Insurrections et terrorisme en Inde
Entretien avec Ajai Sahni


Article publié sur le site http://www.terrorisme.net

http://www.terrorisme.net/p/article_180.shtml

 

Cachemire, Nord-Est, groupes maoïstes : l'Inde doit faire face depuis des années à une variété d'insurrections et d'activités terroriste. Quels sont les développements récents ? Et comment expliquer que ces défis n'empêchent pas l'Inde de continuer de fonctionner comme État démocratique ? Ajai Sahni[1], l'un des meilleurs spécialistes indiens de ces sujets répond à nos questions : il fait le point et nous explique en même temps comment l'Inde perçoit la violence politique sur son sol.

 

     Terrorisme.net : Quand il est question d'insurrections en Inde, nous entendons surtout parler du Cachemire dans les médias internationaux. Comment décririez-vous les développements actuels au Cachemire ? Que pouvez-vous nous dire sur les groupes militants les plus actifs ? Et sur les développements politiques ? Il est clair que nous ne pouvons porter sur cette situation le même regard qu'il y a dix ans.

Ajai Sahni, directeur exécutif de l'Institute of Conflict Management (Nouvelle Delhi)     Ajai Sahni : En fait, je pense que ces changements de la situation au Cachemire ont surtout représenté un développement post-2001, après les événements du 11 septembre. Du point de vue de l'insurrection, 2001 a été la pire année au Cachemire : plus de 4.000 morts. Depuis, nous avons assisté à une diminution continue du nombre de victimes dans l'État. Il est important de noter que cette diminution s'est réalisée indépendamment de négociations ou non, qu'elle n'a pas suivi la courbe de l'évolution des relations entre Inde et Pakistan (améliorations ou périodes de tension et de crise). Le nombre de victimes a diminué dans tous les cas.

     Ainsi, l'an dernier, nous avons dénombré 1.800 personnes tuées. En lui-même, ce fait nous enseigne deux choses : d'une part, la situation reste assez mauvaise, 1.800 victimes ne sont pas un chiffre que l'on peut écarter d'un revers de la main dans un État de 7,7 millions d'habitants; d'autre part, le fait que nous accueillons le chiffre de 1.800 victimes avec soulagement en dit long sur le degré auquel notre condition psychologique a été affectée, dans cette région du monde, par des mouvements persistants – qui sont, dans le cas présent, des mouvements de violence ayant un patronage étatique.

     En ce qui concerne le Cachemire, bien des développements sont survenus au cours des dernières années. Du point de vue de la perception internationale, l'un des plus importants a été le processus de paix entre l'Inde et le Pakistan. Le processus de paix est en fait un résultat de la transformation de l'environnement global: cela met le Pakistan dans l'impossibilité de maintenir sa stratégie contre l'Inde au même niveau qu'avant le 11 septembre. Il n'est plus possible d'adopter la couverture du démenti – ou disons plutôt: plus dans la même mesure. Il n'est plus possible de soutenir ouvertement le terrorisme au même degré que par le passé.

     Cela se conjoint avec une crise croissante au Pakistan même: certainement dans les provinces frontalières du Nord-Ouest, en particulier au Waziristan, maintenant toujours plus au Baloutchistan, mais également de façon substantielle à Karachi et au Pendjab. Le Pendjab n'avait jamais été touché par des activités terroristes, mais il se trouve maintenant affecté par des activités de terroristes islamiques extrémistes. Par le passé, ces activités étaient patronnées par l'État: elles sont maintenant – dans une certaine mesure – devenues hostiles à l'État, Musharraff en a même été la cible à Islamabad. Nous assistons donc à des problèmes de plus en plus grands au Pakistan, ce qui ne lui permet pas de soutenir au même degré l'insurrection au Jammu-Cachemire.

     Cependant, à notre avis, leur intention ne s'est pas fondamentalement modifiée. Cela est clair, parce que, si nous regardons à travers l'Inde, nous observons de continuels efforts pakistanais en vue d'exploiter tout type d'activité subversive pouvant être exploitée sur le territoire indien, en soutenant des groupes subversifs, terroristes et insurgés, que ce soit dans le Nord-Est de l'Inde ou ailleurs. Pour illustrer ce qui se passe dans le reste du pays, une petite information : depuis 1998, tous les dix jours en moyenne, une cellule terroriste islamiste soutenue par le Pakistan est repérée et neutralisée par nos services de sécurité en dehors du Jammu-Cachemire. Cela est important. Cela révèle l'étendue, la persistence et le talent des efforts pakistanais de subversion. La question n'est donc pas simplement celle du Cachemire: leur intention est de nuire à l'Inde partout où cela est possible.

