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K.M. MUNSHI ET SRI AUROBINDO


par Claude Arpi


Article publié dans La Revue d'Auroville n°18, mai 2004
éditée par Auroville Press




Une Entrevue avec Sri Aurobindo

K. M. Munshi     Nirodbaran, l'assistant de Sri Aurobindo raconte dans ses mémoires [1] : « Des années auparavant dans plusieurs entretiens Sri Aurobindo parla de Munshi. Il le considérait déjà comme son disciple. Après l'entrevue [de juillet 1950], Munshi déclara : Une profonde lumière de connaissance et de sagesse brillait dans ses yeux. Le grand calme de l'esprit semblait avoir transformé la personnalité tout entière en la présence radieuse de quelqu'un dans lequel brillait de lumière de la conscience. Il était l'intégration absolue de la personnalité, l'idée centrale de la culture aryenne [2] matérialisée sous une forme humaine, un des plus grands architectes de la vie créatrice. »

     Mais qui était donc K.M. Munshi que Sri Aurobindo, retiré depuis 1926, avait accepté de rencontrer et considérait comme son disciple ?

     Au moment de sa visite à Pondichéry, Munshi était le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation dans le premier gouvernement de l'Inde indépendante, dirigé par Jawaharlal Nehru. Mais son association avec Sri Aurobindo était beaucoup plus ancienne. Quand Nirodbaran nous dit que Sri Aurobindo considérait Munshi comme son élève, c'est parce que Sri Aurobindo avait été, dans les premières années du siècle, le professeur d'anglais de Munshi à Baroda.


La Vie de Munshi

     L'ancien Président de l'Inde, R. Venkataraman dans un hommage à Munshi, raconta : « Sa mère, par des chants et des contes, lui fit, à un très jeune âge, connaître l'histoire des sages et visionnaires de l'Inde ancienne tels que Vasishta, Vishwamitra ou Vyasa. Sri AurobindoL'héritage des maîtres de l'esprit prit profondément racine chez le jeune Munshi. Et puis, étudiant au collège de Baroda, cette perception naissante prit à l'âge adulte une autre dimension. Je veux parler de l'influence d'Aurobindo Ghose qui était à cette époque professeur d'anglais dans l'État de Baroda. Munshi a eu la chance d'avoir personnellement Sri Aurobindo comme maître. Munshi reçut de son professeur une inspiration et des conseils sur les plans intellectuels, culturels et spirituels. Le sens que Sri Aurobindo avait de l'Inde, Patrie de l'Esprit, laissa une empreinte indélébile sur l'étudiant Munshi. Et lorsqu'il commença de s'élever de hauteur en hauteur dans sa carrière professionnelle et politique, ce fut avec un sens de fierté dans l'héritage culturel, intellectuel et spirituel de l'Inde. »
     Le Président Venkataraman ajouta : « Nous devons nous souvenir que c'était une époque où l'on avait encouragé la nation à n'avoir que du mépris pour l'héritage de l'Inde. Ce qui est indigène, nous enseignait-on, était inférieur ; alors que ce qui était occidental était supérieur. La Renaissance [de l'Inde] contesta cela. Et Munshi a été une des plus fines fleurs de cette Renaissance. » Mais avant de continuer, il est intéressant de dire quelques mots sur le parcours de Munshi.

     Kanhaiyalal Maneklal Munshi naquit à Broach au Gujarat, le 30 décembre 1887. À l'âge de 20 ans, le jeune Munshi quitta sa province natale pour se rendre à la grande ville : Mumbay. L'un de ses biographes décrivit l'arrivée du jeune étudiant « malingre, sans le sou et sans amis ». Armé d'un diplôme de droit (avec mention), Munshi s'inscrivit au Barreau de Mumbay et devient bientôt un avocat réputé. Lorsqu'il décida de se lancer dans la vie politique, le Juge Beamont (Juge en Chef de l'État de Bombay) aurait dit à un avocat : « Regardez ce Munshi, il l'a fait et est parti [quitter le barreau et se lancer dans la politique]. Juste au moment où je pensais donner ma recommandation pour qu'il soit nommé juge de la Haute Cour ».

     Munshi débuta donc sa carrière politique dans un pays en lutte pour l'indépendance. Il joignit tout d'abord la « All India Home Rule League » (Ligue pan-indienne pour l'autonomie) d'Annie Besant, puis continua sa lutte dans le parti de Gandhi et Nehru : le Congrès national indien.

     Suivant les pas de Gandhi et de son mentor politique Sardar Patel (tous deux aussi Gujarati), il se battit résolument pour obtenir l'indépendance de son pays. Comme beaucoup de ses condisciples, il fit de nombreux séjours en prison.

     En 1927, élu à l'Assemblée législative de Mumbay, il prit part, la même année, à la Marche du sel avec Gandhi. En 1930, il restera pendant plus de 6 mois en prison pour ses activités politiques. Deux ans plus tard, il fut de nouveau incarcéré par les Britanniques, mais cette fois passera deux ans dans les geôles de l'Empire. En 1937, il fut de nouveau élu à l'Assemblée législative de Mumbay et nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement de l'État (bien qu'il eût préféré le portefeuille de l'Éducation et de la Justice où ses compétences auraient été mieux utilisées).

