INDE : LA RELIGION EST BIEN VIVANTE
CHEZ LES JEUNES DES GRANDES VILLES

 

Article publié le 16/02/2005 sur le site Religioscope

http://religion.info/french/articles/article_152.shtml

 

Les jeunes Indiens qui résident dans les grandes villes du pays ont des vues plutôt conservatrices, des sentiments nationalistes et restent en majorité attachés à leur religion, révèle l'enquête menée par un grand magazine indien.


     Le sondage publié par India Today (31 janvier 2005) porte sur un échantillon de plus de 2.000 personnes de la classe d'âge entre 18 et 35 ans, interrogés dans dix principaux centres urbains à travers le pays. L'enquête s'intéressait aux classes aisées de la population, c'est-à-dire à ceux qui, demain, dirigeront les destinées du pays.

     « Les Yippies (Young Indian People with Influence) [...] proposent le modèle Maha Mac comme leur idée de ce que devrait être l'Inde nouvelle: politique économique modérée, nationalisme déterminé, attitudes conservatrices sur les questions de sexe et de famille. »

     Toute enquête de ce genre soulève des questions: dans quelle mesure les personnes interrogées ont-elles répondu conformément à leurs convictions profondes ou dans le sens de ce qui leur paraissait socialement acceptable et requis ? Cependant, même en concédant cette marge d'erreur, les résultats de l'enquête – qui occupent l'intégralité du numéro d'India Today – apportent d'intéressantes indications sur les attitudes des jeunes Indiens urbains et aisés face à la religion comme à bien d'autres aspects de la vie.

     « Les jeunes pensent globalement, mais restent essentiellement Indiens – et culturellement conservateurs. [...] L'adjectif indien ne cause plus l'embarras. [Les résultats] défient les vues selon lesquelles il faudrait répudier certains traits nationaux pour être moderne. La nation fait un retour remarquable. [...] Il est à la mode d'être patriote. »

     Mais cela ne signifie nullement des attentes théocratiques, d'ailleurs peu compatibles avec le paysage religieux de l'Inde: la majorité des jeunes interrogés veulent une séparation entre religion et Etat. 81% estiment que le code civil doit être uniforme [1], et ne pas s'adapter aux particularités de certains groupes religieux (une question sensible depuis longtemps par rapport aux musulmans indiens).

     22% des jeunes visitent un lieu de culte quotidiennement et 49% une fois par semaine. A Bangalore, ce haut-lieu de la technologie, le pourcentage de ceux qui se rendent dans un lieu de culte une fois par semaine monte même à 67%, note S. Prasannarajan dans ses commentaires sur le volet religieux de l'enquête.

     La grande majorité d'entre eux n'envisagent pas la possibilité d'un mariage avec une personne d'une autre religion.

     Les deux tiers (66%) jeûnent pour des raisons religieuses. « Ce que nous appelons le progrès – en science et en économie – n'a pas exilé Dieu des esprits ou de la place publique », commente Prasannarajan.

     L'Inde n'est pas immobile: le sondage – qui porte sur de nombreux autres aspects également – offre l'image d'une génération qui change, mais qui en même temps demeure attachée à un ensemble de valeurs.

 

 


 

[1] Alors que les responsables politiques indiens ne cessent d'affirmer leur attachement à la laïcité, l'Inde n'a toujours pas de code civil uniforme, pourtant l'élément le plus représentatif d’un état laïque. Ainsi, par exemple, les lois régissant le mariage, le divorce ou les droits de succession ne sont pas les mêmes pour les hindous, les chrétiens et les musulmans. Curieusement, c’est le BJP, parti politique supposé nationaliste hindou, qui souhaitait doter l’Inde d’un code civil commun alors qu'il était au pouvoir. Il en a été empêché par le parti du Congrès allié aux musulmans et aux communistes.
Les journalistes français font passer le Congrès de Sonia Gandhi comme défenseur de la laïcité face aux nationalistes hindous. Mais il faudrait rappeler que des lois communalistes, donnant par exemple aux musulmans le droit d’avoir plusieurs femmes et de divorcer en prononçant uniquement le mot « talak » trois fois, ont été passées par des gouvernements du Congrès à des fins purement électoralistes. (note Jaïa Bharati)

 

     
© Jaïa Bharati