisit de ne pas menacer lInde, et la crise du sous-continent
se termina sans confrontation entre les USA et lURSS. »
Au départ,
la position de Nixon était claire, « Nous devrions
rester en dehors de tout ça comme au Biafra, que diable
peut-on y faire ? » Mais tout le monde nétait
pas daccord avec lui. Dans un télégramme envoyé
le 28 mars 1971, les attachés du Consulat américain de
Dacca protestaient : « Notre gouvernement a omis de dénoncer
la suppression de la démocratie. Notre gouvernement a omis de
dénoncer les atrocités commises ici [par larmée
pakistanaise sur la population]. Notre gouvernement a omis de prendre
les mesures qui simposaient pour protéger ses citoyens,
alors quil na pas ménagé ses efforts pour
rassurer le gouvernement en place à Islamabad. En tant que fonctionnaires
dÉtat, nous exprimons notre désaccord avec la politique
actuelle et espérons ardemment que nos intérêts
véritables et durables puissent être affirmés ici
et que notre politique soit réorientée de façon
à préserver la position de notre nation en tant que guide
moral du monde libre. »
Lorsque le secrétaire
dÉtat Rogers informa le Président Nixon que « le
consulat de Dacca [était] en rébellion ouverte »,
il répliqua : « Les gens qui râlent à
propos du Vietnam le font parce que nous sommes intervenus dans ce quils
appellent une guerre civile. Maintenant certains de ces mêmes
enfoirés veulent que nous intervenions ici dans une autre
guerre civile. »
Dès le début,
ladministration Nixon savait : « Les perspectives étaient
médiocres
larmée pakistanaise nétait pas en mesure dexercer
un réel contrôle sur le Pakistan Oriental. »
Nombreux étaient ceux qui à Washington étaient
persuadés que lInde allait soutenir Mujibur Rahman ; selon
la CIA, « LInde favoriserait et soutiendrait une insurrection
bengalie et contribuerait à rendre possible lémergence
dun Bengladesh indépendant à lissue du conflit
qui ne manquerait pas déclater. »
Ici commence la saga
chinoise. Dans le plus grand secret, Nixon avait commencé à
prendre des contacts avec Pékin. Le « postier »
nétait autre que le général Yahya Khan. Lorsque
le 28 avril 1971 Kissinger envoya au Président une note visant
à déterminer les options de la politique US vis-à-vis
du Pakistan, celui-ci répondit, dans une note manuscrite : « À
tous : ne mettez pas trop la pression à Yahya en ce moment. »
Le général Président du Pakistan devait être
ménagé car il était en train de préparer
la première visite secrète de Kissinger en Chine. Une
semaine plus tard, Farland, lAmbassadeur américain au Pakistan,
fut informé du fait que Kissinger allait disparaître pendant
deux jours au milieu dune visite officielle au Pakistan, afin
de mettre au point les détails préalables à une
visite de Nixon prévue pour 1972.
Les événements des mois
suivants et lévolution de la politique américaine
doivent être reconsidérés dans cette perspective.
En mai, Indira Gandhi
écrivit à Nixon à propos du « carnage
perpétré au Bengale Oriental » et du lourd
problème que représentait pour lInde lafflux
des réfugiés [3].
L.K. Jha, lAmbassadeur indien aux USA, prévint Kissinger
que lInde serait peut-être obligée de renvoyer une
partie des réfugiés comme combattants, et la réaction
de Nixon fut : « Nom de Dieu, on va leur couper laide
économique [à lInde] ». Quelques jours
plus tard, quand le Président déclara à Kissinger
que « ces foutus Indiens » étaient en train
de préparer une nouvelle guerre, ce dernier rétorqua :
« il ny a pas plus agressif que ces damnés Indiens. »
La deuxième
semaine de juillet, Kissinger se rendit à Pékin, où
Chou En-lai lui dit : « Si lInde poursuit sa ligne
actuelle, au mépris de lopinion mondiale, nous qui, comme
tout le monde le sait, soutenons les positions du Pakistan, ne pourrons
pas rester les bras croisés. » Kissinger répondit
que Chou pouvait être assuré que les USA aussi étaient
du côté du Pakistan.
À son retour,
lors dune réunion du Conseil National de Sécurité,
Nixon réitéra ses attaques contre lInde, qualifiant
les Indiens de « peuple fuyant et perfide ».
LHistorian
indique que « Du point de vue de Washington, la crise saggrava
dangereusement lorsque le 9 août lInde et lURSS signèrent
un traité de paix, damitié et de coopération »
; ceci choqua Washington qui y vit une collusion délibérée
entre Delhi et Moscou.
