Terrorisme.net
: Quand il est question d'insurrections en Inde, nous entendons surtout
parler du Cachemire dans les médias internationaux. Comment décririez-vous
les développements actuels au Cachemire ? Que pouvez-vous nous
dire sur les groupes militants les plus actifs ? Et sur les développements
politiques ? Il est clair que nous ne pouvons porter sur cette situation
le même regard qu'il y a dix ans.
Ajai
Sahni : En fait, je pense que ces changements de la situation au
Cachemire ont surtout représenté un développement
post-2001, après les événements du 11 septembre.
Du point de vue de l'insurrection, 2001 a été la pire
année au Cachemire : plus de 4.000 morts. Depuis, nous avons
assisté à une diminution continue du nombre de victimes
dans l'État. Il est important de noter que cette diminution s'est
réalisée indépendamment de négociations
ou non, qu'elle n'a pas suivi la courbe de l'évolution des relations
entre Inde et Pakistan (améliorations ou périodes de tension
et de crise). Le nombre de victimes a diminué dans tous les cas.
Ainsi, l'an dernier, nous avons dénombré
1.800 personnes tuées. En lui-même, ce fait nous enseigne
deux choses : d'une part, la situation reste assez mauvaise, 1.800 victimes
ne sont pas un chiffre que l'on peut écarter d'un revers de la
main dans un État de 7,7 millions d'habitants; d'autre part,
le fait que nous accueillons le chiffre de 1.800 victimes avec soulagement
en dit long sur le degré auquel notre condition psychologique
a été affectée, dans cette région du monde,
par des mouvements persistants qui sont, dans le cas présent,
des mouvements de violence ayant un patronage étatique.
En ce qui concerne le Cachemire, bien
des développements sont survenus au cours des dernières
années. Du point de vue de la perception internationale, l'un
des plus importants a été le processus de paix entre l'Inde
et le Pakistan. Le processus de paix est en fait un résultat
de la transformation de l'environnement global: cela met le Pakistan
dans l'impossibilité de maintenir sa stratégie contre
l'Inde au même niveau qu'avant le 11 septembre. Il n'est plus
possible d'adopter la couverture du démenti ou disons
plutôt: plus dans la même mesure. Il n'est plus possible
de soutenir ouvertement le terrorisme au même degré que
par le passé.
Cela se conjoint avec une crise croissante
au Pakistan même: certainement dans les provinces frontalières
du Nord-Ouest, en particulier au Waziristan, maintenant toujours plus
au Baloutchistan, mais également de façon substantielle
à Karachi et au Pendjab. Le Pendjab n'avait jamais été
touché par des activités terroristes, mais il se trouve
maintenant affecté par des activités de terroristes islamiques
extrémistes. Par le passé, ces activités étaient
patronnées par l'État: elles sont maintenant dans
une certaine mesure devenues hostiles à l'État,
Musharraff en a même été la cible à Islamabad.
Nous assistons donc à des problèmes de plus en plus grands
au Pakistan, ce qui ne lui permet pas de soutenir au même degré
l'insurrection au Jammu-Cachemire.
Cependant, à notre avis, leur intention
ne s'est pas fondamentalement modifiée. Cela est clair, parce
que, si nous regardons à travers l'Inde, nous observons de continuels
efforts pakistanais en vue d'exploiter tout type d'activité subversive
pouvant être exploitée sur le territoire indien, en soutenant
des groupes subversifs, terroristes et insurgés, que ce soit
dans le Nord-Est de l'Inde ou ailleurs. Pour illustrer ce qui se passe
dans le reste du pays, une petite information : depuis 1998, tous les
dix jours en moyenne, une cellule terroriste islamiste soutenue par
le Pakistan est repérée et neutralisée par nos
services de sécurité en dehors du Jammu-Cachemire. Cela
est important. Cela révèle l'étendue, la persistence
et le talent des efforts pakistanais de subversion. La question n'est
donc pas simplement celle du Cachemire: leur intention est de nuire
à l'Inde partout où cela est possible.
Néanmoins, la pression exercée
aujourd'hui sur le Pakistan et son incapacité à maintenir
au même niveau le terrorisme au Cachemire ont ouvert de nouvelles
perspectives aux efforts de l'Inde pour stabiliser la situation au Cachemire.
Notamment, nous avons vu pour la première fois la fin des continuels
échanges d'artillerie entre Inde et Pakistan le long de la ligne
de contrôle. Cela nous a permis de construire une barrière
très sûre le long de la ligne de contrôle et de la
frontière internationale, ce qui a rendu les tentatives d'infiltration
beaucoup plus difficile, bien que pas impossibles. Par conséquent,
les infiltrations ont chuté et les activités terroristes
aussi. Ceci a permis un taux très élevé de participation
lors des dernières élections dans l'État.
La légitimité revendiquée
par les factions extrémistes a été significativement
battue en brèche au cours des trois dernières années.
