
L'Inde
à l'heure de la « guerre contre le terrorisme » :
la pression contre les groupes séparatistes se renforce
dans le cadre d'une coopération régionale
Article provenant du site http://www.terrorisme.net
Dans le domaine de
la lutte contre le terrorisme, plusieurs pays sont à l'heure
des grandes manuvres. L'Inde n'est pas en reste. Si les médias
internationaux ont les yeux fixés sur le Cachemire, il convient
de noter que les autorités indiennes développent aussi
des efforts intensifs pour parvenir à brider les activités
d'organisations séparatistes engagées dans la guérilla
ou des actes terroristes. Ces efforts s'inscrivent dans le cadre de
la recherche d'une coopération régionale accrue avec plusieurs
pays voisins.
Le conflit du Cachemire
est une question très sensible pour l'Inde : pas seulement
à cause des délicates relations avec le Pakistan et des
réels problèmes de sécurité que pose la
situation au Cachemire, mais aussi en raison de la crainte d'un effet
boule de neige. En effet, l'Inde doit faire face aux activités
d'autres organisations séparatistes : cette menace est prise
très au sérieux dans un pays caractérisé
par une grande diversité.
Dans l'actuel contexte
international de la « guerre contre le terrorisme »,
l'on peut observer depuis quelque temps des efforts soutenus du côté
indien pour développer des coopérations avec les pays
voisins en vue de brider les activités des groupes séparatistes.
Les dirigeants indiens ne cachent pas leur sentiment de devoir, à
côté de l'effort global contre le terrorisme, mener leur
propre offensive contre des groupes locaux.
Le 17 juillet 2002,
le ministre indien des Affaires étrangères Yashwant Sinha
avait affirmé que certains groupes terroristes en lutte avec
l'Inde auraient trouvé refuge au Myanmar (Birmanie), au Bangladesh,
au Népal et au Bhoutan (ainsi d'ailleurs qu'en Grande-Bretagne
et aux Pays-Bas).
Toujours selon Yashwant
Sinha, au Myanmar se trouveraient deux factions rivales du National
Socialist Council of Nagaland (NSCN) ainsi que des bases de la People's
Liberation Army et de l'United Liberation Front of Assam (ULFA). Au
Bhoutan se trouveraient des éléments de l'ULFA et du National
Democratic Federation of Bodoland (NDFB). (N.B. : les formes « Asom »
et « Boro » sont parfois utilisées.)
Le Bangladesh a immédiatement
réfuté les assertions indiennes et affirmé n'avoir
connaissance d'aucune activité de cet ordre sur son territoire.
En revanche, les trois
autres pays cités se montrent beaucoup plus disposés à
coopérer.
Ainsi, de hauts responsables
de la sécurité de l'Inde et du Myanmar ont eu une rencontre
au mois de juillet (la huitième du genre depuis 1994), à
l'occasion de laquelle ils ont décidé d'agir en commun
de façon plus intensive contre le trafic de drogue et les groupes
rebelles. L'Inde espère voir cette déclaration d'intention
suivie d'effets du côté birman.
Cela est d'autant plus
nécessaire, du point de vue indien, qu'existent des craintes
de voir des unités de l'ULFA jusqu'à maintenant basées
au Bhoutan se replier sur le Myanmar. En effet, les militants de l'ULFA,
du NDFB, de la Kamtapur Liberation Organisation (KLO) et du Parti communiste
du Népal (de tendance maoïste), qui avaient trouvé
refuge dans les denses forêts du Bhoutan, doivent faire face à
une épidémie de malaria, selon des sources indiennes.
En outre, au début
du mois de juillet 2002, le Bhoutan a lancé un ultimatum aux
groupes militants étrangers (en particulier l'ULFA et le NDBF)
pour qu'ils quittent le pays, faute de quoi le gouvernement utiliserait
la force des armes pour les en expulser. Plusieurs séries d'entretiens
ont déjà eu lieu depuis 1998 entre le gouvernement bhoutanais
et l'ULFA pour convaincre le mouvement d'abandonner ses bases au Bhoutan.
Le Bhoutan avait déjà annoncé au printemps 2001
son intention de lancer une offensive contre les camps de militants
venus du Nord-Est de l'Inde, mais semble avoir eu quelque crainte de
se trouver face à de coriaces adversaires par rapport aux moyens
d'intervention dont il dispose.
Après la récente
création d'un nouveau camp, l'ULFA compte maintenant six bases
au Bhoutan (dont son quartier général). Le NDBF y entretient
sept bases et la KLO deux bases.
Au début du
mois d'août, de hauts responsables indiens et bhoutanais ont eu
des entretiens en vue d'examiner les possibilités de prévenir
les incursions de combattants séparatistes vers l'Assam à
partir de leur sanctuaire au Bhoutan. Une opération militaire
conjointe n'est pas exclue, mais le Bhoutan préférerait
manifestement des solutions politiques.
À noter une
nouvelle ouverture du côté de la faction Isak-Muivah du
NSCN pour des pourparlers de paix. À la suite d'une série
de contacts à l'étranger (les derniers en date en juillet
à Amsterdam), des discussions entre des représentants
de séparatistes nagas et émissaires indiens devraient
avoir lieu prochainement, a-t-on appris le 18 août 2002. Les négociations
devraient se dérouler pour la première fois sur sol indien,
à Shillong (État du Meghalaya, Nord-Est de l'Inde).
À supposer que
les pourparlers débouchent sur un dialogue constructif, il reste
cependant du chemin à faire : il est difficile d'imaginer
que le gouvernement indien pourrait accéder par exemple à
l'exigence d'un « grand Nagaland » posée
par les combattants nagas. Le NSCN est considéré comme
la plus puissante des organisations séparatistes de la région.
Les manuvres
autour du terrorisme en cours dans la région ont encore d'autres
conséquences, cette fois-ci du côté du Népal.
Lors de sa visite en Inde au mois de juin 2002, le roi Gyanendra a reçu
de ses hôtes indiens l'assurance d'un soutien (y compris militaire)
contre la redoutable rébellion maoïste à laquelle
son pays doit faire face. Les promesses indiennes ont rapidement été
suivies d'effets, puisque l'organisation peu connue dénommée
Akhil Bharat Nepali Ekta Samaj (ABNES), active sur sol indien dans la
récolte de fonds pour les rebelles maoïstes et l'organisation
de manifestations contre le gouvernement népalais, a été
interdite au début du mois de juillet en vertu du Prevention
of Terrorism Act. L'ABNES était apparemment implantée
dans différentes régions de l'Inde, y compris dans le
Sud.
Sur la situation dans
l'Assam, on peut lire un intéressant entretien (en anglais) mené
en 2002 avec le professeur Sanjib Baruah, originaire de la région
et auteur d'un livre intitulé India Against Itself: Assam
and the Politics of Nationality (Philadelphia, University of Pennsylvania
Press, 1999) :
http://www.asiasource.org/news/special_reports/assam.cfm