Le 29 septembre, lors
dune entrevue à Washington avec Gromiko, ministre des Affaires
étrangères de lURSS, Nixon lexhorta à
dissuader lInde de déclencher une guerre. Mais Gromiko,
lui, estimait que cétait le Pakistan quil fallait
réfréner.
Les
mois suivants, la situation se dégrada et les réfugiés
continuèrent daffluer en masse vers lInde. La Premier
ministre de lInde décida de faire la tournée des
capitales occidentales pour expliquer la position indienne. Les 4 et
5 novembre elle vit Nixon à Washington, et celui-ci lui dit quune
nouvelle guerre dans le sous-continent était hors de question.
Indira Gandhi demeura ferme : elle refusait même denvisager
un retrait bilatéral, qui sur le plan tactique serait à
lavantage dIslamabad. Le lendemain, Nixon et Kissinger firent
le point sur la situation ; le Conseiller à la sécurité
nationale dit à Nixon: « Les Indiens sont vraiment
des enfoirés . Ils sont en train de fomenter une guerre. »
Afin dalléger
la pression exercée sur le front Est par les guérillas
indépendantistes, menées par lorganisation bangladeshie
Mukti Bahini [4],
le 3 décembre, laviation pakistanaise lança une
attaque contre des bases aériennes indiennes au Cachemire et
au Punjab. La guerre était commencée. Le lendemain, George
Bush (Sr), Ambassadeur des USA auprès de lONU, présenta
une résolution au Conseil de Sécurité appelant
à un cessez-le-feu et au retrait des forces armées indiennes
et pakistanaises. LUnion Soviétique y opposa son veto.
La semaine suivante le duo Nixon-Kissinger intensifia la pression sur
les Soviétiques pour amener lInde à se retirer,
mais cela resta sans effet.
Selon
un rapport de la CIA, Indira Gandhi aurait dit lors dun briefing
quelle ne cèderait pas à la pression américaine
et quelle continuerait « jusquà la libération
du Bengladesh, le rattachement à lInde de la partie sud
de lAzad Kashmir [5]
pour des raisons plus stratégiques que territoriales et, pour
finir, [la destruction] de la force de frappe militaire pakistanaise,
de façon à ce quelle cesse définitivement
dêtre une menace pour lInde à lavenir. »
Le rapport ajoutait : « Elle espère que les Chinois
ninterviendront pas physiquement au nord. Elle a pris note, cependant,
de lavertissement des Soviétiques comme quoi les Chinois
risquaient fort de venir croiser le fer dans les régions du Ladakh
et de Chumbi. Au cas où cela se produirait, a-t-elle dit, les
Soviétiques se sont engagés à contrecarrer toute
action de ce genre. »
Pour Kissinger, il
paraissait clair que Mme Gandhi voulait la partition du Pakistan avec
en perspective la désintégration du Pakistan Occidental.
Le 9 décembre,
quand le Directeur de la CIA avertit le Président que « le
Pakistan Oriental sécroulait », Nixon décida
denvoyer le porte-avions Enterprise dans la Baie du Bengale
pour menacer lInde.
Je tiens de mon beau-père,
K.K. Tewari, général de division (à la retraite)
et qui fut officier en chef des transmissions pendant la guerre de 1971,
une anecdote qui vaut la peine dêtre racontée il
était présent lors de la scène en question. Ce
jour-là, les chefs détat-major des trois armées
tenaient un briefing à Mme Gandhi. Elle était assise devant
une grande table, avec dun côté Sam Manekshaw, chef
de larmée de terre, et de lautre lamiral commandant
la marine indienne. Au cours de lexposé, lamiral
intervint pour dire : « Madame, la 7ème flotte [US]
est en train de faire route vers la Baie du Bengale. » Aucune
réaction ; le briefing se poursuivit. Un peu plus tard, lamiral
intervint à nouveau : « Madame, je me dois de vous
informer que la 7ème flotte fait route vers la Baie du Bengale
»
Indira Gandhi le coupa aussitôt : « Amiral, je vous
ai entendu la première fois ; reprenons le briefing. »
Tous les officiers présents en furent abasourdis, mais en fin
de compte lattitude de la Premier Ministre rehaussa considérablement
leur moral : elle avait montré le mépris total que lui
inspirait ce coup de bluff américain.
