
Laurent Baldo
: Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, merci dêtre avec
nous ce soir pour cette table ronde « LInde daujourdhui
et de demain ».
LInde voit aujourdhui un véritable
engouement de la part du public français. On le constate au niveau
culturel, des festivals de lInde sont organisés un peu
partout en France où la musique carnatique et hindoustanie, les
danses Bharata Natyam ou Odissi sont à laffiche, il y a
eu aussi au cinéma la déferlante « Devdas »,
« Lagaan », et on pourrait multiplier ainsi les exemples.
Pourtant, lInde, ce pays au tissu social si complexe et à
la culture si riche reste encore relativement mal connue de la part
du grand public en France.
Ce soir, nous avons voulu avec nos invités,
aborder deux grands thèmes. Avec François Gautier, nous
verrons plus particulièrement la situation politique interne
à lInde, et à travers ce fil conducteur nous aborderons
dune manière plus générale la société
indienne. Le Dr Koenraad Elst pourra nous apporter sur ce sujet le fruit
de toutes ses recherches. Avec Claude Arpi nous présenterons
la question du Cachemire, « limbroglio »
cachemiri, et à travers le problème du Cachemire nous
aborderons les relations entre lInde et le Pakistan, par extension
probablement les relations entre lInde et la Chine, et sur ce
point le Général Lamballe pourra nous faire profiter de
toutes ses compétences et son expertise [2].
Nous allons donc tout dabord commencer
par la situation politique en Inde.
En mars dernier, «
Le Monde diplomatique » publiait un article dun écrivain
indien, Madame Arundathi Roy [3].
Dans cet article Arundathi Roy avait cette description de la situation
politique en Inde : « La censure, la surveillance, la suspension
des libertés civiles, les tentatives visant à définir
qui est citoyen indien et qui ne lest pas en raison de son appartenance
à une minorité religieuse, sont devenus autant de pratiques
courantes. » Ce sombre tableau est malheureusement bien trop
souvent repris par les médias français.
François Gautier, nous aimerions
avoir votre sentiment, vous qui vivez et enquêtez en Inde depuis
de nombreuses années ?
François Gautier
: Je vis en Inde depuis maintenant 34 ans. En 34 années on ne
ma jamais arrêté dans la rue pour me demander mon
passeport, je nai jamais été agressé, en
tant que journaliste je suis allé dans les endroits les plus
sacrés, les plus reculés, les plus difficiles daccès,
avec mon ignorance, ma peau blanche, mes appareils photos, mon walk-man.
Il y a une tolérance en Inde extraordinaire. Pour un Occidental
cest un pays difficile lInde, cest un pays difficile
à vivre pour un Occidental. Mais il y a une tolérance,
une acceptation de lautre qui est unique. Le grand génie
de lInde cest cette acceptation de lautre. Malheureusement
aujourdhui on voit dans les médias et on lit partout que
lInde est un pays intolérant, fanatique. Mais ce nest
pas du tout notre expérience, bien au contraire ! Et toutes les
personnes qui connaissent un petit peu lInde, qui ont voyagé,
qui ont partagé la vie des Indiens, vous diront que dans les
campagnes les plus reculées de lInde, les hommes et les
femmes les plus simples vivent cette acceptation de lautre. Cest
quelque chose quils ont dans leur peau, dans leurs gênes,
il y a une acceptation merveilleuse de lautre qui nexiste
pas en Occident. Et je pense que Claude Arpi dira la même chose,
le Général Lamballe qui connaît bien lInde
aussi, Koenraad Elst aussi. Et cest pour ça que nous nous
battons pour lInde, que nous essayons de faire passer ce message
car cest sans doute la solution du futur, accepter lautre,
accepter que lautre soit dune autre couleur, dune
autre religion, dune autre opinion politique. Cest quelque
chose qui existe en Inde et qui est présent aujourdhui.
L.B. : Alors
pourquoi cette
disons, cette attitude très négative
de la part dintellectuels comme Arundathi Roy et bien dautres.
Est-ce politique ? Quel est lobjectif de ces personnes-là
?
F.G. : Cest
très complexe, il y a beaucoup de facteurs. Arundathi Roy, je
la connais bien parce qu à une époque elle défendait
quelquun qui sappelait Phoolan Devi [4].
Phoolan Devi cétait un bandit, cétait le bandit
des grands chemins en Inde, et lhistoire de Phoolan Devi a été
exploitée par pas mal décrivains, dont Irène
Frain, de scénaristes
et donc Arundathi Roy défendait
Phoolan Devi. Arundathi Roy nétait pas du tout connue à
lépoque, elle avait écrit un livre qui na
pas eu de succès. Cétait quelquun de sympathique,
de brillant, de gentil.