     Mais ceci n'était cependant pas suffisant pour lui. Pour le satisfaire, une révolution plus profonde et plus vaste était nécessaire : il s'intéressa dans un premier temps à des réformes sociales dont l'objet principal était l'émancipation des femmes indiennes et la disparition de l'intouchabilité.

     Pour Munshi trois étapes étaient nécessaires pour donner une nouvelle vie à la culture indienne. Tout d'abord, sur un plan mondain, la malédiction du passé, cette tendance à abandonner la vie pour se réfugier sur des hauteurs spirituelles et éthérées, devait être remplacée par un sentiment de joie envers la vie de tous les jours. La vie extérieure ne devait pas être rejetée, au contraire. Ensuite, toutes les traditions démodées qui étouffent la créativité et la vitalité de la nation devaient être remplacées dans la vie individuelle et collective, par une attitude à la fois positive et flexible. Enfin, les valeurs fondamentales qui, depuis des âges, ont apporté une profonde vitalité à la culture indienne, devaient devenir à nouveau la raison d'être des habitants de ce pays et plus particulièrement de la jeunesse.

     Ce programme ressemble étrangement à celui énoncé par Sri Aurobindo dans son texte « La Renaissance en Inde ». Il y parlait de l'importance dans un premier temps de retrouver l'ancienne expérience et connaissance spirituelle « dans toute sa splendeur, sa profondeur et sa richesse ». Il pensait que cela devait se traduire par de nouvelles formulations dans des domaines aussi divers que la philosophie, la littérature, les sciences et l'analyse intellectuelle. Finalement, il était important de découvrir une façon moderne de traiter les problèmes contemporains et de faire tous les efforts nécessaires pour formuler une grande synthèse qui conduirait à une société spiritualisée.

 


La Bharatiya Vidya Bhavan

     Munshi était un homme pratique qui aimait concrétiser ses visions.

     Il restera dans l'histoire pour avoir réussi à réaliser concrètement certains des idéaux que nous venons d'énoncer. On se souvient de lui pour plusieurs de ses projets : tout d'abord, il fut en 1938 le membre fondateur de la Bharatiya Vidya Bhavan (L'institut de la Connaissance de l'Inde). Cet Institut, qui possède aujourd'hui des branches dans toute l'Inde et en Occident, a été depuis les premiers jours synonyme de ce qu’il y a de plus profond dans la culture indienne. La Bhavan restera l'Opus Magnus de Munshi : le Président Radhakrishnan lui-même commenta que la Bhavan était le monument le plus important de la vie de Munshi.

     C'est sans doute là qu'il réussit à mettre en œuvre tout ce qu'il avait appris de son maître à Baroda. Munshi écrivit dans la Charte de l'Institut : « Je voudrais une fois de plus, mettre en avant la foi de la Bhavan… il est nécessaire que cela soit compris clairement et que cet esprit imbibe [ses membres].
     La Bhavan soutient la réintégration de la culture indienne. Dans un monde qui s'écroule face à l'amorale avalanche technologique, la Bhavan essaye de maintenir les valeurs fondamentales qui sont la base de notre culture : Rita, Satya, Yagna et Tapas. La foi… la vérité… la consécration… la sublimation, ceci est le vrai Dharma, quelles que soient les formes ou les doctrines. Ces trois aspects de ces valeurs sont Satyam, Shivam, Sundaram… la Vérité, l'Amour et la Beauté.
     Ces valeurs sont ancrées dans notre nature. Le monde nous respecte à cause d'elles. Nous pouvons avoir confiance en l'avenir parce que ces vertus possèdent la vitalité prouvant leur véracité même dans cet âge gouverné par la peur et l'avarice.
     Nous, qui appartenons à cette famille de la Bhavan, que nous soyons humble ou important, devons faire tous les efforts possibles pour restaurer ces valeurs dans notre vie collective et individuelle. »

     Une des idées de Munshi était de créer une « université-bibliothèque » [book university] facilement accessible à toutes les couches de la population. C'est pourquoi le premier livre publié par la Bhavan fut un abrégé du Mahabharata, le grand récit épique de l'Inde ancienne, écrit par C. Rajagopalachari, le premier gouverneur général indien après l'indépendance. Se souvenant sans doute des histoires et légendes du passé glorieux que sa mère lui racontait, Munshi voulait que ce livre fût lu par tous et plus particulièrement par les jeunes. Il répétait dans sa préface, « Ce qui n'est pas dans le Mahabharata, n'est nulle part ». Aujourd'hui plus d'un million d'exemplaires ont été vendus. Le Ramayana suivit le Mahabharata. Munshi lui-même publia une histoire du dieu Krishna (Krishnavatara) en 8 volumes. Parmi les centaines d'autres ouvrages, il faut signaler une magistrale histoire de l'Inde en 11 volumes éditée par le grand historien R.C. Majumdar ainsi que toute l'œuvre de Munshi (une centaine de publications, dont un bon nombre en gujarati, la langue maternelle de Munshi).