Cela a permis de commencer à renouer avec un fonctionnement politique
démocratique.
Terrorisme.net : Oui, mais les
dernières élections au Cachemire ont également
montré comment des groupes terroristes peuvent perturber ce processus:
nous avons vu plus d'un cas d'élu qui s'est désisté
et a dû se cacher. La situation semble loin d'être stabilisée.
Les groupes insurgés restent en mesure d'exercer un impact réel
sur la société du Cachemire.
Ajai Sahni :
Sans aucun doute. Nous devons parler en termes relatifs : nous parlons
d'une situation dans laquelle 1.800 personnes par an perdent la vie
en raison de cette guerre. Nous serions donc loin de la vérité
en prétendant que la situation au Cachemire se rapproche de la
normale. Non, la situation au Cachemire n'a rien de normal. Pourtant,
elle a connu une nette amélioration. Ce que j'essaie de dire
est que des espaces de vie politique civile et démocratique ont
commencé à s'étendre à nouveau pour la première
fois, après des décennies de retrait.
Cependant, quand les terroristes trouvent
une occasion, ils l'exploitent. Nous devons aussi être attentifs
aux profils des victimes : de plus en plus, les activités terroristes
se concentrent sur des assassinats ciblés. Ils s'en prennent
aux institutions gouvernementales ; ils s'en prennent de plus en plus
aux forces de sécurité. Précédemment, beaucoup
d'assassinats visaient plutôt des cibles « molles ».
La menace contre l'État s'est donc précisée, même
si le nombre de victimes a décru.
Nous devons donc faire face à bien des
défis. Le plus grand de ces défis se pose pour la direction
politique dans le pays, dans cet État, que ce soit au niveau
des élections municipales, comme cela s'est produit récemment,
ou de la direction politique de l'État le Premier
Ministre, sa fille, les membres de sa famille
Le dernier Premier
Ministre et sa famille ont subi des attentats à de multiples
reprises et ont eu beaucoup de chance d'y survivre: cela ne signifie
pas que nous connaissons un situation politique normale. Au Jammu-Cachemire,
l'ombre du fusil demeure très longue.
Terrorisme.net : Outre le facteur
pakistanais, un autre élément est l'impact des réseaux
islamistes internationaux. Ils tendent à voir dans le Cachemire
l'un de ces champs de bataille symboliques de leur cause. Jusqu'à
quel point cela touche-t-il les groupes locaux au Cachemire ? Se trouvent-ils
en interaction étroite avec des militants du djihad venant de
l'étranger ? Des volontaires étrangers continuent-ils
de se diriger vers le Cachemire pour y combattre ?
Ajai Sahni :
Les liens entre les groupes opérant au Cachemire (dominés,
pour la plupart d'entre eux, par des cadres pakistanais) et les réseaux
islamistes internationaux étaient très étroits.
Idélogiquement, ils demeurent très forts, mais sur le
plan opérationnel, ils ont connu un déclin après
le 11 septembre, après la campagne américaine en Afghanistan.
Ce qui se passait auparavant est qu'ils
s'entraînaient ensemble dans les camps afghans et pakistanais.
Au début, la coopération sur le plan opérationnel
était continuelle. En effet, non seulement ils recevaient ensemble
un entraînement, mais ils étaient aussi armés par
les mêmes sources, à savoir dans une large
mesure les services de renseignement pakistanais (Inter-Services
Intelligence, ISI). Ils se retrouvaient ensuite amalgamés les
uns aux autres dans leurs théâtres d'opérations
respectifs. Beaucoup de militants du Cachemire ont ainsi combattu dans
les campagnes afghanes. Beaucoup de militants afghans et de militants
islamistes internationaux provenant de pas moins de 21 pays
ont, à un moment ou à un autre, combattu au Cachemire.
Ils y servaient durant six à huit mois, puis étaient envoyés
vers un autre théâtre d'opérations.
Après le 11 septembre et la campagne
d'Afghanistan, la plupart des camps fixes établis au Pakistan
ont été démantelés. L'entraînement
au Pakistan se poursuit, mais avec une structure très mobile,
constamment déplacée d'un endroit à l'autre. En
raison même de cette mobilité, la formation a de plus en
plus été déléguée à chacun
des groupes, qui assurent l'entraînement de leurs propres cadres.
Ainsi, la proportion de terroristes non cachemiris opérant au
Cachemire a augmenté depuis le 11 septembre, mais les non Cachemiris
sont en grande partie des Pakistanais. Dans une large mesure, nous trouvons
aujourd'hui au Cachemire des terroristes pakistanais et quelques terroristes
locaux. Les autres nationalités ont pratiquement disparu. On
entend certes parfois parler d'un Afghan, mais il n'est pas toujours
facile de définir ce qu'est un Afghan, puisque beaucoup de gens
des provinces frontières du Nord-Ouest du Pakistan sont identifiés
comme Afghans par les indigènes. Il est donc possible qu'il ne
s'agisse pas de ressortissants afghans, mais de citoyens pakistanais
toujours est-il que nous avons seulement connaissance,
parmi ceux qui combattent aujourd'hui au Cachemire, de Pakistanais et
parfois d'Afghans. Les Arabes et personnes d'autres origines ont disparu:
probablement ont-ils été affectés à tout
autre pays où ils pourraient être plus efficaces.
