Le sondage publié par India
Today (31 janvier 2005) porte sur un échantillon de plus
de 2.000 personnes de la classe d'âge entre 18 et 35 ans, interrogés
dans dix principaux centres urbains à travers le pays. L'enquête
s'intéressait aux classes aisées de la population, c'est-à-dire
à ceux qui, demain, dirigeront les destinées du pays.
« Les Yippies
(Young Indian
People with Influence)
[...] proposent le modèle Maha Mac comme leur idée de
ce que devrait être l'Inde nouvelle: politique économique
modérée, nationalisme déterminé, attitudes
conservatrices sur les questions de sexe et de famille. »
Toute enquête
de ce genre soulève des questions: dans quelle mesure les personnes
interrogées ont-elles répondu conformément à
leurs convictions profondes ou dans le sens de ce qui leur paraissait
socialement acceptable et requis ? Cependant, même en concédant
cette marge d'erreur, les résultats de l'enquête qui
occupent l'intégralité du numéro d'India Today
apportent d'intéressantes indications sur les attitudes des
jeunes Indiens urbains et aisés face à la religion comme
à bien d'autres aspects de la vie.
« Les jeunes
pensent globalement, mais restent essentiellement Indiens et culturellement
conservateurs. [...] L'adjectif indien
ne cause plus l'embarras. [Les résultats] défient les
vues selon lesquelles il faudrait répudier certains traits nationaux
pour être moderne. La nation fait un retour remarquable. [...]
Il est à la mode d'être patriote. »
Mais
cela ne signifie nullement des attentes théocratiques, d'ailleurs
peu compatibles avec le paysage religieux de l'Inde: la majorité
des jeunes interrogés veulent une séparation entre religion
et Etat. 81% estiment que le code civil doit être uniforme [1],
et ne pas s'adapter aux particularités de certains groupes religieux
(une question sensible depuis longtemps par rapport aux musulmans indiens).
22% des jeunes visitent
un lieu de culte quotidiennement et 49% une fois par semaine. A Bangalore,
ce haut-lieu de la technologie, le pourcentage de ceux qui se rendent
dans un lieu de culte une fois par semaine monte même à
67%, note S. Prasannarajan dans ses commentaires sur le volet religieux
de l'enquête.
La grande majorité
d'entre eux n'envisagent pas la possibilité d'un mariage avec
une personne d'une autre religion.
Les deux tiers (66%)
jeûnent pour des raisons religieuses. « Ce que nous
appelons le progrès en science et en économie n'a
pas exilé Dieu des esprits ou de la place publique »,
commente Prasannarajan.
L'Inde n'est pas immobile:
le sondage qui porte sur de nombreux autres aspects également
offre l'image d'une génération qui change, mais qui
en même temps demeure attachée à un ensemble de
valeurs.
[1] Alors que les responsables politiques
indiens ne cessent d'affirmer leur attachement à la laïcité,
l'Inde n'a toujours pas de code civil uniforme, pourtant l'élément
le plus représentatif dun état laïque. Ainsi,
par exemple, les lois régissant le mariage, le divorce ou les
droits de succession ne sont pas les mêmes pour les hindous, les
chrétiens et les musulmans. Curieusement, cest le BJP,
parti politique supposé nationaliste hindou, qui souhaitait doter
lInde dun code civil commun alors qu'il était au
pouvoir. Il en a été empêché par le parti
du Congrès allié aux musulmans et aux communistes.
Les journalistes français font passer le Congrès de Sonia
Gandhi comme défenseur de la laïcité face aux nationalistes
hindous. Mais il faudrait rappeler que des lois communalistes, donnant
par exemple aux musulmans le droit davoir plusieurs femmes et
de divorcer en prononçant uniquement le mot « talak »
trois fois, ont été passées par des gouvernements
du Congrès à des fins purement électoralistes.
(note Jaïa Bharati)