La Constitution de l'Inde

     Un deuxième domaine auquel est associé le nom de Munshi est la rédaction de la Constitution de l'Inde indépendante. Il fut un des membres les plus éminents de l'Assemblée constituante qui se mit à la tâche en 1948 pour formuler une constitution pour l'Inde. C'est là que son réalisme lié à son idéalisme ainsi que ses qualités de juriste firent merveille. Il fut nommé membre de 11 Comités chargés de délibérer et de rédiger les différentes provisions de la nouvelle Constitution. Ce fut un record.

     La Constitution de l'Inde commence par ces mots « L'Inde, c'est-à-dire Bharat » [India, that is Bharat]. Pour Munshi ces mots avaient une signification plus profonde. Son biographe nous dit : « Bharat pour lui n'était pas juste une nation, mais une civilisation en marche, ce n'était pas un accident de l'histoire, mais une esquisse du destin. Pour lui, la vitalité de la culture indienne et sa grandeur capable de se renouveler était un principe vivant. »

     Son nom est resté dans les annales, plus particulièrement pour son rôle au sein du Comité chargé de rédiger le document final et en raison de certaines provisions qu'il écrivit avec B.R. Ambedkar sur l'égalité de tous les citoyens de la nouvelle République devant la loi.

     Munshi trouva un moyen d'exprimer ses convictions personnelles dans son travail sur la nouvelle constitution. Il put ainsi concrétiser dans ce cadre institutionnel sa lutte pour l'émancipation des femmes ainsi que des couches les plus défavorisées de la société comme les Harijans, les ouvriers des secteurs agricoles et industriels.
     Il voulait une Inde forte autour d'un gouvernement central avec des pouvoirs suffisants, capable de maintenir sa culture propre. Munshi l'historien pensait que l'Inde n'avait été en mesure de vivre et de communiquer son message éternel que lorsque le gouvernement central avait été fort.

     Le Président Venkataram écrivit : « Il voyait que les périodes de grandeur, de confiance en soi et d'autonomie avaient succédé à des périodes de déclin, de faiblesse, d'assujettissement et de dérive. Il considérait l'année 1947 comme l'occasion pour l'Inde de commencer une remontée vers les sommets. » Il savait que le peuple de l'Inde avait cette capacité ancrée en lui de s'élancer vers de nouvelles hauteurs.

     À cette époque, Munshi avait déclaré : « L'Égypte des Pharaons, la Grèce de Périclès, la Perse de Darius, la Rome des Césars sont toutes mortes, leur vie et leur culture ne sont que des matériaux pour des recherches savantes. Mais l'Inde a survécu le choc des âges. Manou, Bouddha, Panini, Bhasa et Kautilya représentent toujours des influences vivantes, influençant la vie ; le discours de Krishna à Arjuna inspire encore la pensée, les espoirs et les actions de millions. »

K. M. Munshi     Quelques mots sur sa carrière politique. En 1948, il fut nommé par Sardar Patel, le Premier ministre adjoint, comme Agent-Général de l'Inde à Hyderabad. Il joua un rôle très important à un moment de l'histoire où le Nizam essayait de conserver l'indépendance de son État, alors que les problèmes d'ordre public devenait chaque jour plus insurmontables. Après l'intervention des forces de police indienne en septembre 1948 qui forcèrent le Nizam à démissionner et à se joindre à l'Union indienne, Munshi aida à une transition paisible. Ses connaissances légales firent merveille durant ces mois difficiles.
     Entre 1950 et 1952, il fut le ministre fédéral de l'Agriculture et l'Alimentation, pour devenir ensuite pendant cinq ans le gouverneur de l'État de l'Uttar Pradesh.
      Les dernières années de sa vie furent consacrées à la Bhavan et à son œuvre pour la renaissance de l'ancien héritage culturel de l'Inde.

 

 

Somanatha

     Un autre grand projet de Munshi fut la reconstruction du temple de Somanatha dans le Sauhrashtra au Gujarat. « Le pillage du temple par Mahmud de Ghaznî a laissé de profondes cicatrices dans l'âme de l'Inde » nous dit un texte de la Bhavan sur le projet de Munshi. « C'est comme une stalactite dans la caverne de la mémoire de l'Inde. » Déjà à Baroda, l'étudiant Munshi écrivit un article intitulé « Gujarat, the Grave of Vanished Empires » (Gujarat, le tombeau d'empires disparus) dans la revue du collège. Il reprenait le thème d'un livre de Brigg « Cities of Gujarat » (Les Cités du Gujarat) qui l'avait profondément marqué et qui, selon ses dires, provoqua une profonde douleur et « fit saigner son cœur ». Il était à l'époque fortement sous l'influence de Sri Aurobindo,

     Une fois à Mumbay, le jeune Munshi commença à dévorer tous les livres et documents qu'il trouva sur l'histoire de sa province natale. C'est là qu'il commença à écrire de nombreux articles sur le pillage et la destruction du fameux temple dédié au dieu Shiva.

