VISITE DU PRÉSIDENT HU JINTAO EN INDE


Claude Arpi

(Traduit de l’anglais par Olivier Danino)



Hu Jintao et Manmohan Singh en novembre 2006     En novembre dernier, le président Hu Jintao est venu puis s’en est allé (au Pakistan). Le mot qui résumerait le mieux la visite de quatre jours du leader chinois est « insipide ». En dehors des protestations des Tibétains qui ont mis un peu de couleur sur nos écrans de télévision ou dans les premières pages des journaux : les moines dans leurs robes grenat, les beaux tabliers des femmes qui scandaient des slogans, les drapeaux nationaux tibétains colorés, ou, plus tragiquement, la tentative d’immolation d’un jeune à Bangalore, cette visite fut assez terne, bien que qualifiée de « grand succès » dans la déclaration commune qui l’a conclue.

     Il faut dire qu’à l’exception de la famille d’un chirurgien inconnu qui avait rejoint l’armée de Mao, M. Hu a eu très peu de rapports avec le peuple indien.

     Même les 13 accords et les protocoles d’entente signés au cours de cette visite d’état n’ont rien apporté de très nouveau ou intéressant. La plupart d’entre eux visent à un resserrement des relations économiques (comme, par exemple, l’ouverture de consulats généraux à Guangzhou et Calcutta, le contrôle du minerai de fer, une meilleure coopération dans les domaines de l’agriculture, l’éducation ou la gestion des forêts, l’amélioration des mécanismes d’investissement, une collaboration rapprochée entre l’Institut Archéologique de l’Inde et son homologue chinois).

     Dans un registre plus amusant, il y a le protocole d’entente entre l’Institut Indien d’Administration Publique et l’École du Comité Central du Parti Communiste Chinois (dont Hu fut le directeur). Il déclare qu’il est le « reflet du désir des institutions d’administration publique des deux pays de mieux comprendre les systèmes de gouvernance de chacun et de promouvoir la coopération et l’échange d’expérience. »

     Bravo ! Les Indiens (peut-être quelques communistes indiens) pourront ainsi mieux comprendre le fonctionnement d’un régime totalitaire.

     Les 48 articles des déclarations communes sont sur la même ligne. Pratiquement, tous les sujets à controverse ont été soigneusement mis de côté, si ce n’est que le gouvernement indien a inutilement répété qu’il « n’autorise pas les Tibétains à s’engager dans des activités politiques anti-chinoises sur le sol indien ».

     Sinon c’est l’engagement dans le domaine économique qui reste la priorité, avec un nouvel objectif : augmenter le commerce bilatéral à 40 milliards de dollars d’ici 2010, ce qui est bien peu comparé aux 200 milliards de dollars prévus pour le commerce avec les pays de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique).

     Mais il n’y a eu aucune discussion (si l’on s’en fie à la déclaration commune) sur les questions plus controversées, notamment celles, épineuses, du tracé des frontières et des territoires occupés par la Chine depuis la guerre de 1962.

Claude Arpi



Français, Claude Arpi vit en Inde depuis plus de 30 ans.
Il est non seulement un spécialiste du Tibet, voir son excellent ouvrage Tibet, le pays sacrifié publié aux éditions Calmann-Lévy en 2000, mais aussi des relations sino-indiennes et indo-pakistanaises qu'il analyse dans son livre Cachemire, le paradis perdu publié en octobre 2004 aux Éditions Philippe Picquier.
Il est également l'auteur de plusieurs autres ouvrages en Français et en Anglais. Claude Arpi écrit aussi régulièrement des articles pour Rediff.com, le permier portail indien d'informations et le journal indien The Pioneer.
E-mail : claude@auroville.org.in ou tibpav@satyam.net.in



 

     
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