     Néanmoins, la pression exercée aujourd'hui sur le Pakistan et son incapacité à maintenir au même niveau le terrorisme au Cachemire ont ouvert de nouvelles perspectives aux efforts de l'Inde pour stabiliser la situation au Cachemire. Notamment, nous avons vu pour la première fois la fin des continuels échanges d'artillerie entre Inde et Pakistan le long de la ligne de contrôle. Cela nous a permis de construire une barrière très sûre le long de la ligne de contrôle et de la frontière internationale, ce qui a rendu les tentatives d'infiltration beaucoup plus difficile, bien que pas impossibles. Par conséquent, les infiltrations ont chuté et les activités terroristes aussi. Ceci a permis un taux très élevé de participation lors des dernières élections dans l'État.

     La légitimité revendiquée par les factions extrémistes a été significativement battue en brèche au cours des trois dernières années. Cela a permis de commencer à renouer avec un fonctionnement politique démocratique.


     Terrorisme.net : Oui, mais les dernières élections au Cachemire ont également montré comment des groupes terroristes peuvent perturber ce processus: nous avons vu plus d'un cas d'élu qui s'est désisté et a dû se cacher. La situation semble loin d'être stabilisée. Les groupes insurgés restent en mesure d'exercer un impact réel sur la société du Cachemire.

     Ajai Sahni : Sans aucun doute. Nous devons parler en termes relatifs : nous parlons d'une situation dans laquelle 1.800 personnes par an perdent la vie en raison de cette guerre. Nous serions donc loin de la vérité en prétendant que la situation au Cachemire se rapproche de la normale. Non, la situation au Cachemire n'a rien de normal. Pourtant, elle a connu une nette amélioration. Ce que j'essaie de dire est que des espaces de vie politique civile et démocratique ont commencé à s'étendre à nouveau pour la première fois, après des décennies de retrait.

     Cependant, quand les terroristes trouvent une occasion, ils l'exploitent. Nous devons aussi être attentifs aux profils des victimes : de plus en plus, les activités terroristes se concentrent sur des assassinats ciblés. Ils s'en prennent aux institutions gouvernementales ; ils s'en prennent de plus en plus aux forces de sécurité. Précédemment, beaucoup d'assassinats visaient plutôt des cibles « molles ». La menace contre l'État s'est donc précisée, même si le nombre de victimes a décru.

     Nous devons donc faire face à bien des défis. Le plus grand de ces défis se pose pour la direction politique dans le pays, dans cet État, que ce soit au niveau des élections municipales, comme cela s'est produit récemment, ou de la direction politique de l'État – le Premier Ministre, sa fille, les membres de sa famille… Le dernier Premier Ministre et sa famille ont subi des attentats à de multiples reprises et ont eu beaucoup de chance d'y survivre: cela ne signifie pas que nous connaissons un situation politique normale. Au Jammu-Cachemire, l'ombre du fusil demeure très longue.


     Terrorisme.net : Outre le facteur pakistanais, un autre élément est l'impact des réseaux islamistes internationaux. Ils tendent à voir dans le Cachemire l'un de ces champs de bataille symboliques de leur cause. Jusqu'à quel point cela touche-t-il les groupes locaux au Cachemire ? Se trouvent-ils en interaction étroite avec des militants du djihad venant de l'étranger ? Des volontaires étrangers continuent-ils de se diriger vers le Cachemire pour y combattre ?

     Ajai Sahni : Les liens entre les groupes opérant au Cachemire (dominés, pour la plupart d'entre eux, par des cadres pakistanais) et les réseaux islamistes internationaux étaient très étroits. Idélogiquement, ils demeurent très forts, mais sur le plan opérationnel, ils ont connu un déclin après le 11 septembre, après la campagne américaine en Afghanistan.

     Ce qui se passait auparavant est qu'ils s'entraînaient ensemble dans les camps afghans et pakistanais. Au début, la coopération sur le plan opérationnel était continuelle. En effet, non seulement ils recevaient ensemble un entraînement, mais ils étaient aussi armés par les mêmes sources, à savoir – dans une large mesure – les services de renseignement pakistanais (Inter-Services Intelligence, ISI). Ils se retrouvaient ensuite amalgamés les uns aux autres dans leurs théâtres d'opérations respectifs. Beaucoup de militants du Cachemire ont ainsi combattu dans les campagnes afghanes. Beaucoup de militants afghans et de militants islamistes internationaux – provenant de pas moins de 21 pays – ont, à un moment ou à un autre, combattu au Cachemire. Ils y servaient durant six à huit mois, puis étaient envoyés vers un autre théâtre d'opérations.