Terrorisme.net
: Les médias occidentaux parlent du Cachemire, au moins dans
une certaine mesure. Mais il existe en Inde un autre foyer d'insurrections:
le Nord-Est, qui connaît peut-être l'une des plus fortes
densités d'activités insurgées au monde, avec une
prolifération de groupes luttant pour des causes différentes,
souvent locales. Pourriez-vous résumer en quelques mots la situation?
Ajai Sahni :
En effet, sur notre site South Asia Terrorism Portal [http://www.satp.org/],
nous recensons jusqu'à 120 groupes insurgés dans le Nord-Est
de l'Inde ! En fait, nombre d'entre eux sont inactifs, tandis que
les principaux groupes actifs représentent un bien moinde nombre.
Celui-ci s'éléverait cependant encore à quelques
douzaines.
Presque sans exception, tous ces groupes
en tout cas tous les groupes importants se
fondent sur des appartenances ethniques. Le Nord-Est a été
une zone très stagnante, largement restée en dehors de
la supervision d'une administration civile normale, et donc à
l'écart de l'intégration dans le monde moderne, en application
du principe que ces groupes tribaux avaient des cultures et identités
uniques en leur genre, qu'il s'agissait de préserver. L'accent
a donc été mis sur les identités tribales durant
la période britannique, et même durant les premières
décennies de l'Inde indépendante. Cela a accentué
les tendances au « fondamentalisme tribal » et
entraîné des demandes de ghettoïsation du Nord-Est,
chaque tribu se mettant à exiger une séparation complète
des zones géographiques où elle se trouvait dominante.
En elle-même, la question des identités
tribales présente un grand intérêt. Par exemple,
les groupes qui se disent aujourd'hui Nagas ne se voyaient pas comme
tels il y a deux siècles : ils se percevaient eux-mêmes
comme un ensemble de groupes disparates. Mais vers la fin du 19e siècle,
ils ont commencé à se considérer comme relevant
d'une même identité naga. Il s'agit d'une identité
en évolution. Cependant, cela a été à l'origine
des premières demandes de séparation ethnique en Inde
: l'exigence d'un foyer national naga. Par la suite, cet exemple a suscité
bien des imitateurs.
De façon très intéressante,
ce qui se produit aujourd'hui est que, lorsqu'un groupe important présente
des exigences séparatistes, nous observons un processus de fission,
avec d'autres groupes moins grands demandant à leur tour de pouvoir
se séparer du groupe le plus important. C'est ainsi que nous
assistons à cette prolifération d'insurrections ethniques
dans le Nord-Est. Malheureusement, la plupart de ces désirs de
séparation se sont exprimés à travers des mouvements
violents : cette violence s'en est prise tant à l'État
qu'à ceux qui ont été considérés
comme des éléments extérieurs qu'il
s'agisse d'autres groupes tribaux ou de populations ayant migré
vers ces régions au fil des siècles.
Terrorisme.net : Vous décrivez
ces insurrections comme « ethniques ». Cela signifie-t-il
donc qu'il n'existe pas d'interférences extérieures dans
ces zones ? Ces insurgés ont pourtant besoin de lieux où
ils peuvent prendre du repos ou s'entraîner. Quel a donc été
le rôle de pays voisins ou d'autres acteurs internationaux dans
le Nord-Est ?
Ajai Sahni :
De notre point de vue, la plupart des mouvements du Nord-Est se seraient
effondrés depuis des années sans le soutien extérieur
considérable reçu du Bangladesh en fait de
concert avec l'ISI pakistanaise. C'est leur soutien qui a maintenu ces
mouvements en vie. La plupart des groupes principaux actifs dans le
Nord-Est ont leur quartier général au Bangladesh, sont
approvisionnés par le Bangladesh, sont armés par le Bangladesh,
ont des lieux où ils peuvent s'entraîner et, en fait, sont
souvent entraînés par des officiers pakistanais et bangladeshis.
Sans ce genre de soutien, je ne pense pas que les insurrections du Nord-Est
auraient réussi à survivre.