Ladministration
de Nixon continua à faire pression sur les Soviétiques
: « Des succès à court terme pour lInde
valent-ils la peine de compromettre les relations de lURSS avec
les USA ? », avertit-elle. Le 10 décembre, Nixon chargea
Kissinger de demander aux Chinois de déplacer des troupes vers
la frontière indienne. Cette demande fut transmise à Huang
Hua, le délégué permanent de la Chine aux Nations
Unies. La NSA (National Security Affairs) lui expliqua que les USA seraient
prêts à sengager en cas daffrontement militaire
avec les Soviétiques si ces derniers attaquaient la Chine. Pour
toute réponse, Pékin se dit prêt à soutenir
une nouvelle résolution américaine aux Nations Unies favorable
au Pakistan. Mais pas un mot sur une éventuelle intervention
armée.
À Washington,
Nixon faisait lanalyse suivante : « Si les Russes peuvent
défier la Chine et sen tirer, et si les Indiens peuvent
mettre une raclée aux Pakistanais et sen tirer
nous
pourrions bien nous retrouver le couteau sous la gorge. »
Nixon, en fait, avait des doutes concernant la Chine. Avaient-ils vraiment
lintention de lancer une action militaire contre lInde ?
Finalement, le 16 décembre,
le général S.K. Niazi capitula face au général
Jagjit Singh Aurora, commandant en chef de larmée indienne.
Nixon et Kissinger se félicitèrent davoir atteint
leur principal objectif : la préservation du Pakistan Occidental.
Ils se gaussaient aussi davoir « fichu une sacrée
trouille aux Russes ».
William Burr, lhistorien
américain qui a publié les transcriptions des conversations
de Kissinger, a commenté la situation ainsi : « Alors
que lautorité de Kissinger à la Maison Blanche semblait
incontestée, vers la fin décembre Nixon envisageait la
possibilité de le virer. Nixon était jaloux de la célébrité
grandissante de Kissinger, et il était très réservé
sur la façon dont Kissinger avait géré la crise
de lAsie du Sud ; John Ehrlichman et H.R. Halderman, ses conseillers
aux affaires intérieures, commençaient à exprimer
en privé leur inquiétude concernant les sautes
dhumeur
de Kissinger. »
Sa politique vis-à-vis de lAsie
du sud avait dérangé beaucoup de gens, non seulement au
sein de lopinion public et de la presse américaines mais
aussi au Département dÉtat, en particulier le Secrétaire
dÉtat Rogers qui, le plus souvent, avait été
laissé dans lombre.
Par la suite Kissinger connut une période
sombre, ayant appris que des espions avaient été placés
à lintérieur du Conseil National de Sécurité.
Nixon en vint à se demander sil naurait pas besoin
de « soins psychiatriques ».
Mais le mois suivant il parvint à
rebondir et joua un rôle déterminant dans lorganisation
du voyage de Nixon en Chine, qui fut un grand succès pour le
Président.
La publication par
le Département dÉtat de ce volume constitue un hommage
posthume au courage du général J.S. Aurora et de ses hommes
qui, malgré les pires obstacles, et la menace de la puissance
américaine, réussirent à libérer le Bengladesh
des griffes du Pakistan.
Il manque encore quelques
pièces pour compléter le puzzle. Premièrement,
lhistoire indienne officielle donne peu de détails concernant
les contraintes et les pressions politiques qui ont pesé sur
le gouvernement dIndira Gandhi. Deuxièmement,
on ne sait encore quasiment rien des opérations secrètes
auxquelles prirent part les commandos tibétains des Special
Frontier Forces dans les Chittagong Hills [voir encadré]
; et, en dernier lieu, il serait intéressant de disposer des
informations contenues dans les archives chinoises sur le rôle
joué par les Chinois. Comme pour le rapport Henderson
Brookes sur la guerre de1962, il faudra peut-être encore attendre
quelques décennies pour que toute la lumière soit faite
sur ces questions, et pour cela, il faudra que la mentalité des
babus [6] de
Delhi et des dirigeants de Pékin change enfin !
(Français, Claude
Arpi vit en Inde depuis plus de 29 ans. Il est non seulement un
spécialiste du Tibet mais aussi des relations sino-indiennes
et indo-pakistanaises qu'il analyse dans son nouvel ouvrage Cachemire,
le paradis perdu publié en octobre 2004 aux Éditions
Philippe Picquier. Il est également l'auteur de deux autres livres
: La politique française de Nehru 1947-1954 et Long
and dark shall be the night : the Karma of Tibet. Claude Arpi écrit
aussi régulièrement des articles pour Rediff.com, le permier
portail indien d'infor-mations et le journal indien The Pioneer.
E-mail : claude@auroville.org.in
ou tibpav@satyam.net.in)
Notes : Toutes les notes sont
de Jaïa Bharati.