     Entre 1915 et 1922, il publia sa célèbre trilogie en gujarati dans laquelle il fait revivre le passé glorieux de son État. Pour lui, une nation qui n'est pas fière de son passé n'avait pas d'avenir. Il voulait à travers ses écrits, redonner une vie nouvelle à l'ancien Gujarat.

     Ce n'est qu'en décembre 1922 qu'il eut finalement l'occasion de se rendre à Somanatha. Il en revint bouleversé : « Profanées, brûlées et martyrisées, les [fondations] du temple sont restées là, immobiles — un monument de notre humiliation et de notre ingratitude. Je peux à peine décrire la brûlure et la honte que j'ai ressenties ce matin-là, alors que je marchais sur le sol brisé du sabhamantap jadis sacré, jonché de piliers abattus et de stèles éparpillées. Des lézards sortaient et entraient dans leurs trous au son des pas inconnus. Et, oh quelle honte, le cheval d'un inspecteur hennit à mon approche avec une impertinence sacrilège. »
     Ce jour là, Munshi eut la vision du temple tel qu'il était en 1024. Son biographe nous dit qu'il vit « la flèche touchant le ciel, les puissants acharyas et les rois baissant humblement leur tête à l'entrée du sanctum [santorum]. Il entendit le tintement des bracelets des danseuses du temple qui virevoltaient joyeusement au rythme des tambourins. Il vit les grandes foules qui voulaient le darshan de la déité, avec l'espoir dans le cœur et l'humilité dans l'âme. Et il vit aussi ce glaive ensanglanté du sang des innocents pèlerins, brisant l'image sacrée de Shiva en trois parties. »
     Revivant cette expérience, il écrivit quelques années plus tard, son roman le plus connu Jaya Somanatha (Longue vie à Somanatha)

     Ce n'est qu'après l'indépendance de l'Inde en 1947, que Munshi put commencer à donner une forme concrète à son rêve : revoir le temple tel qu'il existait avant l'arrivée des barbares.
     Mais les choses ne sont jamais simples. L'État princier de Junagadh dans le Sauhrashtra où était situé le temple de Somanatha fut, peu après l'indépendance, l'objet d'un sérieux litige entre l'Inde et le Pakistan.

     Bien que la majorité de la population fût hindoue et que son territoire formât une enclave à l'intérieur du territoire indien, le Nawab, un musulman, décida d'opter pour le Pakistan. La situation se gâta encore plus lorsqu'il envoya ses troupes dans certains districts qui n'étaient pas sous sa souveraineté. Après l'échec de négociations, un gouvernement provisoire fut formé et après la fuite du Nawab au Pakistan (avec tous ses chiens dont il était un avide collectionneur), son Dewan appela l'Inde à rétablir l'ordre public sur le territoire d'État. C'est à ce moment-là que le général Lockhart, (un Britannique qui était chef d'état-major de l'armée de terre) ainsi que ses deux collègues de l'aviation et la marine décidèrent de refuser d'obéir aux ordres du gouvernement indien. Ils écrivirent au ministre indien de la Défense : « Le mouvement des forces armées pour les opérations projetées [contre le Junagadh] doit être arrêté et la dispute de Junagadh doit être résolue par des négociations. »

sardar Patel     C'était pratiquement une mutinerie. Sardar Patel était furieux que des généraux britanniques, bien que servant dans l'armée indienne, refusent de recevoir leurs ordres du gouvernement indien. Cette lettre, même si elle fut retirée par ses signataires quelques jours plus tard, aura des conséquences très sérieuses sur la suite des événements, en particulier au Cachemire, mais c'est là un autre problème [3]. Quelques jours plus tard, l'armée indienne reprit le contrôle du petit État et y organisa immédiatement un plébiscite qui vit la population opter pour l'Inde à une écrasante majorité.

     Un problème était résolu pour Munshi qui joua un rôle important dans l'intégration de Junagadh dans l'Union indienne. En fait, c'est durant une soirée qu'il passait avec Patel à Delhi que le message arriva que le gouvernement provisoire de Junagadh avait invité les forces indiennes à rétablir l'ordre et à pénétrer dans l'État. On dit que Patel annonça la bonne nouvelle à Munshi par ces mots : « Alors, c'est Jaya Somanatha ».

     Le 13 novembre 1947, quatre jours après l'entrée des forces indiennes à Junagadh, Patel visita l'État et se rendit sur les ruines du temple. Il était très ému à la vue de ce lieu, aujourd'hui si dilapidé et abandonné, qui jadis avait fait la gloire de l'Inde.

     La décision fut prise sur le champ que le gouvernement prêterait son concours pour rebâtir le temple. Le raja de Nawanagar (Jam Saheb of Nawanagar) fit spontanément une offrande de 100,000 roupies alors que le gouvernement provisoire de Junagadh promit 50,000 roupies.

     Quelques mois plus tard, Sardar Patel déclara dans un discours public : « En ce jour propice du nouvel an, nous avons décidé que Somanatha devait être reconstruit. C'est à vous, le peuple de Saurashtra, de faire votre possible pour qu'il en soit ainsi. C'est une tâche sacrée à laquelle vous devez tous participer. »

     Munshi fut associé avec la reconstruction du temple dès le premier jour. En fait, c'est Sardar Patel lui-même qui lui en donna la responsabilité.