Certes, ces mouvements ont trouvé
aussi des sanctuaires dans d'autres pays. Pendant longtemps, le Bhoutan
a ainsi été un refuge pour au moins quatre groupes terroristes
actifs dans le Nord-Est, jusqu'au moment où le Bhoutan est parvenu
à les chasser. Parfois, certains terroristes sont aussi passés
au Myanmar. Mais, dans le cas du Bhoutan ou du Myanmar, nous n'observons
aucun soutien étatique accordé à ces groupes. Tout
simplement, le Bhoutan se sentait trop faible pour se défendre,
avant de réussir à expulser tous les groupes en décembre
2003. Quant aux zones du Myanmar où ces groupes avaient construit
des bases, il s'agissait de régions recouvertes d'une forêt
dense. En fait, plusieurs groupes en rébellion contre le gouvernement
du Myanmar se trouvaient actifs dans les mêmes zones. Nous nous
trouvons donc ici face à une exploitation opportuniste de régions
dans lesquelles le gouvernement est peu présent. Au Bangladesh,
en revanche, nous constatons un indéniable et intentionnel soutien
étatique. Et l'intention est de causer autant de problèmes
que possible à l'Inde.
Terrorisme.net : De l'extérieur,
il est relativement aisé de comprendre l'antagonisme entre l'Inde
et le Pakistan, et donc le soutien fourni au moins par certains secteurs
de l'appareil étatique pakistanais aux groupes insurgés.
Mais quand il s'agit du Bangladesh, il devient plus difficile de comprendre
ce qui se passe là. Après tout, l'Inde avait fortement
soutenu le Bangladesh dans sa lutte pour l'indépendance, quand
il s'était séparé du Pakistan et avait ainsi cessé
d'être le « Pakistan oriental ». Comment
se fait-il donc que le Bangladesh soutienne les ennemis d'un pays qui
était au départ ami ?
Ajai Sahni :
Cela représente l'une des plus grandes tragédies de notre
politique étrangère. Il s'agit certainement d'un échec
de notre part, mais de façon encore plus importante, cela représente
une dynamique particulière. Les partis politiques qui détiennent
aujourd'hui le pouvoir au Bangladesh sont des partis qui avaient été
les alliés du Pakistan et avaient gardé leurs sympathies
pour la cause du Pakistan uni même pendant le combat pour la libération.
C'est ainsi que le Jamaat-e-Islami fut interdit au Bangladesh immédiatement
après la guerre de 1971, car ils étaient considérés
comme les principaux collaborateurs du génocide des Bangladeshis
par l'armée pakistanaise. Malheureusement, ils furent autorisés
à revenir sur la scène sous le général Ershad,
qui s'était emparé du pouvoir, avait une faible légitimité,
pas de soutien politique, et découvrit qu'il pouvait exploiter
ces petits groupes pour assurer à son régime au moins
une légitimité partielle. Ce qui se passe aujourd'hui
au Bangladesh est que, lentement, la logique et la dynamique d'une politique
islamiste ont pris le dessus, au point que même des groupes séculiers
ou relativement séculiers comme la Ligue Awami
trouvent impossible de confronter l'islamisme ou l'extrémisme
islamique, car au moment où ils commencent à le critiquer,
ils sont perçus dans un certain sens comme s'en prenant à
l'islam lui-même ou c'est en tout cas sous cet angle
que leurs opposants cherchent à projeter ce qu'ils font.
Nous avons donc observé
au cours des quinze dernières années une consolidation
régulière de l'islam radical dans toute la dynamique politique
du Bangladesh, qui l'a rapproché de plus en plus du Pakistan,
où le régime a précisément exploité
la même dynamique de radicalisation islamique. Nous voyons donc
la radicalisation islamique réunir ceux qui ont perpétré
ce qui a peut-être été le plus important génocide
de l'histoire récente dans cette région et les victimes
de ce génocide. La dynamique ou la logique de cet islamisme est
si forte qu'elle surmonte toute autre considération. Il est ensuite
possible de le diriger vers quelque ennemi extérieur: l'Inde
est la cible naturelle, car elle est présentée par les
islamistes comme pays hindou ; ils ne reconnaissent pas le caractère
séculier et démocratique de ce pays.
Terrorisme.net : Le Nord-Est n'a
cependant pas seulement été l'histoire de conflits, mais
de groupes qui font reddition. Plusieurs groupes ont accepté
de renoncer aux armes. Dans le Nord-Est a été développé
cet étrange concept de personnes qui sont underground ou overground.
Pensons par exemple au processus de négociation sur le Nagaland,
mené par le gouvernement indien avec le National Socialist Council
of Nagaland Isak/Muivah (NSCN-IM). Pensez-vous que le Nord-Est
se trouve sur le chemin de règlements politiques ? Quel regard
portez-vous sur la possibilité pour un État de négocier
avec des insurgés. Pour tout État, c'est une question
importante !
Ajai Sahni :
Tout d'abord, si nous prêtons attention aux courants de violence
dans le Nord-Est, ils déclinent. Au cours des quatre dernières
années, nous avons assisté à un déclin continuel
dans presque tous les États de la région, sauf le Manipur,
où la situation s'est dégradée récemment
à cause de certains aspects d'une mauvaise gestion politique.