     Après le 11 septembre et la campagne d'Afghanistan, la plupart des camps fixes établis au Pakistan ont été démantelés. L'entraînement au Pakistan se poursuit, mais avec une structure très mobile, constamment déplacée d'un endroit à l'autre. En raison même de cette mobilité, la formation a de plus en plus été déléguée à chacun des groupes, qui assurent l'entraînement de leurs propres cadres. Ainsi, la proportion de terroristes non cachemiris opérant au Cachemire a augmenté depuis le 11 septembre, mais les non Cachemiris sont en grande partie des Pakistanais. Dans une large mesure, nous trouvons aujourd'hui au Cachemire des terroristes pakistanais et quelques terroristes locaux. Les autres nationalités ont pratiquement disparu. On entend certes parfois parler d'un Afghan, mais il n'est pas toujours facile de définir ce qu'est un Afghan, puisque beaucoup de gens des provinces frontières du Nord-Ouest du Pakistan sont identifiés comme Afghans par les indigènes. Il est donc possible qu'il ne s'agisse pas de ressortissants afghans, mais de citoyens pakistanais  – toujours est-il que nous avons seulement connaissance, parmi ceux qui combattent aujourd'hui au Cachemire, de Pakistanais et parfois d'Afghans. Les Arabes et personnes d'autres origines ont disparu: probablement ont-ils été affectés à tout autre pays où ils pourraient être plus efficaces.

     Terrorisme.net : Les médias occidentaux parlent du Cachemire, au moins dans une certaine mesure. Mais il existe en Inde un autre foyer d'insurrections: le Nord-Est, qui connaît peut-être l'une des plus fortes densités d'activités insurgées au monde, avec une prolifération de groupes luttant pour des causes différentes, souvent locales. Pourriez-vous résumer en quelques mots la situation?

     Ajai Sahni : En effet, sur notre site South Asia Terrorism Portal [http://www.satp.org/], nous recensons jusqu'à 120 groupes insurgés dans le Nord-Est de l'Inde ! En fait, nombre d'entre eux sont inactifs, tandis que les principaux groupes actifs représentent un bien moinde nombre. Celui-ci s'éléverait cependant encore à quelques douzaines.

     Presque sans exception, tous ces groupes – en tout cas tous les groupes importants – se fondent sur des appartenances ethniques. Le Nord-Est a été une zone très stagnante, largement restée en dehors de la supervision d'une administration civile normale, et donc à l'écart de l'intégration dans le monde moderne, en application du principe que ces groupes tribaux avaient des cultures et identités uniques en leur genre, qu'il s'agissait de préserver. L'accent a donc été mis sur les identités tribales durant la période britannique, et même durant les premières décennies de l'Inde indépendante. Cela a accentué les tendances au « fondamentalisme tribal » et entraîné des demandes de ghettoïsation du Nord-Est, chaque tribu se mettant à exiger une séparation complète des zones géographiques où elle se trouvait dominante.

     En elle-même, la question des identités tribales présente un grand intérêt. Par exemple, les groupes qui se disent aujourd'hui Nagas ne se voyaient pas comme tels il y a deux siècles : ils se percevaient eux-mêmes comme un ensemble de groupes disparates. Mais vers la fin du 19e siècle, ils ont commencé à se considérer comme relevant d'une même identité naga. Il s'agit d'une identité en évolution. Cependant, cela a été à l'origine des premières demandes de séparation ethnique en Inde : l'exigence d'un foyer national naga. Par la suite, cet exemple a suscité bien des imitateurs.

     De façon très intéressante, ce qui se produit aujourd'hui est que, lorsqu'un groupe important présente des exigences séparatistes, nous observons un processus de fission, avec d'autres groupes moins grands demandant à leur tour de pouvoir se séparer du groupe le plus important. C'est ainsi que nous assistons à cette prolifération d'insurrections ethniques dans le Nord-Est. Malheureusement, la plupart de ces désirs de séparation se sont exprimés à travers des mouvements violents : cette violence s'en est prise tant à l'État qu'à ceux qui ont été considérés comme des éléments extérieurs – qu'il s'agisse d'autres groupes tribaux ou de populations ayant migré vers ces régions au fil des siècles.


     Terrorisme.net : Vous décrivez ces insurrections comme « ethniques ». Cela signifie-t-il donc qu'il n'existe pas d'interférences extérieures dans ces zones ? Ces insurgés ont pourtant besoin de lieux où ils peuvent prendre du repos ou s'entraîner. Quel a donc été le rôle de pays voisins ou d'autres acteurs internationaux dans le Nord-Est ?

     Ajai Sahni : De notre point de vue, la plupart des mouvements du Nord-Est se seraient effondrés depuis des années sans le soutien extérieur considérable reçu du Bangladesh – en fait de concert avec l'ISI pakistanaise. C'est leur soutien qui a maintenu ces mouvements en vie. La plupart des groupes principaux actifs dans le Nord-Est ont leur quartier général au Bangladesh, sont approvisionnés par le Bangladesh, sont armés par le Bangladesh, ont des lieux où ils peuvent s'entraîner et, en fait, sont souvent entraînés par des officiers pakistanais et bangladeshis. Sans ce genre de soutien, je ne pense pas que les insurrections du Nord-Est auraient réussi à survivre.