     Les premières difficultés vinrent de l'Archeological Survey of India (Département archéologique de l'Inde) qui voulait restaurer les ruines, mais ne voulait pas d'un temple. Patel trancha vite : « Le sentiment des hindous pour ce temple est à la fois très fort et généralisé. Dans les conditions présentes, il est peu probable que ce sentiment se satisfasse d'une simple restauration et d'un prolongement de la vie [des ruines]. Le retour de la déité [idol] est une question sentimentale et d'honneur pour le public hindou. »

    Le 13 décembre 1947, les recherches préliminaires pour la construction purent commencer. Le ministère des Travaux publics et des Mines dépêcha son ingénieur en chef qui fit les relevés nécessaires. Sur les conseils de Gandhi, Patel décida que le gouvernement n'aiderait pas directement par des subventions.
     En janvier 1949, un trust fut formé avec le Jam Saheb comme Président et Munshi comme membre. Il lui fut confié la charge de rédiger dans un premier temps la charte du trust. Le projet n'était pas seulement de restaurer le temple, mais aussi de rénover l'environnement alentour enfin de recréer l'atmosphère sacrée de l'endroit.

     Munshi voulait que toute la contrée soit un centre de connaissance et de savoir. Il inclut donc dans le projet une université sanskrite, des zones pour l'étude et le repos (dharamshala) et une goshala, une ferme laitière modèle. Tout cela fut finalement présenté à Sardar Patel qui accepta le plan. Tous les terres et les biens (ainsi que les donations déjà reçues) furent donc transférés au Trust en février 1949.
     Il est à signaler que dans la charte même, il est spécifié que le temple sera ouvert aux non-hindous qui voudraient recevoir le darshan de la déité. Pour l'entrée des hindous, aucune distinction de caste, de foi ou sectaire ne serait considérée.
     Un des objectifs principaux était l'embellissement de l'environnement et des bâtiments alentour « afin d'ajouter à la beauté, la solennité et la sainteté de l'endroit. »
     Vers la fin de l'année 1949, le Trust avait déjà collecté près de 2,500,000 de roupies, somme énorme à l'époque. Les donations venaient principalement du public.

     L'année 1950 devait être une année très spéciale pour l'Inde et l'Asie. Cela avait commencé le 1er janvier par l'annonce de la Chine communiste que l'un de ses objectifs pour l'année était de libérer le Tibet. Les premiers mois de l'année virent le massacre de milliers de hindous au Pakistan oriental et une guerre évitée de justesse entre l'Inde et le Pakistan. En juin, la Corée du Nord envahissait le Sud et déclenchait une guerre qui allait durer trois ans. Il est à noter que c'est quelques jours après le début des hostilités en Corée que Munshi visita Pondichéry.
     Les mois qui suivirent virent l'intervention chinoise en Corée, l'invasion du Tibet et la recrudescence du conflit au Vietnam. Quelques semaines après la visite de Munshi à Pondichéry, une des possibilités de résoudre le conflit au Cachemire était rejetée par Nehru (pendant la visite du médiateur de l'ONU, Sir Owen Dixon). Le mois de décembre finalement vit la mort de deux géants de l'Inde moderne : Patel dans le domaine politique indien et Sri Aurobindo.


Quel est le rapport avec la construction d'un temple ?

     Ce projet était symbolique d'une Inde qui avait été subjuguée pendant des siècles et qui cherchait sa voie dans le monde moderne. Nombreux étaient ceux en Inde, comme Munshi et Patel, qui pensaient que la première étape sur le chemin était une re-découverte de ce que l'Inde avait été et de ce que l'Inde pouvait apporter dans les circonstances nouvelles. En fait, la majorité des membres du Cabinet ministériel de Nehru voyait l'importance de la redécouverte par le peuple indien de ses racines. Nous avons vu dans un article précédent le rôle de Shyama Prasad Mookerjee, mais il faut aussi citer Rajendra Prasad, le nouveau Président de l'Inde qui allait dans la même direction.

Jawaharlal Nehru     Sardar Patel ne devait jamais voir le temple de Somnatha rebâti. Il mourut le 15 décembre 1950, 10 jours après Sri Aurobindo. Trois mois plus tard, alors que tout était prêt pour l'inauguration et la consécration, une controverse éclata : Nehru, le Premier ministre n'était pas d'accord pour que le Président Rajendra Prasad participe à la cérémonie. Son argument était que l'Inde républicaine était laïque et que par conséquent le chef de l'État ne pouvait pas prêter son nom à la réunion publique d'une communauté religieuse. Le Président refusa de suivre les conseils du Premier ministre et insista qu'il était de son droit de se rendre à Somanatha. Le 13 mars, Nehru écrivit à nouveau à Rajendra Prasad pour lui dire : « Je vous ai déjà fait savoir ma réaction, mais si vous pensez qu'il ne serait pas correct pour vous de refuser l'invitation, je ne ferai plus pression sur vous. »

     Mais l'histoire était loin d'être terminée. Le Jam Saheb de Nawanagar, Président du Trust, visant à démontrer l'universalité du temple, décida d'écrire aux ambassades indiennes pour demander une poignée de terre et un peu d'eau de chaque pays. Ce geste voulait symboliser que la terre entière était une grande famille, « Vasudhaiva kudumbakam », et que les hommes étaient tous frères. Cette eau et cette poignée de terre devaient être versées sur le Jyotirlinga pendant la cérémonie. Cela ne ressemble-t-il pas une autre cérémonie qui devait avoir lieu 18 ans plus tard [l'inauguration de la cité internationale d'Auroville en Inde.] ?