[1] En janvier 1971, des élections législatives
sont organisées au Pakistan Occidental et Oriental que remporte
la Ligue Awami parti politique représentant les aspirations
bengalies dirigée par Sheikh Mujibur Raman. Cette victoire
est inacceptable pour les pundjabis majoritaires au Pakistan Occidental
et les militaires qui dirigent le Pakistan, avec à leur tête
depuis 1969 le général Président Yahya Khan, dautant
que Sheikh Mujibur Raman est favorable à un rapprochement avec
lInde. Aussi, les généraux dIslamabad invalident-ils
les élections. Sheikh Mujibur Raman déclare alors lindépendance
du Pakistan Oriental quil rebaptise Bangladesh ce qui provoque
lintervention de larmée pakistanaise. Sheikh Mujibur
Raman est emprisonné et Yahya Khan réprime dans le sang
la rébellion des indépendantistes bengalis. Les forces
pakistanaises se livrent à une véritable boucherie à
lencontre de la population bengalie favorable, dans sa grande
majorité, à la sécession. Les hindous bangladeshis,
soutenant massivement la Ligue Awami, sont victimes de véritables
pogroms de la part des militaires et dextrémistes musulmans
affidés au régime dIslamabad. Près de dix
millions de personnes fuient vers lInde où elles trouvent
refuge dans un exode qui rappelle les heures sombres de la partition
de 1947. Début décembre, après bien des hésitations,
et malgré les menaces de ladministration américaine,
New Delhi reconnaît le Bangladesh et, se saisissant notamment
du prétexte de lafflux massif de réfugiés
sur son territoire, Indira Gandhi envoie son armée au secours
de la population bangladeshie. Après seulement deux semaines
de combats, Dacca, future capitale du Bangladesh, tombe aux mains de
larmée indienne. Le 16 décembre a lieu la reddition
des troupes pakistanaises à Dacca. Et le 17, le Président
Yahya Khan annonce la fin des hostilités.
[2] Au début des années 50, Nehru, fasciné
par la personnalité de Mao et la révolution chinoise,
poursuit une politique résolument pro-chinoise que célèbre
son slogan : « Hindi-Chini-Bhaï-Bhaï »
(les Indiens et les Chinois sont frères). Nehru nhésite
pas à sacrifier le Tibet envahi par la Chine maoïste en
1950 sur lautel de cette « amitié ». Profitant
de laveuglement de Nehru, les Chinois entreprennent dès
1955 la construction de routes sur le plateau du Ladakh qui relient
le Tibet au Singkiang, saccaparant ainsi plusieurs milliers de
km2 de territoires indiens rebaptisés Aksaï Chin. Informé
par son armée, Nehru cachera ce fait à la nation pendant
trois années, préférant brader lintégrité
territoriale indienne plutôt que de perdre « lamitié »
de Zhou en Laï, le Premier ministre chinois. En 1959, Nehru déclare
à la Chambre des députés « que pas même
une pousse dherbe » ne pousse en Aksaï Chin, alors
« pourquoi faire tant dhistoires pour quelques rochers ».
Il faudra attendre lagression chinoise de 1962, avec la déroute
de larmée indienne, pour que Nehru reconnaisse enfin son
fourvoiement. Il ne sen remettra jamais et décèdera
en 1964 laissant à lInde le problème non résolu
du tracé des frontières avec la Chine.
[3] À ce sujet voici un extrait de la conversation
n°137 du 15 juin 1971 entre le Président Nixon, Kissinger,
et Keating lAmbassadeur des USA en Inde :
Keating : À ce jour, le nombre de réfugiés est
denviron 5 millions. Et il faut ajouter à cela le fait
quils se trouvent dans une région de lInde déjà
surpeuplée.
[
]
Nixon : Pourquoi ne les abattent-ils pas ?
Keating : Environ 3 millions ont trouvé refuge à Calcutta.
Calcutta a la taille de New York. Cest comme si, dun coup,
on ajoutait 3 millions de personnes à New York, excepté
que Calcutta est en bien plus mauvais état que New York. [
]
Cest un problème terrible. Il en arrive encore maintenant
100 000 par jour à ma connaissance, les dernières
estimations faisaient état de 150,000 par jour parce quils
massacrent les hindous au Bangladesh. Au début, ces réfugiés
étaient à peu près en proportion de la population
bangladeshie 85 pour cent de musulmans, 15 pour cent dhindous.