     Certes, ces mouvements ont trouvé aussi des sanctuaires dans d'autres pays. Pendant longtemps, le Bhoutan a ainsi été un refuge pour au moins quatre groupes terroristes actifs dans le Nord-Est, jusqu'au moment où le Bhoutan est parvenu à les chasser. Parfois, certains terroristes sont aussi passés au Myanmar. Mais, dans le cas du Bhoutan ou du Myanmar, nous n'observons aucun soutien étatique accordé à ces groupes. Tout simplement, le Bhoutan se sentait trop faible pour se défendre, avant de réussir à expulser tous les groupes en décembre 2003. Quant aux zones du Myanmar où ces groupes avaient construit des bases, il s'agissait de régions recouvertes d'une forêt dense. En fait, plusieurs groupes en rébellion contre le gouvernement du Myanmar se trouvaient actifs dans les mêmes zones. Nous nous trouvons donc ici face à une exploitation opportuniste de régions dans lesquelles le gouvernement est peu présent. Au Bangladesh, en revanche, nous constatons un indéniable et intentionnel soutien étatique. Et l'intention est de causer autant de problèmes que possible à l'Inde.


     Terrorisme.net : De l'extérieur, il est relativement aisé de comprendre l'antagonisme entre l'Inde et le Pakistan, et donc le soutien fourni au moins par certains secteurs de l'appareil étatique pakistanais aux groupes insurgés. Mais quand il s'agit du Bangladesh, il devient plus difficile de comprendre ce qui se passe là. Après tout, l'Inde avait fortement soutenu le Bangladesh dans sa lutte pour l'indépendance, quand il s'était séparé du Pakistan et avait ainsi cessé d'être le « Pakistan oriental ». Comment se fait-il donc que le Bangladesh soutienne les ennemis d'un pays qui était au départ ami ?

     Ajai Sahni : Cela représente l'une des plus grandes tragédies de notre politique étrangère. Il s'agit certainement d'un échec de notre part, mais de façon encore plus importante, cela représente une dynamique particulière. Les partis politiques qui détiennent aujourd'hui le pouvoir au Bangladesh sont des partis qui avaient été les alliés du Pakistan et avaient gardé leurs sympathies pour la cause du Pakistan uni même pendant le combat pour la libération. C'est ainsi que le Jamaat-e-Islami fut interdit au Bangladesh immédiatement après la guerre de 1971, car ils étaient considérés comme les principaux collaborateurs du génocide des Bangladeshis par l'armée pakistanaise. Malheureusement, ils furent autorisés à revenir sur la scène sous le général Ershad, qui s'était emparé du pouvoir, avait une faible légitimité, pas de soutien politique, et découvrit qu'il pouvait exploiter ces petits groupes pour assurer à son régime au moins une légitimité partielle. Ce qui se passe aujourd'hui au Bangladesh est que, lentement, la logique et la dynamique d'une politique islamiste ont pris le dessus, au point que même des groupes séculiers ou relativement séculiers – comme la Ligue Awami – trouvent impossible de confronter l'islamisme ou l'extrémisme islamique, car au moment où ils commencent à le critiquer, ils sont perçus dans un certain sens comme s'en prenant à l'islam lui-même – ou c'est en tout cas sous cet angle que leurs opposants cherchent à projeter ce qu'ils font.

     Nous avons donc observé au cours des quinze dernières années une consolidation régulière de l'islam radical dans toute la dynamique politique du Bangladesh, qui l'a rapproché de plus en plus du Pakistan, où le régime a précisément exploité la même dynamique de radicalisation islamique. Nous voyons donc la radicalisation islamique réunir ceux qui ont perpétré ce qui a peut-être été le plus important génocide de l'histoire récente dans cette région et les victimes de ce génocide. La dynamique ou la logique de cet islamisme est si forte qu'elle surmonte toute autre considération. Il est ensuite possible de le diriger vers quelque ennemi extérieur: l'Inde est la cible naturelle, car elle est présentée par les islamistes comme pays hindou ; ils ne reconnaissent pas le caractère séculier et démocratique de ce pays.


      Terrorisme.net : Le Nord-Est n'a cependant pas seulement été l'histoire de conflits, mais de groupes qui font reddition. Plusieurs groupes ont accepté de renoncer aux armes. Dans le Nord-Est a été développé cet étrange concept de personnes qui sont underground ou overground. Pensons par exemple au processus de négociation sur le Nagaland, mené par le gouvernement indien avec le National Socialist Council of Nagaland – Isak/Muivah (NSCN-IM). Pensez-vous que le Nord-Est se trouve sur le chemin de règlements politiques ? Quel regard portez-vous sur la possibilité pour un État de négocier avec des insurgés. Pour tout État, c'est une question importante !