Nous pouvons donc voir une tendance en direction de la résolution
de ces conflits. Nous pouvons noter une saturation publique à
l'encontre de ces méthodes de protestation politique ou des tentatives
de provoquer par la violence une transformation de la situation politique.
Nous assistons aussi au déroulement
d'un scénario qui a de quoi rendre perplexes des observateurs
extérieurs. Il s'agit des méthodes très expérimentales
et très souples adoptées par l'Inde, des méthodes
de gestion politique en évolution, dans un pays dont il est presque
impossible à des non-Indiens de même reconnaître
ou imaginer la diversité. Dans un pays comme celui-ci, nous ne
pouvons partir d'un rigide principe d'ennemis de l'État qui devraient
être neutralisés, traduits en justice, ou quoi d'autre
encore. Un système beaucoup plus souple est nécessaire
pour essayer de gérer une population que traverse une telle diversité
culturelle, avec des niveaux de développement si différents,
au point que des gens vivant à Delhi n'auront rien en commun
avec les populations de certaines régions du Nord-Est. Plus encore,
des personnes vivant à Guwahati (Assam) ou à Kohima (Nagaland)
pourront avoir très peu en commun avec des populations éloignées
de 30 ou 50 kilomètres seulement, dont la vie est restée
inchangée depuis des siècles. Nous parlons donc ici de
la gestion de gens dont la diversité est immense et défie
l'imagination. Il s'agit par conséquent de systèmes qui
ne se prêtent pas à des interprétations rigides
ou strictement bornées par des règles de la gestion des
conflits. La gestion se fait toujours en essayant de trouver une solution
en utilisant ce que l'on a de mieux à disposition, ce que l'on
peut essayer.
En outre, l'État indien a toujours
admis que toutes ces insurrections sont des conflits se jouant au sein
de son propre peuple. Aucun groupe insurgé n'est considéré
comme l'ennemi, comme un intrus qui doit être écrasé.
Une image est souvent utilisée dans le discours politique, même
si je ne l'approuve et ne la partage pas : « Ce sont des
enfants qui ont été trompés ou se sont égarés. »
Dans un certain sens, il s'agit donc de les remettre sur le droit chemin,
pour ainsi dire. Le gouvernement indien ne négocie pas seulement
avec le NSCN-IM, mais avec plusieurs groupes il y a ainsi
des négociations séparées avec le NSCN-K. Au Meghalaya,
l'Achik National Volunteer Council (ANVC) se trouve actuellement engagé
dans quelque type de négociation avec le gouvernement, mais ce
dialogue n'est pas aussi avancé qu'avec le NSCN-IM.
Plus encore: le gouvernement invite constamment
des groupes qui ont obstinément refusé des négociations
à venir résoudre leurs désaccords en discutant
autour d'une table. Cela inclut des groupes tels que l'United Liberation
Front of Assam (ULFA). Il s'agit en fait d'une invitation générique
adressée à tous les groupes. Le National Liberation Front
of Tripura (NLFT), l'un des groupes insurgés de cet État,
se trouvait récemment engagé dans des négociations
avec le gouvernement, et nombre de ses membres se sont rendus en masse
à la suite de ces négociations, même si le chef
du groupe s'est enfui à nouveau au Bangladesh. Des dynamiques
de ce genre sont toujours en cours, il y a constamment des efforts pour
réabsorber ces éléments dans le courant politique
normal.
C'est un processus qui se déroule
dans le Nord-Est et aussi au Jammu-Cachemire. De temps en temps, le
gouvernement décrète un cessez-le-feu avec un groupe dans
l'espoir que les terroristes viendront à la table des négociations
et que quelque chose pourra être fait. Tout ceci s'inscrit dans
un très complexe système continu de gestion de la diversité,
qui est je crois unique à l'Inde.
Terrorisme.net : Troisième
défi de sécurité pour l'Inde sur le terrain des
insurrections et du terrorisme: la croissance des ce que l'on appelle
les naxalites. Alors que la maoïsme semble être aujourd'hui
en Occident un fantôme du passé, ce n'est manifestement
pas le cas en Inde et au Népal. Pourriez-vous tout d'abord nous
expliquer l'arrière-plan des naxalites, puisque ce terme n'est
pas utilisé en dehors de l'Inde ? Et ensuite, pourquoi le maoïsme
conserve-t-il une telle force d'attraction, alors que la Chine en
tout cas dans la pratique l'a abandonné depuis tant
d'années ?
Ajai Sahni :
En ce qui concerne le mot « naxalite », il a pour
source un petit village du Bengale septentrional, Naxalbari. Ce fut
à Naxalbari, au début des années 1960, que se produisirent
les premières insurrections, durant lesquelles des réserves
de grain gouvernementales furent pillés, des fonctionnaires et
des bureaux attaqués. Le mouvement débuta là, et
une grande partie de ses dirigeants y étaient concentrés.