     Mais un des diplomates ne l'entendit pas ainsi. K.M. Panikkar, l'ambassadeur de l'Inde en Chine (qui restera par ailleurs dans les annales pour avoir offert le Tibet à la Chine communiste) écrivit à Nehru pour se plaindre. Ce petit geste symbolique, selon lui, n'était pas « laïque » et donnait une très mauvaise image de l'Inde moderne (probablement aux yeux de Mao et de ses confrères à Beijing). Nehru lui répondit quelques jours plus tard : « Je suis en complet accord avec ce que vous avez écrit sur cette histoire de Somath [Somanatha]. Toute cette affaire est fantastique. Je l'ai déjà dit au Président et à Munshi qui est le principal organisateur et sponsor… J'ai essayé d'atténuer les effets de sa visite [du Président] et de ses motifs. »

     Dans les jours qui suivirent, Nehru écrira à nouveau au Président, à Munshi et même au Premier ministre pakistanais Liaquat Ali Khan (pour nier que le gouvernement afghan allait renvoyer des stèles que Mahmud de Ghaznî aurait emportées avec lui en Afghanistan). À Munshi, il dit : « Je crains que vous ne réalisiez pas comment les gens réagissent à nos façons de penser et d'agir… À part cela, je ne comprends pas comment de l'eau de rivières chinoises peut être transportée en Inde. Je suis très préoccupé par cette histoire. » Il lui demandait la liste de toutes les ambassades auxquelles le Jam Saheb avait écrit pour qu'il puisse leur ordonner de n'en rien faire.

     L'affaire s'envenima et vint sur la table du Conseil des ministres ; Nehru se plaignit du fait que le gouvernement local avait alloué une somme de 500,000 roupies pour le temple. En fait, ce n'était pas vraiment correct. Au vu du grand nombre de visiteurs de marque qui étaient annoncés pour la cérémonie, le gouvernement avait dû prévoir des mesures spéciales pour leur hébergement et leur transport. D'autre part, une grande partie de cette somme devait être utilisée pour l'aménagement des routes et autres équipements collectifs pour les pèlerins.
     Une avalanche de lettres fut envoyée par le Premier ministre. À tous il écrivit : « Dès que j'en aurai l'occasion, je clarifierai que le gouvernement n'a rien à faire avec cette cérémonie. Le Pakistan bien sûr a utilisé la situation à son avantage et essaye de démontrer que nous ne sommes pas un État laïque. Et ce pauvre gouvernement afghan a aussi été traîné dans cette affaire par une information fausse [à propos des stèles]. »

     Bien qu'entre-temps, le gouvernement du Saurashtra eût clarifié la destination des fonds alloués, et que Munshi lui-même eût expliqué à Nehru que ce genre de frais occasionnés par des grands rassemblements populaires est toujours pris en charge par le gouvernement local (il cita même des réunions du Congrès national indien), le Premier ministre n'en continua pas moins à fulminer contre le projet.

     Finalement, Munshi décida d'écrire une très longue lettre à Nehru pour expliquer l'histoire du projet, sa participation personnelle et en justifier l'importance. Après avoir donné un long compte rendu historique de la restauration du complexe de Somanatha, Munshi mentionna un problème qu'il jugeait très sérieux : « Vous avez parlé hier de revivalisme hindou, je connais vos vues sur le sujet. Je les ai toujours respectées. J'espère que, pour les miennes, vous faites de même. Nombreuses sont les coutumes que j'ai rejetées depuis mon enfance, j'ai peiné sur le chemin ; avec mes œuvres littéraires et sociales, j'ai essayé de donner une forme à certains éléments de l'hindouisme et de les réintégrer avec la conviction que cela seul ferait de l'Inde une nation forte et progressive dans le monde moderne. »
     Il concluait par ces mots : « Je crois personnellement que c'est notre passé qui nous donne la force nécessaire de travailler aujourd'hui et regarder vers l'avenir. Je ne crois pas en la valeur de la liberté si cela nous enlève la Bhagavad Gita ou si cette liberté déracine du cœur de millions d'Indiens la foi avec laquelle ils regardent nos temples ; par là-même la texture de leur vie est détruite. J'ai eu le privilège de voir ce rêve incessant de la reconstruction de Somanatha, devenir réalité. Cela me fait pressentir — en fait j'en suis pratiquement certain — que ce lieu sacré, une fois redevenu un endroit important dans notre vie, donnera à notre peuple une conception plus pure de la religion et une conscience plus vivante de notre force, si vitale en ces jours de liberté et de difficultés [4]. »