Alors comment est-ce quon explique
cette dérive intellectuelle en Inde ? Je pense que le marxisme
joue encore un rôle très important dans lintelligentsia
indienne. En Occident on est un petit peu passé là-dessus
maintenant mais en Inde la pensée marxisante est encore très
présente. Des gens comme Arundathi Roy sen recommandent,
et cest tout à fait louable, sauf que le marxisme appliqué
à lInde cest un contre-sens, parce que lInde
est un pays totalement différent du nôtre et on ne peut
pas y appliquer des paramètres qui sont valables pour lOccident.
Je crois aussi que Monsieur Nehru, qui
était un homme remarquable, a fait le pari en 1947 de niveler
les grandes inégalités qui existent en Inde de
castes, de pauvreté qui sont tout à fait réelles
, par le socialisme. Et donc pour faire ceci
Monsieur Nehru a pensé quil valait mieux faire fi du passé
historique de lInde, gommer toute une partie de lhistoire
de lInde qui était pourtant très importante, et
également de prendre des positions politiques très marquées
[5]. Et donc il
y a toute une génération dintellectuels depuis 1947
qui partage la même idéologie.
Maintenant, le deuxième facteur
cest
on trouve en Occident, et particulièrement en
France, une pensée dont Arundathi Roy se recommande, alors est-ce
que ce sont les Indiens qui influencent les Français, ou est-ce
que ce sont les Français qui influencent les Indiens
?
Cest un grand mystère que je nai jamais réussi
à élucider. Mais il nen reste pas moins que lintelligentsia
indienne, en général, est souvent hostile à sa
propre culture et, malheureusement, propage une image de lInde
qui est fausse, qui ne correspond pas à la réalité.
Encore une fois, cette image qu Arundathi Roy propage de lInde
dans les articles du « Monde Diplomatique » ou du «
New York Times », dune Inde hindoue intolérante,
cest un contre-sens total.
Ceux qui connaissent lInde savent
que la grande majorité des hindous sont des gens tolérants,
non violents, et qui acceptent lautre
Cest vraiment
une expérience vécue que nous avons tous. Malheureusement
les gens qui ne sont pas en contact avec cette réalité,
parce que lInde cest la réalité des campagnes,
la réalité rurale 70% de lInde est rurale
, ceux qui comme Arundathi Roy vivent dans des grandes villes
et qui sont très occidentalisés, sont coupés de
cette réalité, donc ils ne se rendent plus compte de ce
quelle est.
Mais nous notre expérience est
que la majorité de lInde est tolérante et accepte
lautre.
L.B. : Dr Elst, votre point
de vue sur cette question là ?
Dr Koenraad Elst : La meilleure
preuve que les choses en Inde sont autres que ce quen dit Arundathi
Roy, cest justement quelle est en train de faire une carrière
de commentateur politique en tenant un discours dopposition virulent,
et elle ne se fait pas arrêter ou emprisonner ni censurer.
En fait, son seul problème avec la loi, cest que, bien
quétant activiste écologiste, elle sest faite
construire une très belle maison en région forestière
où il est interdit de construire.
Et dautre part il faut savoir que
dune manière générale, les journaux en Inde
sont pour la plupart du côté de lopposition et sont
même très critiques vis-à-vis du gouvernement [6].
Récemment un incident qui a attiré
mon attention concernait les informations sur les recherches archéologiques
à Ayodhya [7].
La Cour a ordonné de faire des fouilles archéologiques
sur le site, il y a quelques mois. En secret, ils avaient fait venir
une société indienne avec des scanners très puissants
qui, selon le rapport de lexpert canadien, avaient détecté
que dans le sous-sol il y avait des fondations dun bâtiment
autre que la mosquée de Babar qui a été démolie
en 1992, et la Cour a donc ordonné des fouilles. Depuis, les
journaux annoncent régulièrement dans des entrefilets
que les archéologues trouvent une sculpture ou un vestige ancien
bref on est en train de trouver des choses. Et bien, il y a une
semaine, le « Times of India » a écrit : «
Le rapport du service archéologique a conclu quil ny
a rien, aucun signe dun temple ». Et quand on lit larticle
en fait, ils ne citent pas les archéologues, leur source est
un avocat, Jilani, qui représente justement le lobby musulman,
le « Babri Masjid Action Committee ». Et en fait Jilani
accuse les archéologues de fabriquer des preuves. Donc par implication
il dit : « Oui ils disent avoir trouvé des preuves dun
temple, mais moi je ne les accepte pas. » Et limpression
que lon reçoit à la lecture de cet article, cest
que finalement la conclusion scientifique des fouilles archéologiques
est quil ny a jamais eu de temple sous la mosquée.