Il se diffusa alors rapidement à travers le Bengale, et dans
une moindre mesure dans l'Andhra Pradesh. L'Andhra Pradesh a sa propre
et longue tradition de violence d'extrême-gauche, antérieure
à l'indépendance. Mais à ce moment, cela devint
ce que l'on baptisa alors le mouvement naxalite.
Il fut en grande partie détruit
en 1973, à la faveur d'une forte action de l'État. Plusieurs
groupes d'extrême-gauche se rallièrent alors au processus
politique et commencèrent à se présenter aux élections.
Ceux qui restaient attachés à la violence furent petit
à petit arrêtés ou périrent au cours d'interventions
policières. Le mouvement fut complètement éliminé
en 1975.
Il y eut ensuite une accalmie complète
du côté de l'extrême-gauche jusqu'en 1980. Ce fut
alors que, dans l'Andhra Pradesh, Kondapalli Seetharamaiah, qui avait
participé au mouvement naxalite originel, créa ce qui
fut appelé le People's War Group (PWG). Ce fut le début
d'une lente expansion dans seulement quatre districts septentrionaux
de l'Andhra Pradesh, la région appelée Telangana. C'est
une région qui comprend dix districts en tout, dont les quatre
considérés comme les foyers du naxalisme. « Naxalisme »
est aujourd'hui utilisé comme terme générique pour
tous les mouvement maoïstes ou d'extrême-gauche.
Vous me demanderez comment ce rétablissement
a été possible ? Et comment se diffusent-ils si rapidement
à une époque où tout le reste du monde a abandonné
l'idée maoïste ? Deux facteurs entrent ici en jeu. L'un
est le maintien d'un concept militaire stratégique fondamental
de poursuivre sans relâche un objectif au fil des années
et décennies. C'est ce qu'ils ont fait, tandis que l'État
n'a pas poursuivi avec le même sens de l'engagement l'objectif
de les neutraliser un comportement certes naturel pour les
démocraties, qui ont des perspectives à court terme, tandis
que les mouvements extrémistes ou totalitaires cultivent habituellement
des objectifs beaucoup plus clairs, qu'ils poursuivent sans relâche
au fil du temps. Cela a été l'un des principaux facteurs
ayant alimenté les insurrections.
Le second facteur important est que, dans
de larges zones du Népal, de l'Inde et du Bangladesh il
existe un important mouvement d'extrême-gauche dans l'Ouest du
Bangladesh, et un mouvement naissant au Bhoutan la présence
du gouvernement n'est pas assurée de façon adéquate.
Il y a un vide, des zones sont abandonnées. Les biens publics
fondamentaux que des gouvernements sont supposés fournir, à
commencer par la sécurité, ne sont pas offerts de façon
adéquate. Quant existe un vide de politique et de sécurité,
une force ou une autre naîtra : les naxalites ont su habilement
exploiter ces failles, ces espaces de vide politique et administratif.
Ceci les a aidés à s'étendre.
L'expansion la plus rapide s'est produite
au cours des dernières années, quand, sous l'influence
des idéologies de libéralisation et de globalisation,
des gouvernements de la région se sont concentrés sur
des zones géographiques toujours plus étroites en vue
d'une croissance économique rapide. En même temps s'est
produit, dans une certaine mesure, un déclin ou un démantèlement
du réseau de sécurité sociale dans les zones rurales
les plus pauvres. De ce point de vue, la campagne a fait l'expérience
d'un nouvel abandon, qui a élargi encore le vide auquel j'avais
fait allusion. Cela a permis aux naxalites et aux idéologies
d'extrême-gauche de s'y engouffrer.
Très souvent, cela ne s'est pas
produit en raison de négligences, mais parce que des processus
de changement incontrôlés ont créé des problèmes
aigus que le gouvernement n'a pas prévus et n'a pas été
capable de résoudre. Par exemple, de nouvelles variétés
de coton à haut rendement ont été introduites dans
l'Andhra Pradesh. En même temps, pour la première fois
dans l'histoire de l'Inde, ce que l'on peut considérer comme
de généreuses facilités de crédit ont été
offertes aux agriculteurs sinon, les agriculteurs éprouvaient
toujours la plus grande peine à obtenir des crédits de
la part des banques. Quand ils ont adopté cette nouvelle variété
de coton à haut rendement, ils ont reçu des prêts
importants. Malheureusement, ces récoltes n'avaient jamais fait
l'objet d'essais dans ces environnements, elles ont été
un échec année après année, avec pour résultat
une énorme dette rurale. Cette dette a créé une
détresse inimaginable et sans précédent chez les
agriculteurs. Normalement, si une telle dette est le résultat
de causes naturelles, l'État intervient et renonce au remboursement
des prêts ou accorde des délais. Cela n'a pas été
le cas cette fois-ci, en raison de l'influence de la libéralisation
et d'idéologies économiques de compétition. Résultat:
des suicides d'agriculteurs à large échelle dans l'Andhra
Pradesh.
