BIENVENUE EN INDE
CAPITALE MONDIALE DU TOURISME MÉDICAL


Andrée-Marie Dussault

 


Nouveau marché : Soins dentaires, chirurgie cardiaque ou esthétique, les consommateurs occidentaux ont mis le cap sur le pays de l’ayurveda.


     Finis les listes d'attente sans fin et les prix prohibitifs ; vivement la convalescence dans un « cinq-étoiles » et pourquoi pas, une visite au Taj Mahal. Pèlerinage médical dans le plus gros institut cardiaque de la planète.

     Les yeux pétillants, c'est d'une poigne de fer que le docteur Sanjay Sharma nous accueille dans son bureau de gérant général du plus important hôpital cardiaque au monde, Escorts Heart Institute and Research Center Ltd., situé au sud de Delhi. Médecin de formation, aujourd'hui responsable du marketing du prestigieux institut, notre homme a de quoi sourire : le tourisme médical a le vent en poupe et le meilleur reste à venir. Ce n'est qu'une question de temps ; le temps d'annoncer la bonne nouvelle, laquelle risque de se propager comme une traînée de poudre.

     La bonne nouvelle, la voici : après les technologies de l'information, le tourisme médical est prédit comme la deuxième industrie indienne dont McKinsey évalue la valeur pour 2012 à 2,3 milliards de dollars. Et ce secteur en plein essor a ceci de particulier : sa durée de vie. Vu le vieillissement de la population, l'obésité rampante, des coûts de santé qui montent en flèche et des listes d'attente interminables à l'Ouest, la délocalisation des soins médicaux ne fait que commencer. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit-on. En l'occurrence, ici en Inde, ceux qui se frottent les mains, ce sont les hôpitaux privés, les agences de voyage spécialisées, le Ministère du tourisme et partant, toute la gamme des fournisseurs d'équipement médical dernier cri.

Niveau de qualité occidentale

     Car, en effet, ceux qui doutent de la qualité des technologies et des services offerts dans ce qu'il convient désormais d'appeler la capitale mondiale du tourisme médical, détrompez-vous. « Si nous ne sommes pas meilleurs que les Occidentaux, nous sommes en tout cas tout aussi bons », affirme sans complexe Sharma. Outre une technologie de pointe, « les médecins indiens sont employés et reconnus dans le monde entier », fait-il valoir. « D'ailleurs, notre taux de succès – de 99,2% – est supérieur à celui des États-Unis. » Et toc !

     Quant aux conditions dans lesquelles sont reçus les patients occidentaux en visite pour une angioplastie ou un pontage, elles n'ont rien à envier à nos hôpitaux. Une visite guidée suffit pour s'en convaincre : chambres de 6 mètres sur 7, fenêtre king size, air climatisé, télévision câblée, salle de bain ultramoderne… En deux mots, le nec plus ultra du traitement médical et cela, pour un tarif sans comparaison avec les normes occidentales. « Nos prix correspondent grosso modo à un cinquième des tarifs européens », estime Sharma.

     Ralph Carter peut témoigner de l'intérêt de traverser l'océan pour se faire soigner. S'il a regretté son voyage en arrivant à l'aéroport de New Delhi et en voyant l'état des routes le menant à l’Escorts, cet octogénaire américain venu pour un pontage a depuis changé d'avis : « Mon billet d'avion, l'opération et la convalescence dans un hôtel de première classe m'ont coûté plusieurs fois moins cher que la seule intervention aux États-Unis, sans compter que l'endroit est plus propre et le personnel plus sympathique ! »

Investissements massifs

     Pour l'instant, environ 10% des patients de l'Escorts sont étrangers, provenant essentiellement de régions ne possédant pas les infrastructures adéquates : pays du Golfe, de l'ex-URSS ou d'Afrique. Or, le vent tourne et ce sont les riches occidentaux qui sont convoités par l'industrie du tourisme médical et les autorités indiennes. En atteste l'équipe du Ministère du tourisme croisée à l'hôpital en plein tournage d'un spot de soixante secondes qui sera diffusé sur les ondes de la BBC.

     D'ailleurs, le gouvernement se démène comme un diable pour promouvoir ce créneau touristique prometteur. Comme quoi, en Inde comme ailleurs, quand on le veut, on le peut : au niveau de l'immigration, des dispositions particulières ont été prévues pour les patients étrangers, histoire de leur garantir un processus bureaucratique accéléré, une visite de plus longue durée et un renouvellement de permis de séjour si nécessaire. Par ailleurs, un visa médical est à l'étude.

     Enfin, tout récemment, le gouvernement vendait pour une bouchée de pain quelque 85 hectares de terrains au PDG de l’Escorts Heart Institute and Research Center Ltd. pour la construction d'un méga-complexe hospitalier cinq-étoiles et multi-spécialisé, dont le but avoué est de satisfaire une clientèle occidentale en piètre santé. La première phase de cette « medical-city », un projet de plus de 250 millions de dollars qui comptera 1800 lits, est prévue pour 2007. Comme quoi, en Inde, le business de la santé « pète la forme » !

Un business en plein boom

     Selon McKinsey, l'industrie du tourisme médical en Inde est évaluée à 2,3 milliards de dollars pour 2012 (devancée seulement par le secteur des technologies de l'information, qui s’élevait à 5,2 milliards de dollars en 2005). Plus de 150 000 touristes médicaux viennent en Inde chaque année, un chiffre appelé à croître de 15% annuellement. Les secteurs les plus en demande sont les traitements cardiaques, les greffes de moelle osseuse, les remplacements de la hanche et du genou, les soins dentaires et les chirurgies esthétiques.

     Peintre à Paris, Zoé M. a fait un bond lorsqu'on lui a révélé le prix à payer pour deux implants dentaires : plus de 8000 Euros. C'est donc sans hésitation aucune que sur la recommandation d'un ami indien, elle s'est rendue à New Delhi pour se faire traiter. Quatre mois après l'opération, Zoé se dit très satisfaite des soins reçus pour moins de 3000 Euros. Même sa chirurgienne-dentiste de Paris lui a recommandé de venir se faire soigner en Inde. « Au début de l'année, raconte Zoé le sourire aux lèvres, celle-ci assistait à une conférence internationale de dentisterie organisée dans la capitale indienne. Elle m'a confié que lorsqu'ils ont vu la qualité du travail et des appareils ainsi que les tarifs pratiqués par les dentistes indiens, tous les membres de la délégation française ont tiré une tête de trois pieds de long ! »

     La délocalisation des soins médicaux ne fait effectivement que commencer…

     (Source : McKinsey et Confederation of Indian Industry.)

 

 

     
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