     Ajai Sahni : Tout d'abord, si nous prêtons attention aux courants de violence dans le Nord-Est, ils déclinent. Au cours des quatre dernières années, nous avons assisté à un déclin continuel dans presque tous les États de la région, sauf le Manipur, où la situation s'est dégradée récemment à cause de certains aspects d'une mauvaise gestion politique. Nous pouvons donc voir une tendance en direction de la résolution de ces conflits. Nous pouvons noter une saturation publique à l'encontre de ces méthodes de protestation politique ou des tentatives de provoquer par la violence une transformation de la situation politique.

     Nous assistons aussi au déroulement d'un scénario qui a de quoi rendre perplexes des observateurs extérieurs. Il s'agit des méthodes très expérimentales et très souples adoptées par l'Inde, des méthodes de gestion politique en évolution, dans un pays dont il est presque impossible à des non-Indiens de même reconnaître ou imaginer la diversité. Dans un pays comme celui-ci, nous ne pouvons partir d'un rigide principe d'ennemis de l'État qui devraient être neutralisés, traduits en justice, ou quoi d'autre encore. Un système beaucoup plus souple est nécessaire pour essayer de gérer une population que traverse une telle diversité culturelle, avec des niveaux de développement si différents, au point que des gens vivant à Delhi n'auront rien en commun avec les populations de certaines régions du Nord-Est. Plus encore, des personnes vivant à Guwahati (Assam) ou à Kohima (Nagaland) pourront avoir très peu en commun avec des populations éloignées de 30 ou 50 kilomètres seulement, dont la vie est restée inchangée depuis des siècles. Nous parlons donc ici de la gestion de gens dont la diversité est immense et défie l'imagination. Il s'agit par conséquent de systèmes qui ne se prêtent pas à des interprétations rigides ou strictement bornées par des règles de la gestion des conflits. La gestion se fait toujours en essayant de trouver une solution en utilisant ce que l'on a de mieux à disposition, ce que l'on peut essayer.

     En outre, l'État indien a toujours admis que toutes ces insurrections sont des conflits se jouant au sein de son propre peuple. Aucun groupe insurgé n'est considéré comme l'ennemi, comme un intrus qui doit être écrasé. Une image est souvent utilisée dans le discours politique, même si je ne l'approuve et ne la partage pas : « Ce sont des enfants qui ont été trompés ou se sont égarés. » Dans un certain sens, il s'agit donc de les remettre sur le droit chemin, pour ainsi dire. Le gouvernement indien ne négocie pas seulement avec le NSCN-IM, mais avec plusieurs groupes – il y a ainsi des négociations séparées avec le NSCN-K. Au Meghalaya, l'Achik National Volunteer Council (ANVC) se trouve actuellement engagé dans quelque type de négociation avec le gouvernement, mais ce dialogue n'est pas aussi avancé qu'avec le NSCN-IM.

     Plus encore: le gouvernement invite constamment des groupes qui ont obstinément refusé des négociations à venir résoudre leurs désaccords en discutant autour d'une table. Cela inclut des groupes tels que l'United Liberation Front of Assam (ULFA). Il s'agit en fait d'une invitation générique adressée à tous les groupes. Le National Liberation Front of Tripura (NLFT), l'un des groupes insurgés de cet État, se trouvait récemment engagé dans des négociations avec le gouvernement, et nombre de ses membres se sont rendus en masse à la suite de ces négociations, même si le chef du groupe s'est enfui à nouveau au Bangladesh. Des dynamiques de ce genre sont toujours en cours, il y a constamment des efforts pour réabsorber ces éléments dans le courant politique normal.

     C'est un processus qui se déroule dans le Nord-Est et aussi au Jammu-Cachemire. De temps en temps, le gouvernement décrète un cessez-le-feu avec un groupe dans l'espoir que les terroristes viendront à la table des négociations et que quelque chose pourra être fait. Tout ceci s'inscrit dans un très complexe système continu de gestion de la diversité, qui est – je crois – unique à l'Inde.


     Terrorisme.net : Troisième défi de sécurité pour l'Inde sur le terrain des insurrections et du terrorisme: la croissance des ce que l'on appelle les naxalites. Alors que la maoïsme semble être aujourd'hui en Occident un fantôme du passé, ce n'est manifestement pas le cas en Inde et au Népal. Pourriez-vous tout d'abord nous expliquer l'arrière-plan des naxalites, puisque ce terme n'est pas utilisé en dehors de l'Inde ? Et ensuite, pourquoi le maoïsme conserve-t-il une telle force d'attraction, alors que la Chine – en tout cas dans la pratique – l'a abandonné depuis tant d'années ?