     Finalement, le 11 mai 1951, le temple et le campus alentour étaient « re-consacrés » par le Président Rajendra Prasad. Nous nous sommes attardés sur ce sujet, car le débat est toujours vivant aujourd'hui, 52 ans plus tard. On peut seulement regretter, (même si l'on ne peut pas refaire l'histoire) qu'un certain équilibre ait disparu en 1950-51 avec le départ de Sardar Patel, l'élection de Rajendra Prasad à la Présidence, le transfert de Munshi comme gouverneur de l'Uttar Pradesh et la démission de Shyama Prasad Mookerjee du Cabinet. Nehru allait désormais régner en seul maître à bord du grand bateau « Bharat » et imposer ses vues « laïques ». Pour lui, les nouveaux temples de l'Inde seraient les grands barrages.

 

Temple de Somanath



L'entretien avec Sri Aurobindo

     Mais revenons pour conclure à l'entretien entre Sri Aurobindo et Munshi. Nous avons plusieurs versions de l'entrevue. Tout d'abord, le Bhavan's Journal publia en décembre 1971, peu après la mort de Munshi, un texte de Munshi qui nous donne quelques détails :

     « Lorsque j'ai rendu visite à Sri Aurobindo en 1950, après plus de quarante années, je vis devant moi un être complètement transformé, radieux, plein de félicité, enveloppé d'une atmosphère calme semblable à celle des dieux. Il parla d'une voix basse et claire qui remua les profondeurs de mon être. Je lui dis mes besoins spirituels. Le sage répondit : Je vous ai écrit que je vous aiderais, et de la manière qui m'est propre je vous aide… Je veillerai à votre progrès.
     « Puis nous discutâmes de la culture indienne. Je lui dis : Les jeunes générations sont nourries de théories et de croyances qui ruinent la vie supérieure de l'Inde. Le maître répondit : Vous devez dépassez ce manque de foi. Restez confiant que notre culture ne peut être ruinée. Il ne s'agit que d'une phase passagère. Alors le grand yogi me prit au dépourvu : Pour quand pensez-vous que soit la réunification de l'Inde ? demanda-t-il. J'étais déconcerté. Je lui expliquai comment nos dirigeants avaient donné leur accord à la Partition. Je lui dis alors : Tant que la génération actuelle de politiciens sera là, je ne vois pas à quel moment les deux pays — l'Inde et le Pakistan — pourraient être réunis.Sri Aurobindo sourit et déclara : L'Inde sera réunifiée. Je le vois clairement.
     Était-ce une opinion ? Était-ce une perception claire ? D'un signe de la tête, je manifestai mon doute et demandai comment l'Inde pourrait être réunifiée. En deux courtes phrases, l'homme-dieu décrivit ce que le Pakistan représentait et indiqua comment les deux pays pourraient se joindre. »

     Ailleurs, Munshi a raconté que Sri Aurobindo lui avait dit : « Le Pakistan doit venir dans la sphère d'influence. » Munshi commenta « La sphère de coopération et de force combinée ».

     D'après cette même source, l'entrevue avec Munshi dura une vingtaine de minutes. C'était le 9 juillet 1950. La guerre de Corée avait commencé une dizaine de jours plus tôt. Munshi se souvenait de son ancien professeur « comme d'un patriote, en 1907 c'était un amoureux passionné de sa Mère Patrie, tremblant d'un fervent désir pour sa liberté et sa grandeur. » Maintenant, il le reconnaissait à peine physiquement : « Sa personnalité a assumé une beauté dépassant de beaucoup ce que l'on associe avec les êtres humains. »

     Mais Munshi reconnaissait ce même Sri Aurobindo qui avait fortement conseillé au Congrès national indien d'accepter les propositions de Sir Stafford Cripps, lequel en 1942 offrait à l'Inde le statut de dominion. Les dirigeants indiens avaient dit à l'époque : « Qui est ce Sri Aurobindo ? On croyait qu'il s'était retiré de la vie politique ! » Neuf ans plus tard Munshi déclarait : « Nous avons rejeté son conseil. Nous, qui l'avons rejeté, avions de bonnes raisons pour cela, mais aujourd'hui, nous réalisons que si la première proposition avait été acceptée, il n'y aurait pas eu de partition, pas de réfugiés, pas de problème au Cachemire. »

     Nous l'avons déjà mentionné, la visite de Munshi eut lieu peu de temps après le début de la guerre de Corée. Là encore Sri Aurobindo avait lancé un appel, l'Inde devait se ranger du côté des Nations Unies et défendre la Corée du Sud contre les forces communistes : « Toute l'affaire est claire comme le jour. C'est le premier coup dans les plans de campagne communistes pour dominer et prendre dans un premier temps possession de l'Asie du nord, puis de l'Asie du sud-est comme une manœuvre préliminaire pour continuer avec le reste du continent — et en passant par le Tibet — la porte de l'Inde. S'ils réussissent, il n'y a pas de raison que la domination du monde ne suive par étapes jusqu'à ce qu'ils soient prêts de s'attaquer à l'Amérique. »

     Cette lettre était écrite quatre mois avant l'invasion du Tibet, alors que Panikkar et ses collègues prêchaient une amitié éternelle avec Beijing et avaient peur de froisser les dirigeants chinois en leur demandant une poignée de terre et quelques gouttes d'eau. (Il est d'ailleurs à signaler que toute cette histoire ne devait être que dans la tête de Panikkar, car cinq ans plus tard, Zhou Enlai, le Premier ministre chinois offrit à l'Inde une relique sacrée : une dent du Boudha).

