Le 24 décembre
1999, un avion d'Indian Airlines, qui effectuait un vol de Katmandu
à New Delhi, était détourné par des séparatistes
Cachemiris entraînés et armés par le Pakistan. L'appareil
finit sa course à Kandahar et de nombreuses photos de l'époque
montrèrent les Talibans entourant l'avion, un missile Stinger
à l'épaule, non pas pour protéger les passagers
des pirates de l'air, mais pour garder les terroristes d'une éventuelle
tentative aérienne de sauvetage par des Indiens ! « Les
États-Unis et la France, qui souffrent pourtant de menaces islamistes
sérieuses, furent singulièrement silencieux durant ce
détournement d'avion, si l'on fait exception des platitudes habituelles
condamnant le terrorisme, se rappelle aujourd'hui un officiel du Gouvernement
indien, nous laissant ainsi totalement isolés ». New Delhi,
pour satisfaire son opinion publique (mais les sondages montrèrent
par la suite que 70% des Indiens étaient contre des négociations
avec des terroristes), succomba aux demandes des pirates de l'air et
le Ministre des Affaires Étrangères, Jaswant Singh, accompagna
lui-même à Kandahar les trois séparatistes cachemiris
relâchés de prison (exigés par les terroristes)
et revint avec les passagers le soir du 31. Aujourd'hui, les séparatistes
relâchés par le Gouvernement indien sont au Pakistan, où
il prêchent une djihad à la mort contre le « Satan
indien », ainsi qu'à l'encontre des États-Unis...
Le Pakistan et l'Afghanistan
mènent en effet une guerre sans merci contre l'Inde hindoue.
À la suite de la destruction de la mosquée d'Ayodhya en
1991, qui pourtant ne coûta la vie à personne, une douzaine
de bombes explosèrent simultanément en 1992 dans des centres
vitaux de Bombay, comme la Bourse ou le siège d'Air India, faisant
plusieurs centaines de morts. Il fut par la suite prouvé que
non seulement les musulmans indiens qui exécutèrent ces
attentats reçurent armes et entraînement au Pakistan, mais
qu'ils transitèrent chaque fois en Arabie Saoudite. Aujourd'hui,
le cerveau de cette opération, Memon, est à Karachi sous
protection pakistanaise. En 1998, des musulmans indiens plantèrent
des bombes à Coimbatore, dans le Sud de l'Inde, alors que le
Ministre de l'Intérieur, M. Advani, devait y prononcer un discours
; les bombes explosèrent prématurément, tuant plus
de 300 personnes. Aujourd'hui encore au Cachemire, des séparatistes
cachemiris, encadrés par des moudjahidins afghans, descendent
régulièrement sur des villages isolés, sortent
tous les hindous et les tuent froidement.
Mais la dhijad pakistano-afghane
n'est pas seulement dirigée contre l'Inde : il y a souvent une
connexion pakistanaise aux grands attentats terroristes, tel celui du
World Trade Centre en 1993. « Mais les États-Unis
choisirent de feindre l'ignorance, car le Pakistan fut un précieux
allié contre les Soviétiques en Afghanistan », remarque
un diplomate en poste à New Delhi. Il aura donc fallu le deuxième
attentat contre le World Trade Centre pour que l'Amérique demande
des comptes au Pakistan, qui a fait de la djihad une affaire d'état.
« Mais quand donc l'Occident comprendra-t-il donc que l'Inde est
une île pro-occidentale de démocratie en Asie et qu'elle
mène un combat isolé contre un Islamisme radical qui se
lève partout, du Pakistan à l'Afghanistan en passant par
le Bangladesh », demande Arun Shourie, un Ministre du gouvernement
actuel ? Et il ajoute : « L'Inde mérite le soutien politique
économique et militaire de l'Occident et il est grand temps que
les États-Unis réalisent que l'Inde est l'autre géant
d'Asie ».
Samuel Huntington dans
son célèbre livre « Le Conflit des Civilisations
», avait prédit qu'il y aurait au 21ème siècle
un combat entre deux civilisations : l'Occident et l'Islam, avec la
Chine soutenant l'Islam pour des raisons stratégiques. La deuxième
partie de sa prédiction s'est déjà réalisée
: d'après les services secrets américains, les Chinois
ont non seulement fourni aux Pakistanais la technologie nucléaire
nécessaire à la « Bombe islamique »,
mais ils lui ont aussi donné, par le biais de la Corée
du Nord, des missiles (M-11) pour porter des ogives nucléaires.
New Delhi espère que la Chine qui doit faire face elle
aussi à des problèmes séparatistes musulmans au
Sin-Kiang (qui ironiquement sont instigués par des Pakistanais
et des Afghans), va cesser son soutien au Pakistan et les Indiens
travaillent donc à un réchauffement des relations sino-chinoises.
Mais c'est un effort unilatéral, car les Chinois estiment
à raison que l'Inde, de par sa taille, sa population et
sa position géopolitique, est leur adversaire numéro un
en Asie. Ils savent très bien aussi que dès les premiers
signes d'agitation politico-sociale dans l'Empire du Milieu, les États-Unis,
immédiatement suivis par l'Europe, replaceront leurs investissements
vers l'Inde, l'alternative naturelle à la Chine.
La première
partie de la prophétie de Huntington vient de se matérialiser
: en attaquant le Pentagone et le World Trade Centre, le terrorisme
musulman est en train de dresser le monde occidental contre l'islam
militant.
François
Gautier
New
Delhi
(Écrivain, journaliste et photographe français, François
Gautier, né à Paris en 1950, fut le correspondant en Inde
et en Asie du Sud du Figaro pendant plusieurs années. Il vit
en Inde depuis plus de trente ans, ce qui lui a permis d'aller au-delà
des clichés et des préjugés qui ont généralement
trait à ce pays, clichés auxquels il a longtemps souscrit
lui-même comme la plupart des correspondants étrangers
en poste en Inde (et malheureusement aussi la majorité des historiens
et des indianistes).
François Gautier a été invité à présenter
Un Autre Regard
sur l'Inde à l'émission Bouillon de Culture
en juin 2000.)
