L'INDE ET LES ATTENTATS TERRORISTES
DU 11 SEPTEMBRE

par François Gautier

 


     En s'appuyant sur le Pakistan pour mener sa guerre contre l'Afghanistan et débusquer Ben Laden, l'Amérique fait une énorme erreur. Car en fait, le Pakistan a souvent été à la racine du terrorisme en Asie du Sud : comme tout le monde le sait, les Talibans sont sortis des madrasas (écoles coraniques) pakistanaises et ont pu se saisir de pratiquement tout l'Afghanistan grâce au soutien financier et à l'encadrement d'officiers pakistanais. Le Pakistan entraîne les djihadis qui sèment la terreur aux États-Unis (l'attentat du World Trade Centre de 1993 avait des ramifications pakistanaises), au Cachemire, en Bosnie, ou en Tchétchénie. En levant en même temps les sanctions économiques imposées à Delhi et Islamabad après leurs essais nucléaires de mai 1998, les États-Unis mettent – une fois de plus – deux nations, l'Inde et le Pakistan, sur le même pied. Mais la première est un rempart de démocratie pro-occidentale dans une Asie en proie aux dictatures et à l'intolérance, qui se bat seule, courageusement, contre le fondamentalisme musulman qui est prêt à embraser toute l'Asie, du Tadjikistan au Cachemire, de l'Afghanistan à l'Indonésie. Et la deuxième est un petit pays théocratique, dont toute l'existence repose sur dix siècles de haine pour « l'Infidèle » hindou. Tôt ou tard le Pakistan pourrait imploser, déchiré par ses contradictions internes et le libre cours qui y est donné à la Kalachnikov et à la culture du pavot pour financer le terrorisme. Cette équation du Pakistan et de l'Inde est une vieille stratégie anglaise, qui avait pour but de dresser musulmans et hindous l'un contre l'autre, afin de diviser pour mieux gouverner. Il est triste qu'elle survive dans l'inconscient collectif des leaders du monde occidental deux cents ans plus tard.

     Le Pakistan n'est malheureusement pas le seul pays musulman à faire de la djihad une affaire d'État. L'Occident doit accepter une fois pour toutes que l'Islam est une religion qui enseigne encore au 21ème siècle qu'il n'existe qu'un seul Dieu et que la djihad est justifiée pour convertir les autres à la « vraie » religion. Le problème n'est pas avec les pays musulmans, qu'ils soient modérés ou fondamentalistes, mais avec le Coran, une Écriture rédigée il y a 1500 ans, pour les mœurs et la compréhension d'un peuple qui vivait en ces temps-là et, qui, par peur de sacrilège, n'a jamais été adaptée aux temps modernes, émettant ainsi un message totalement décalé par rapport à notre époque. Il est vrai cependant, comme beaucoup de Français l'ont compris, que ces attaques contre les tours du World Trade Centre, symboles de l 'américanisme triomphant, constituent aussi un avertissement aux États-Unis : le capitalisme égoïste, nivelant tous les pays du monde par le bas – Coca-Cola, MTV, Mac Donald et WTO – n'est pas plus la solution aux problèmes de l'humanité que ne l'était le communisme. Il faut trouver un autre système social, financier et politique plus juste, plus compatissant, plus spiritualisé surtout, afin de régler les graves problèmes de nos sociétés, problèmes qui incluent la question israélo-palestinienne, qui constitue plus un vieil antagonisme intra-ethnique qu'une dispute territoriale .

     L'autre erreur des Américains est de croire que cet Islam radical ne fait pas l'unanimité dans le monde musulman : de la Palestine au Cachemire, du Soudan au Sin-Kiang, des hommes se sont réjouis des terribles images des tours new-yorkaises qui s'écroulaient, même si la presse occidentale a généralement choisi, hors les premiers jours, d'ignorer ces réactions. Chaque vendredi soir en Inde, des musulmans, exhortés par leurs mollahs, sortent des mosquées, à Hyderabad, Malgeaon, ou Lucknow, et attaquent des temples hindous, jettent des cocktails Molotov sur des policiers, mettent le feu à des autocars… Malheureusement, si un journaliste ou écrivain, qui vit dans des pays souffrant de la djihad, ose clamer cette vérité, qui est basée sur des faits, on lui appose aussitôt des étiquettes d'anti-musulman, ou de pro-hindou et on coupe net le dialogue. C'est exactement ce qui se passe en France, où les Indianistes français propagent depuis trente ans des images malveillantes de l'Inde, telles l'intouchabilité, la lutte des castes, ou le soi-disant « fondamentalisme » hindou (qui n'existe pas), tout en minimisant l'effroyable impact des invasions musulmanes sur l'Inde et la menace islamique qui pèse aujourd'hui sur l'Asie du Sud.


François Gautier

Article écrit pour le journal « Sources d'Asie »
peu après les attentats terroristes du 11 Septembre 2001.





(Écrivain, journaliste et photographe français, François Gautier, né à Paris en 1950, fut le correspondant en Inde et en Asie du Sud du Figaro pendant plusieurs années. Il vit en Inde depuis plus de trente ans, ce qui lui a permis d'aller au-delà des clichés et des préjugés qui ont généralement trait à ce pays, clichés auxquels il a longtemps souscrit lui-même comme la plupart des correspondants étrangers en poste en Inde (et malheureusement aussi la majorité des historiens et des indianistes).
François Gautier a été invité à présenter Un Autre Regard sur l'Inde à l'émission Bouillon de Culture en juin 2000.)




 

     
© Jaïa Bharati