Les naxalites ont ainsi à nouveau
pu exploiter la détresse rurale et atteindre de nouvelles zones.
Des modèles semblables ou différents de vide politique
ont facilité la diffusion du naxalisme du Népal jusqu'à
des zones assez méridionales de l'Inde, au delà de l'Andhra
Pradesh, jusqu'au Tamil Nadu et au Karnataka et, bien entendu,
dans les États situés entre deux: Bihar, Chattisgarh,
Jharkand, Uttar Pradesh
Près de 15 États de l'Union
indienne connaissent aujourd'hui des activités naxalites, graves
ou marginales.
Terrorisme.net : L'an dernier,
les deux principaux groupes naxalites ont fusionné, ce qui traduit
l'existence d'une impulsion et le sentiment qu'il est possible d'arriver
à quelque chose. D'autre part, la situation au Népal semble
inévitablement devoir exercer un impact sur les mouvements naxalites.
Comment évaluez-vous cet impact ? Que pensez-vous que le mouvement
naxalite puisse obtenir en Inde ? Il paraît peu probable que les
naxalites réussissent à s'emparer d'un territoire entier:
Y aura-t-il donc tôt ou tard un processus de négociation
permettant à l'État de les intégrer dans le champ
politique ? Quel est votre regard sur les développements actuels
et les perspectives qu'ils ouvrent ?
Ajai Sahni :
Avec des mouvements de cette nature, le problème est qu'ils ne
sont intégrés dans des processus politiques que lorsqu'ils
essuient des revers, lorsqu'ils sont défaits, lorsqu'ils souffrent
de lourdes pertes et ne croient plus être en mesure de poursuivre
leur entreprise. Or, les dernières années ont vu une très
rapide expansion de l'extrême-gauche. Ce n'est certainement pas
le moment où ils vont parler de paix. Et si quand même
ils viennent à la table des négociations, ce sera pour
faire ce que font souvent les maoïstes: utiliser ces processus
de paix comme ruse tactique pour se consolider, pour s'étendre,
pour se refaire, pour recruter et pour s'entraîner. Ensuite, ils
retournent au champ de bataille en étant beaucoup plus forts.
Que peuvent-ils obtenir en Inde ? Et tout
d'abord, quel serait l'impact de la venue au pouvoir d'un régime
maoïste au Népal ? Sur le plan opérationnel, les
liens entre maoïstes de l'Inde et du Népal sont très
limités. Il existe bien entendu certains liens tactiques, une
certaine assistance mutuelle en termes d'entraînement et de refuge,
mais cela ne veut pas dire que beaucoup de maoïstes indiens combattent
au Népal ou, inversement, que nous aurons un jour un nombre important
de maoïstes népalais combattant en Inde. Cela ne se produira
pas. Ce qui arrivera s'ils ont sous les yeux le modèle
d'une grande victoire au Népal sera que beaucoup
plus de gens se mettront à imiter les tactiques maoïstes;
la stratégie de la guerre prolongée y trouvera une justification.
Qu'est-ce que cela permettra d'obtenir ? À vrai dire, je ne crois pas
que ces mouvements puissent réellement obtenir quoi que ce soit
en termes constructifs. Ils créeront des zones de trouble toujours
plus larges, jusqu'à ce que l'État trouve des moyens efficaces
de les contenir et de les neutraliser. Malheureusement, cela reste encore
à faire: en Inde, l'État apprend lentement et met en uvre
encore plus lentement. Même s'il sait ce qu'il faut faire, il
lui faut longtemps pour agir sur cette base.
Mais finalement, je pense que ces mouvements
vont tout simplement à contre-sens du courant de l'histoire ainsi
que contre les impératifs technologiques d'une société
en voie de globalisation. Ce sont des mouvements que je qualifie d'idéologie
de l'envie, d'idéologies du ressentiment. Il ne s'agit pas de
mouvements ayant un idéal ou un but positif, mais ils sont motivés
par leur colère de ne pas avoir ce qu'ont d'autres gens. Ces
mouvements ne peuvent indéfiniment s'appuyer simplement sur une
telle colère. Ils doivent donner aux gens qui les suivent ce
qu'ont ces autres gens qu'ils envient, ou tout cela se terminera par
le genre de déception que l'on a vu en Union soviétique,
en Chine, qui s'est produit au sein des groupes d'extrême-gauche
partout, avec des gens qui finissent par dire : « Bon, maintenant,
nous devons donner aux gens quelque chose de positif, nous ne pouvons
pas simplement redistribuer la pauvreté, nous devons distribuer
la richesse. » C'est pourquoi, à la fin, ils échoueront.
La difficulté est de savoir combien
de gens ils tueront avant d'en arriver là ? Cela dépendra
de la sagacité et de la capacité de l'État à
réagir aussi efficacement et rapidement que possible.