Et le jour daprès sur la BBC cest cette même
désinformation qui est diffusée, le « Courrier International
» ici en France même histoire. Donc on façonne lopinion
publique de sorte que le jour où le rapport officiel sortira,
tout le monde va penser : « Mais cest du négationnisme,
on se rappelle quand même daprès ce que nous avions
lu et entendu quon navait rien trouvé ! Dailleurs
cest le rapport officiel qui nous dit quil y a un temple,
cest-à-dire le rapport du gouvernement, et on sait que
le gouvernement cest les fascistes hindous » et ainsi de
suite
Et puis beaucoup de rédacteurs en chef ici diront,
« Oui, mais lInde ce nest pas tellement important,
cette histoire de fouilles archéologiques on en a déjà
parlé il y a quelques semaines, et on navait rien trouvé,
alors on ne va pas y revenir. » Donc très
probablement, la plupart des opinions publiques internationales ne vont
même pas être informées des trouvailles [8].
L.B. : Alors comment expliquer
cette attitude des médias français ? On se rappelle justement
de ce dossier dans le « Courrier international » au titre
racoleur « La fièvre hindouiste » cétait
quand même assez choquant. Donc pourquoi cette attitude de la
part des médias français qui reproduisent apparemment
quasi systématiquement ce qui est véhiculé par
cette intelligentsia marxiste ?
F.G. : En fait, cest
un phénomène très intéressant. Si vous êtes
journaliste posté à New Delhi, que vous soyez Français,
Américain, Allemand, vous vous heurtez à deux problèmes
: le premier problème cest que votre éditeur en
chef ou votre rédacteur en chef « Étranger »,
qui généralement est totalement ignorant de lInde,
a des idées très arrêtées sur lInde.
Cest le gros problème. Les gens ne connaissent pas lInde.
Cest un pays très complexe, immense. Moi qui y ai vécu
34 ans, je nai pas encore fait toute lInde. Cest un
pays extrêmement difficile à comprendre, or vous avez le
problème de rédacteurs en chef qui croient connaître
lInde, qui ont quelques idées arrêtées : le
fondamentalisme hindou, les minorités persécutées
et point. Et donc, si vous voulez faire passer vos papiers et
ce nétait pas seulement mon problème, cest
le problème de tout correspondant , il faut tomber dans
ce sillon, il faut aller dans ce sillon, dans ce sens là.
Le deuxième problème, si
vous voulez éviter la politique il faut que vous fassiez dans
lanecdotique : les palais de Maharaja, la corruption, ou bien
carrément il faut parler de choses très négatives.
Cest vrai quil y a de gros problèmes en Inde, cest
un grand pays, il y a un milliard dhabitants, alors qui dit gros
pays dit grands problèmes. Alors on se focalise sur le négatif
parce que les éditeurs et rédacteurs pensent que cest
ça qui va se vendre en France, cest ça le problème.
Ils pensent que ce qui va se vendre cest la pauvreté en
Inde, cest Mère Teresa
Mère Teresa cest
formidable, mais je veux dire, on ne va pas parler de Mère Teresa
ad vitam eternam, alors quil se passe des choses extraordinaires
dans ce pays.