     Pour en revenir à la Corée, Munshi écrivit en 1951 : « Il avait raison. Par son action en Corée, les Nations Unies et le monde civilisé, pour la première fois combinèrent leurs efforts pour s'opposer à une agression injustifiée. Pour la première fois, une action mondiale conjointe est devenue réalité ; sans cette action des Nations Unies, le monde serait aujourd'hui différent. »

     Ils parlèrent aussi du sort de Pondichéry. Sri Aurobindo expliqua à Munshi que les comptoirs reviendraient à l'Inde, mais pas par un plébiscite (que les gouvernements indiens et français envisageaient à l'époque), seulement après des négociations internationales [5].
     Pendant ces vingt minutes, Sri Aurobindo démontra, selon Munshi, une compréhension totale de la politique et la situation en Inde, ainsi que de ce qui se passait dans le monde.

     Munshi apprit le départ de Sri Aurobindo par un appel téléphonique du Consul général de l'Inde à Pondichéry. Munshi raconta plus tard : « Pendant deux heures, mon esprit fut complètement vide. Je ne sais pas pourquoi. »
[...]

Claude Arpi

 

Lettre de K.M. Munshi à Jawaharlal Nehru, vers 1950,
à propos de la reconstruction du temple de Somnath

     « Au nom de la laïcité, encore une fois, des hommes politiques au pouvoir adoptent une curieuse attitude : alors qu’ils admettent avec indulgence les susceptibilités des minorités [6] sur des questions religieuses et sociales, ils s’empressent de taxer les susceptibilités de la communauté majoritaire [7], sur les mêmes questions, de communautaristes et réactionnaires.
     
La façon dont la laïcité vire parfois à un anti-hindouisme viscéral apparaît clairement au travers de certains agissements en rapport avec la reconstruction du temple de Somnath…
     Les positions fâcheuses de ces politiciens ont créé un sentiment de frustration chez la majorité hindoue.
     Mais si l’usage du terme de laïcité continue à être ainsi perverti, si chaque fois qu’éclate un conflit intercommunautaire c’est la majorité que l ’on rend responsable sans considérer la validité de son point de vue, les sources d’une tolérance de longue tradition se tariront. Alors que la majorité fait preuve de patience et de tolérance, ce sont les minorités qui devraient s’adapter à celle-ci. À défaut de quoi, l’avenir est incertain et une explosion ne pourra pas être évitée [8]. »

 

Temple de Somanath

 

     « Le temple de Somnath au Gujarat, a connu un passé très tourmenté. Son histoire se confond avec la légende. En effet il aurait été bâti en or par Somraj, le dieu de la Lune, reconstruit en argent par Ravana, puis en bois par Krishna et en pierre par Bhimdev. La description qu'en fit Al Biruni, un voyageur arabe, était si belle qu'elle attira un « touriste » indésirable : Mahmud de Ghazni. À l'époque, il comptait 300 musiciens, 500 danseuses et 300 barbiers qui rasaient les pèlerins.

     
Mahmud de Ghazni – que ses pillages en Inde ont rendu tristement célèbre –, parti de son royaume afghan, prit la ville au bout de deux jours de combat. Après s'être emparé des richesses fabuleuses du temple, il le détruisit. Se succédèrent alors, pendant des siècles, des reconstructions par les hindous et des destructions par les musulmans. Le temple fut saccagé en 1297, 1394 et, enfin, en 1706 par Aurangzeb, le [tristement] célèbre Moghol. Après cette dernière démolition le temple resta en l'état jusqu'en 1950. » (Lonely Planet, édition 1996)

 

 

Notes :

[1] Nirodbaran, Douze Années avec Sri Aurobindo (Pondichéry, Sri Aurobindo Ashram Trust, 1976).

[2] Sur le sens du terme aryen voir le texte de Sri Aurobindo sur notre site : Aryen : race ou culture ?

[3] Voir notre rubrique sur la « Question du Cachemire ».

[4] Voir aussi l’extrait de lettre publié en encadré.

[5] Le retour des comptoirs français sur le giron indien en 1954, fut une conséquence directe des négociations sur l’Indochine à la Conférence de Genève. Voir Claude Arpi, La politique française de Nehru .

[6] Principalement musulmanes et chrétiennes.

[7] Hindoue.

[8] Ces mots de K.M. Munshi étaient prémonitoires comme l’a montré la controverse autour de la reconstruction du temple de Rama à Ayodhya (voir notre article : La vérité sur l’affaire d’Ayodhya).

 

 

 

 

     
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