Terrorisme.net : Existe-t-il des
ponts entre ces mouvements naxalites et les partis communistes en Inde,
ou sont-ils à couteaux tirés ?
Ajai Sahni :
Les plus importants partis communistes en Inde sont activement hostiles
aux maoïstes. En fait, si nous retournons aux origines du mouvement
naxalite des années 1960 et du début des années
1970, ils furent éliminés au Bengale occidental sous un
gouvernement communiste. Les deux principaux partis communistes engagés
dans le processus démocratique sont profondément hostiles
aux maoïstes. Néanmoins les maoïstes disposent de quelques
petits partis politiques régionaux, en fait des organisations
de façade ou des partis de substitution ; ils s'engagent parfois
dans le processus politique ou dans un large spectre d'activités
politiques, par exemple des manifestations et d'autres activités
de mobilisation afin de soutenir les maoïstes. Mais il ne s'agit
pas là des principaux partis communistes.
Terrorisme.net : Pour terminer,
si nous prêtons attention à l'Inde, vous avez décrit
un pays où sont actifs des douzaines de groupes insurgés
et terroristes. D'autre part, l'Inde est un pays dont l'économie
se trouve en plein essor et où se rendent chaque année
de nombreux touristes. C'est aussi un pays où sont exercés
les droits démocratiques, avec une vivante culture de débat
politique, un pays qui ne vit certes pas sous l'état d'urgence.
Bien d'autres pays du monde, confrontés à tant d'insurrections,
auraient sans doute donné naissance à des régimes
autoritaires. Pourriez-vous nous révéler le secret ou
la recette de l'Inde ? Comment expliquer ce « miracle »
indien: celui d'un pays faisant face à tant d'activités
insurrectionnelles et terroristes, et pourtant assurant une expression
politique libre et les droits démocratiques ?
Ajai Sahni :
Je mettrais avant tout l'accent sur la force de la Constitution indienne
et l'esprit sur lequel elle s'appuie. L'idée de l'unité
et de la diversité. À aucun moment ce pays n'a tenté d'imposer
à toute sa population une identité unique. Par conséquent,
le désaccord n'est pas simplement accepté, il est clairement
encouragé. Même quand il franchit la frontière de
la violence, il ne suscite pas la rage qu'il provoquerait dans des sociétés
plus homogènes. Nous acceptons les différences.
L'autre chose, c'est qu'il s'agit vraiment
d'un grand pays. À bien des égards, il est plus grand que des
pays géographiquement plus vastes, pour plusieurs raisons. Tout
d'abord, les liaisons entre les différentes parties du pays ne
sont pas toujours bien développées: ce qui se produit
dans une partie du pays ne cause donc pas tant de peur et de terreur
dans d'autres régions. La situation peut se dégrader quelque
part, mais ce ne sera pas le cas ailleurs. La situation est en fait
celle d'un sentiment d'énormes distances psychologiques entre
différentes parties du pays. Et même dans les régions
affectées par la violence : si vous voyagez par exemple dans
ce que vous pensez être les régions troublées du
Nord-Est, il peut vous arriver de traverser des centaines de kilomètres
sans observer le moindre signe de troubles ou de violences. Bien sûr,
vous verrez d'autres choses qui vous perturberont: la pauvreté,
l'arriération et d'autres choses qui posent problème.
Mais il peut vous arriver de ne voir personne portant une arme, pas
même un policier ou un militaire, en parcourant des centaines
de kilomètres. Ce n'est donc pas comme si nous avions une violence
considérable et ininterrompue à travers tout le pays:
nous avons de petites poches de violence sporadique.
Ce pays ne veut voir la violence prévaloir
nulle part. Nous voulons un processus complet de démocratisation.
C'est très important, je reviens à la force de la Constitution
indienne : l'Inde est un pays très inéquitable et inégal.
Il y existe beaucoup d'injustices. Mais aucune d'entre elles n'est protégée
par la loi ou par la Constitution. Personne ne peut faire l'objet de
discriminations en Inde si l'on reste dans le cadre de la loi, et cela
donne un sentiment de justice. Cela donne aux gens l'espoirs, même
s'ils sont offensés ou en colère. Ils ont le sentiment
que des individus au sein du gouvernement peuvent certes agir contre
eux et leur faire subir des discriminations, mais que les institutions
du gouvernement sont neutres envers toutes les communautés. Telle
est la force d'absorption de la Constitution indienne.
Ajai Sahni est le directeur exécutif de l'Institute of Conflict
Management (Nouvelle Delhi). Il est également le directeur du
South Asia Terrorism Portal, le rédacteur de la South Asia Intelligence
Review et le rédacteur exécutif de de Faultlines: Writings
on Conflict & Resolution. Ajai Sahni se trouve à la tête
de l'Institut depuis sa création en 1997. L'Institut se concentre
pour l'essentiel sur le terrorisme, les insurrections et les autres
types infraconventionnels de conflits en Asie du Sud.