     Ajai Sahni : En ce qui concerne le mot « naxalite », il a pour source un petit village du Bengale septentrional, Naxalbari. Ce fut à Naxalbari, au début des années 1960, que se produisirent les premières insurrections, durant lesquelles des réserves de grain gouvernementales furent pillés, des fonctionnaires et des bureaux attaqués. Le mouvement débuta là, et une grande partie de ses dirigeants y étaient concentrés. Il se diffusa alors rapidement à travers le Bengale, et dans une moindre mesure dans l'Andhra Pradesh. L'Andhra Pradesh a sa propre et longue tradition de violence d'extrême-gauche, antérieure à l'indépendance. Mais à ce moment, cela devint ce que l'on baptisa alors le mouvement naxalite.

     Il fut en grande partie détruit en 1973, à la faveur d'une forte action de l'État. Plusieurs groupes d'extrême-gauche se rallièrent alors au processus politique et commencèrent à se présenter aux élections. Ceux qui restaient attachés à la violence furent petit à petit arrêtés ou périrent au cours d'interventions policières. Le mouvement fut complètement éliminé en 1975.

     Il y eut ensuite une accalmie complète du côté de l'extrême-gauche jusqu'en 1980. Ce fut alors que, dans l'Andhra Pradesh, Kondapalli Seetharamaiah, qui avait participé au mouvement naxalite originel, créa ce qui fut appelé le People's War Group (PWG). Ce fut le début d'une lente expansion dans seulement quatre districts septentrionaux de l'Andhra Pradesh, la région appelée Telangana. C'est une région qui comprend dix districts en tout, dont les quatre considérés comme les foyers du naxalisme. « Naxalisme » est aujourd'hui utilisé comme terme générique pour tous les mouvement maoïstes ou d'extrême-gauche.

     Vous me demanderez comment ce rétablissement a été possible ? Et comment se diffusent-ils si rapidement à une époque où tout le reste du monde a abandonné l'idée maoïste ? Deux facteurs entrent ici en jeu. L'un est le maintien d'un concept militaire stratégique fondamental de poursuivre sans relâche un objectif au fil des années et décennies. C'est ce qu'ils ont fait, tandis que l'État n'a pas poursuivi avec le même sens de l'engagement l'objectif de les neutraliser – un comportement certes naturel pour les démocraties, qui ont des perspectives à court terme, tandis que les mouvements extrémistes ou totalitaires cultivent habituellement des objectifs beaucoup plus clairs, qu'ils poursuivent sans relâche au fil du temps. Cela a été l'un des principaux facteurs ayant alimenté les insurrections.

     Le second facteur important est que, dans de larges zones du Népal, de l'Inde et du Bangladesh – il existe un important mouvement d'extrême-gauche dans l'Ouest du Bangladesh, et un mouvement naissant au Bhoutan – la présence du gouvernement n'est pas assurée de façon adéquate. Il y a un vide, des zones sont abandonnées. Les biens publics fondamentaux que des gouvernements sont supposés fournir, à commencer par la sécurité, ne sont pas offerts de façon adéquate. Quant existe un vide de politique et de sécurité, une force ou une autre naîtra : les naxalites ont su habilement exploiter ces failles, ces espaces de vide politique et administratif. Ceci les a aidés à s'étendre.

     L'expansion la plus rapide s'est produite au cours des dernières années, quand, sous l'influence des idéologies de libéralisation et de globalisation, des gouvernements de la région se sont concentrés sur des zones géographiques toujours plus étroites en vue d'une croissance économique rapide. En même temps s'est produit, dans une certaine mesure, un déclin ou un démantèlement du réseau de sécurité sociale dans les zones rurales les plus pauvres. De ce point de vue, la campagne a fait l'expérience d'un nouvel abandon, qui a élargi encore le vide auquel j'avais fait allusion. Cela a permis aux naxalites et aux idéologies d'extrême-gauche de s'y engouffrer.

     Très souvent, cela ne s'est pas produit en raison de négligences, mais parce que des processus de changement incontrôlés ont créé des problèmes aigus que le gouvernement n'a pas prévus et n'a pas été capable de résoudre. Par exemple, de nouvelles variétés de coton à haut rendement ont été introduites dans l'Andhra Pradesh. En même temps, pour la première fois dans l'histoire de l'Inde, ce que l'on peut considérer comme de généreuses facilités de crédit ont été offertes aux agriculteurs – sinon, les agriculteurs éprouvaient toujours la plus grande peine à obtenir des crédits de la part des banques. Quand ils ont adopté cette nouvelle variété de coton à haut rendement, ils ont reçu des prêts importants. Malheureusement, ces récoltes n'avaient jamais fait l'objet d'essais dans ces environnements, elles ont été un échec année après année, avec pour résultat une énorme dette rurale. Cette dette a créé une détresse inimaginable et sans précédent chez les agriculteurs. Normalement, si une telle dette est le résultat de causes naturelles, l'État intervient et renonce au remboursement des prêts ou accorde des délais. Cela n'a pas été le cas cette fois-ci, en raison de l'influence de la libéralisation et d'idéologies économiques de compétition. Résultat: des suicides d'agriculteurs à large échelle dans l'Andhra Pradesh.