Qui dit grands problèmes dit aussi
grands potentiels. Chose extraordinaire, lInde est probablement
le pays internaute au monde qui a le mieux réussi, qui envoie
des fusées dans lespace, elle a de grands chercheurs
Même au niveau le plus commun il se passe des
choses extraordinaires, des arts martiaux inconnus qui ont donné
naissance au Kung Fu [9]
par exemple, et tant dautres choses
Enfin, pour un journaliste, on ne peut
pas trouver pays plus extraordinaire, matière plus riche que
lInde. Or, soit dans le politique on est obligé de tomber
dans le sillon et de parler de lInde négativement parce
que les Français ont une certaine idée de lInde,
ou alors il faut parler de lanecdotique. Et moi jai trouvé
que cétait vraiment très dur parce que je voulais
dire aux Français « Attendez, lInde cest un
pays merveilleux, cest vrai quil y a le
problème des castes cest vrai quil y a des
castes en Inde, mais il y a aussi
il y a eu deux-trois musulmans
qui ont été Présidents de lInde [10],
le Président actuel est un musulman, celui davant, Monsieur
Narayanan, était un intouchable, donc cest un pays aussi
où les castes les plus basses ont accès aux postes les
plus élevés ! Cest ça quon voudrait
dire, mais malheureusement on se heurte toujours à ce sillon,
à cette pensée que reflète Arundathi Roy, cette
pensée négativiste par rapport à lInde, négationniste
toujours les castes, toujours les intouchables
Dailleurs
on la vu quand le Président de lInde, Monsieur Narayanan,
est venu en France [11],
tout ce que les journaux ont trouvé à dire, que ce soit
« Le Monde », « Le Figaro » ou « La Croix
» cest : « Un Président intouchable en France
qui va serrer pour la première fois la main du Président
français. »
Il y a des choses bien plus extraordinaires
à dire
Mais le problème cest ce cercle vicieux
que jai évoqué. Si vous êtes correspondant,
vous vous heurtez à ce cercle vicieux
je ne sais pas ce
quen pense mon ami le Général Lamballe, mais soit
vous tombez dans le sillon et vous vous conformez, et là vous
perdez votre
finalement votre idéal de journaliste qui
est de faire passer quelque chose dautre que le conventionnel,
que le préjugé, soit vous écrivez ce que vous ressentez
vraiment, et à ce moment là, cest terminé
pour vous, on ne vous publie pas.
L.B. : Vous vouliez rajouter
quelque chose Général ?
Général Alain Lamballe
: Écoutez, je crois que ce que viens de dire François
Gautier est tout à fait juste.
LInde est un énorme pays.
De ce fait là, il est tout à fait normal de trouver des
choses bien et de trouver des choses qui ne le sont pas. Dailleurs
cest Kipling qui a dit je crois « On pourrait tout dire
de lInde et son contraire ». On peut tout dire de lInde.
On peut dire que cest un pays extraordinaire, et cest vrai,
mais par ma vocation professionnelle je me suis surtout intéressé
aux problèmes conflictuels, cest à dire que jai
touché le mal. Jai touché tout ce qui allait
moins bien disons, les conflits communalistes, comme on dit là-bas,
les problèmes conflictuels dûs aux différentes communautés,
non seulement entre hindous et musulmans, mais les problèmes
que lon trouve dûs à la diversité précisément
de lInde. Jai étudié également les
problèmes dûs à leau. Arundathi Roy précisément
sest intéressée aussi au problème de leau,
elle a eu une parole discordante. Je ne sais pas si nous aborderons
tout à lheure ce problème de lénergie
et ce problème de leau, mais voilà un problème
fondamental évidemment pour lInde pas seulement
pour lInde dailleurs , pour lensemble de lAsie
du sud et pour lensemble du monde. Et bien, ce problème
de leau divise les gens, divise les communautés, divise
les villes et les campagnes, etc. Et Arundathi Roy a pris une position
extrêmement stricte dans ce domaine là, en particulier
pour sopposer au projet daménagement de la rivière
Narmada, qui est une des plus belles rivières de lInde.
Elle soppose en fait à la construction de grands barrages.
Voyez, il y a en fait en Inde un débat
permanent, des avis divergents, des tensions, ce qui prouve que cest
une démocratie qui vit. Finalement, on peut le prendre comme
ça.
Claude Arpi : Je voudrais
revenir sur le sujet de leau et des barrages. Tout à lheure
François Gautier a évoqué Nehru, et bien que Nehru
ait dit au début des années cinquante que « Les
nouveaux temples de lInde sont les barrages », aujourdhui,
Arundathi Roy qui suit un peu lidéologie de Nehru sur certains
aspects, se bat contre les barrages
Alors il y a là une
ironie
En Inde, on trouve souvent de telles ironies.
Et je voudrais aussi donner mon témoignage
: je suis depuis 30 ans en Inde, jécris ce que je veux
dans mes articles, personne ne ma jamais dit ce que je devais
écrire. Le gouvernement nest jamais intervenu, il ne ma
jamais dit « Vous devez écrire ça ou pas ça
». Il y a cette liberté de la presse en Inde, contrairement
à ce quaffirme Arundathi Roy. Je pense que la liberté
de la presse en Inde est beaucoup plus grande quaux États-Unis.