Parce que, quand les Pakistanais ont commencé le massacre, il
ny avait pas de discrimination. Maintenant, alors quils
contrôlent les centres principaux, il sagit presque essentiellement
dun génocide sur les hindous. Et les leaders intellectuels,
leaders quils veulent éradiquer du pays, en premier lieu
les partisans de la Ligue Awami, ils les tuent. Ils ont interdit la
Ligue Awami qui a obtenu 98 pour cent des suffrages, 167 élus
sur 169 membres du Parlement. Et ils ont arrêté, en tant
que traître, Mujibur Rahman [
]
[4] Soutenue militairement par New Delhi.
[5] Occupé illégalement par le Pakistan
après linvasion du Royaume du Jammu-Cachemire en octobre
1947. Voir larticle « La
partition de lInde et la question irrésolue du Cachemire »
publié sur notre site.
[6] Fonctionnaires indiens.

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Les commandos tibétains
des Special Frontier Forces 
Il est un épisode de cette guerre qui
évidemment napparaît pas dans les archives
américaines, et qui vaut la peine dêtre mentionné
: il sagit de la participation des Tibétains à
ce conflit. Après la débâcle de 1962, le gouvernement
indien avait recruté des jeunes Tibétains dans léventualité
dun nouveau conflit avec la Chine. Ces Special Frontier
Forces (SFF) furent entraînées à Chakrata,
dans lUttar Pradesh, sous le commandement dun général
de larmée indienne.
En 1971, neuf ans après leur création,
les SFF furent envoyées au Pakistan Oriental pour préparer
larrivée de troupes de larmée régulière
indienne. Armés dAK-47 fabriqués en Bulgarie,
les SFF se virent confier la tâche dopérer
des raids dans les Chittagong Hill Tracts. Contre eux, dans cette
jungle dense trouée de marécages grouillant de sangsues,
ils avaient le Special Service Group, un bataillon de commandos
délite pakistanais. Larmée indienne
savait que cette brigade menaçait sur son flanc un de leurs
régiments qui se préparait à marcher sur
Dacca.
La deuxième semaine de novembre commença
lopération EAGLE. Partant de Demagiri en canoës,
les commandos tibétains pénétrèrent
au Pakistan Oriental, et les SFF prirent lun après
lautre les postes pakistanais. Quand la guerre fut officiellement
déclarée, les Tibétains étaient déjà
entrés au Pakistan Oriental. depuis trois semaines. Ils
avançaient rapidement ; comme le dit le général
Uban, leur commandant indien, « Rien ne pouvait les
arrêter. »
Le 16 décembre, ils étaient
arrivés à 40 km du port de Chittagong ; ils avaient
réussi à neutraliser le régiment délite
pakistanais armés de leurs seuls fusils dassaut et
de couteaux indigènes.
Après la reddition pakistanaise, ils
défilèrent à Chittagong. Quarante-neuf dentre
eux, hélas, avaient perdu leurs vies, pour un pays qui
nétait pas le leur.
Claude
Arpi
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Richard Nixon voulait « se faire les Indiens
»
« Exaspéré
par la victoire indienne dans la guerre indo-pakistanaise de 1971, le
Président américain Richard Nixon a voulu déclencher
une campagne nationale de dénigrement de l'Inde »,
raconte le quotidien indien The Hindustan Times dans un article
paru en juillet 2005.
Le journal s'appuie sur les documents
officiels américains récemment déclassifiés.
Ces notes de conversations entre le Président américain
et son ministre des Affaires étrangères, Henry Kissinger,
révèlent que Nixon a déclaré vouloir « se
faire les Indiens ».
Lentretien est daté du 10
décembre 1971, au paroxysme du conflit entre l'Inde et le Pakistan,
alors que les armées de New Delhi combattent sur les deux fronts,
à l'ouest et à l'est.
Dans cette conversation, Kissinger explique
à Nixon que « l'armée indienne est exténuée
et que, si les États-Unis se débrouillent pour soutenir
efficacement le Pakistan, New Delhi ne pourra en venir à bout.
Ce serait donc malgré tout une défaite pour l'Inde. »
Bien sûr, ajoutait le secrétaire d'État américain,
« les Indiens ne vont pas du tout apprécier la manuvre ».
Réponse de Nixon : « Mais
je ne veux pas que les Indiens apprécient. Je veux un programme
de relations publiques qui leur crache dessus. Je veux qu'on les conspue...
Nous ne pouvons pas laisser ces foutus petits saints d'Indiens s'en
sortir comme ça. Ils nous emmerdent avec le Vietnam depuis cinq
ans. »
Henry Kissinger a dit « regretter
cette conversation »
Ou le fait qu'elle soit devenue publique ?
Jaïa Bharati