     Les naxalites ont ainsi à nouveau pu exploiter la détresse rurale et atteindre de nouvelles zones. Des modèles semblables ou différents de vide politique ont facilité la diffusion du naxalisme du Népal jusqu'à des zones assez méridionales de l'Inde, au delà de l'Andhra Pradesh, jusqu'au Tamil Nadu et au Karnataka – et, bien entendu, dans les États situés entre deux: Bihar, Chattisgarh, Jharkand, Uttar Pradesh… Près de 15 États de l'Union indienne connaissent aujourd'hui des activités naxalites, graves ou marginales.


     Terrorisme.net : L'an dernier, les deux principaux groupes naxalites ont fusionné, ce qui traduit l'existence d'une impulsion et le sentiment qu'il est possible d'arriver à quelque chose. D'autre part, la situation au Népal semble inévitablement devoir exercer un impact sur les mouvements naxalites. Comment évaluez-vous cet impact ? Que pensez-vous que le mouvement naxalite puisse obtenir en Inde ? Il paraît peu probable que les naxalites réussissent à s'emparer d'un territoire entier: Y aura-t-il donc tôt ou tard un processus de négociation permettant à l'État de les intégrer dans le champ politique ? Quel est votre regard sur les développements actuels et les perspectives qu'ils ouvrent ?

     Ajai Sahni : Avec des mouvements de cette nature, le problème est qu'ils ne sont intégrés dans des processus politiques que lorsqu'ils essuient des revers, lorsqu'ils sont défaits, lorsqu'ils souffrent de lourdes pertes et ne croient plus être en mesure de poursuivre leur entreprise. Or, les dernières années ont vu une très rapide expansion de l'extrême-gauche. Ce n'est certainement pas le moment où ils vont parler de paix. Et si quand même ils viennent à la table des négociations, ce sera pour faire ce que font souvent les maoïstes: utiliser ces processus de paix comme ruse tactique pour se consolider, pour s'étendre, pour se refaire, pour recruter et pour s'entraîner. Ensuite, ils retournent au champ de bataille en étant beaucoup plus forts.

     Que peuvent-ils obtenir en Inde ? Et tout d'abord, quel serait l'impact de la venue au pouvoir d'un régime maoïste au Népal ? Sur le plan opérationnel, les liens entre maoïstes de l'Inde et du Népal sont très limités. Il existe bien entendu certains liens tactiques, une certaine assistance mutuelle en termes d'entraînement et de refuge, mais cela ne veut pas dire que beaucoup de maoïstes indiens combattent au Népal ou, inversement, que nous aurons un jour un nombre important de maoïstes népalais combattant en Inde. Cela ne se produira pas. Ce qui arrivera – s'ils ont sous les yeux le modèle d'une grande victoire au Népal – sera que beaucoup plus de gens se mettront à imiter les tactiques maoïstes; la stratégie de la guerre prolongée y trouvera une justification. Qu'est-ce que cela permettra d'obtenir ? À vrai dire, je ne crois pas que ces mouvements puissent réellement obtenir quoi que ce soit en termes constructifs. Ils créeront des zones de trouble toujours plus larges, jusqu'à ce que l'État trouve des moyens efficaces de les contenir et de les neutraliser. Malheureusement, cela reste encore à faire: en Inde, l'État apprend lentement et met en œuvre encore plus lentement. Même s'il sait ce qu'il faut faire, il lui faut longtemps pour agir sur cette base.

     Mais finalement, je pense que ces mouvements vont tout simplement à contre-sens du courant de l'histoire ainsi que contre les impératifs technologiques d'une société en voie de globalisation. Ce sont des mouvements que je qualifie d'idéologie de l'envie, d'idéologies du ressentiment. Il ne s'agit pas de mouvements ayant un idéal ou un but positif, mais ils sont motivés par leur colère de ne pas avoir ce qu'ont d'autres gens. Ces mouvements ne peuvent indéfiniment s'appuyer simplement sur une telle colère. Ils doivent donner aux gens qui les suivent ce qu'ont ces autres gens qu'ils envient, ou tout cela se terminera par le genre de déception que l'on a vu en Union soviétique, en Chine, qui s'est produit au sein des groupes d'extrême-gauche partout, avec des gens qui finissent par dire : « Bon, maintenant, nous devons donner aux gens quelque chose de positif, nous ne pouvons pas simplement redistribuer la pauvreté, nous devons distribuer la richesse. » C'est pourquoi, à la fin, ils échoueront.

     La difficulté est de savoir combien de gens ils tueront avant d'en arriver là ? Cela dépendra de la sagacité et de la capacité de l'État à réagir aussi efficacement et rapidement que possible.


     Terrorisme.net : Existe-t-il des ponts entre ces mouvements naxalites et les partis communistes en Inde, ou sont-ils à couteaux tirés ?

     Ajai Sahni : Les plus importants partis communistes en Inde sont activement hostiles aux maoïstes. En fait, si nous retournons aux origines du mouvement naxalite des années 1960 et du début des années 1970, ils furent éliminés au Bengale occidental sous un gouvernement communiste. Les deux principaux partis communistes engagés dans le processus démocratique sont profondément hostiles aux maoïstes. Néanmoins les maoïstes disposent de quelques petits partis politiques régionaux, en fait des organisations de façade ou des partis de substitution ; ils s'engagent parfois dans le processus politique ou dans un large spectre d'activités politiques, par exemple des manifestations et d'autres activités de mobilisation afin de soutenir les maoïstes. Mais il ne s'agit pas là des principaux partis communistes.


     Terrorisme.net : Pour terminer, si nous prêtons attention à l'Inde, vous avez décrit un pays où sont actifs des douzaines de groupes insurgés et terroristes. D'autre part, l'Inde est un pays dont l'économie se trouve en plein essor et où se rendent chaque année de nombreux touristes. C'est aussi un pays où sont exercés les droits démocratiques, avec une vivante culture de débat politique, un pays qui ne vit certes pas sous l'état d'urgence. Bien d'autres pays du monde, confrontés à tant d'insurrections, auraient sans doute donné naissance à des régimes autoritaires. Pourriez-vous nous révéler le secret – ou la recette – de l'Inde ? Comment expliquer ce « miracle » indien: celui d'un pays faisant face à tant d'activités insurrectionnelles et terroristes, et pourtant assurant une expression politique libre et les droits démocratiques ?

     Ajai Sahni : Je mettrais avant tout l'accent sur la force de la Constitution indienne et l'esprit sur lequel elle s'appuie. L'idée de l'unité et de la diversité. À aucun moment ce pays n'a tenté d'imposer à toute sa population une identité unique. Par conséquent, le désaccord n'est pas simplement accepté, il est clairement encouragé. Même quand il franchit la frontière de la violence, il ne suscite pas la rage qu'il provoquerait dans des sociétés plus homogènes. Nous acceptons les différences.

     L'autre chose, c'est qu'il s'agit vraiment d'un grand pays. À bien des égards, il est plus grand que des pays géographiquement plus vastes, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les liaisons entre les différentes parties du pays ne sont pas toujours bien développées: ce qui se produit dans une partie du pays ne cause donc pas tant de peur et de terreur dans d'autres régions. La situation peut se dégrader quelque part, mais ce ne sera pas le cas ailleurs. La situation est en fait celle d'un sentiment d'énormes distances psychologiques entre différentes parties du pays. Et même dans les régions affectées par la violence : si vous voyagez par exemple dans ce que vous pensez être les régions troublées du Nord-Est, il peut vous arriver de traverser des centaines de kilomètres sans observer le moindre signe de troubles ou de violences. Bien sûr, vous verrez d'autres choses qui vous perturberont: la pauvreté, l'arriération et d'autres choses qui posent problème. Mais il peut vous arriver de ne voir personne portant une arme, pas même un policier ou un militaire, en parcourant des centaines de kilomètres. Ce n'est donc pas comme si nous avions une violence considérable et ininterrompue à travers tout le pays: nous avons de petites poches de violence sporadique.

     Ce pays ne veut voir la violence prévaloir nulle part. Nous voulons un processus complet de démocratisation. C'est très important, je reviens à la force de la Constitution indienne : l'Inde est un pays très inéquitable et inégal. Il y existe beaucoup d'injustices. Mais aucune d'entre elles n'est protégée par la loi ou par la Constitution. Personne ne peut faire l'objet de discriminations en Inde si l'on reste dans le cadre de la loi, et cela donne un sentiment de justice. Cela donne aux gens l'espoirs, même s'ils sont offensés ou en colère. Ils ont le sentiment que des individus au sein du gouvernement peuvent certes agir contre eux et leur faire subir des discriminations, mais que les institutions du gouvernement sont neutres envers toutes les communautés. Telle est la force d'absorption de la Constitution indienne.


Ajai Sahni est le directeur exécutif de l'Institute of Conflict Management (Nouvelle Delhi). Il est également le directeur du South Asia Terrorism Portal, le rédacteur de la South Asia Intelligence Review et le rédacteur exécutif de de Faultlines: Writings on Conflict & Resolution. Ajai Sahni se trouve à la tête de l'Institut depuis sa création en 1997. L'Institut se concentre pour l'essentiel sur le terrorisme, les insurrections et les autres types infraconventionnels de conflits en Asie du Sud.

 

 
 
7 septembre 2005

 



 

     
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