Parce quaux États-Unis vous avez CNN qui est un monopole,
cela nexiste pas en Inde. En Inde aujourdhui, sur les cinq
grands journaux nationaux, il y en a quatre et demi qui sont contre
le gouvernement actuel. Pratiquement cinq en fait. Et on les laisse
faire leur travail
L.B. : Donc, lInde
reste une grande démocratie la plus grande démocratie
, toujours vivante. Comment pourrait-on définir la politique
du gouvernement actuel, qui est justement attaquée et critiquée
par cette opposition ? Et mal connue en fait. Ici cest un sujet
que lon ne développe jamais car il y a toujours cette profusion
de slogans extrêmes de la part des opposants au BJP : fascistes,
fondamentalistes hindous, pour semble-t-il, masquer ce qui se fait réellement.
Comment pourrait-on définir cette politique François Gautier
?
F.G. : Il y a une grande
contradiction. En Occident le Président Bush
jure sur la Bible quand il est élu, personne ne trouve rien à
redire. Si en Inde le Premier ministre indien jurait sur la Bhagavad
Guita [12]
cela provoquerait un tollé. LInde est un pays très
laïque quoi quon en dise. Les personnes qui connaissent lInde
un petit peu vous diront quil y a une pluralité, malgré
les problèmes. Encore une fois, on se focalise sur les problèmes,
il y en a de gros en Inde certes, mais il y a une liberté dexpression,
une pluralité extraordinaire, comme nous lavons dit.
En Occident nous avons bien des partis
démocrates chrétiens je veux dire en Europe. LEurope
est une civilisation judéo-chrétienne, dailleurs
en ce moment lEurope est en train de décider si elle est
une Europe unie chrétienne ou une Europe unie laïque. Le
problème identitaire se pose partout, mais notre civilisation
est une civilisation chrétienne, et nous lacceptons.
En Inde, on a rejeté un petit peu
cette identité, cette grande identité hindoue qui fait
quand même la majorité écrasante de lInde.
Il ne sagit pas décraser les autres, bien sûr,
mais en Inde vous avez 80% dhindous. Et cest une majorité
qui est pluraliste, qui accepte lautre. Lhindouisme aujourdhui
encore est la seule spiritualité au monde qui dise « Dieu
peut être Bouddha, et peut être Krishna, et peut être
Mohammed, Dieu se manifeste de 10 000 manières, de 10 millions
de manières, nous lacceptons. » Je veux dire, où
trouvons-nous cela aujourdhui ?
Donc cette majorité hindoue, moi
il me semble, se devait davoir un gouvernement qui reflète
dune manière aussi laïque et aussi tolérante
que possible cette grande culture, cette grande spiritualité.
Alors lorsque le BJP est venu au pouvoir moi je lavais
vu venir depuis longtemps, je pensais que tôt au tard cela allait
arriver , le monde entier, et malheureusement aussi de nombreux
intellectuels indiens, tels Arundathi Roy, ont crié à
larrivée du nazisme, à la catastrophe mondiale pour
lInde. Et cest tout à fait injuste, cest tout
à fait injuste car cela na pas été du tout
le cas, et parce que, encore une fois, ce gouvernement qui se recommande,
qui se recommandait, je ne sais pas si cest le cas aujourdhui
, de la majorité hindoue est un gouvernement tolérant,
un gouvernement qui a fait son possible pour faire place à tout
le monde, pour calmer les esprits, pour démontrer quil
accepte tout le monde. Mais on continue en Occident, et notamment en
France, à parler des nationalistes hindous, du fondamentalisme
hindou, ce qui est, encore une fois, un contre-sens total.
L.B. : Alors comment pourrait-on
définir cette politique ? Peut-on parler dun gaullisme
à lindienne ?
F.G. : Encore une fois je
ne voudrais pas
le gaullisme, le gaullisme appartient à
la France. Je crois que lInde a besoin dun peu de nationalisme.
LInde est un pays très éclaté, cest
un pays où tout le monde tire de son côté, cest
un pays qui manque de discipline collective. Cest un pays totalement
indiscipliné, ceux dentre-vous qui connaissent lInde
le savent bien. Les Indiens sont des gens extraordinaires mais totalement
indisciplinés. Alors il faudrait que les Indiens pensent indien,
comme nous les Français nous pensons français, et pour
ça il faudrait un gouvernement qui puisse rassembler, qui soit
suffisamment nationaliste dans le bon sens, gaullien si vous voulez
oui, gaullien dans ce sens-là, pour rassembler tout le monde.
Et je crois que cest important.
Je pense que ce gouvernement
qui a déçu beaucoup de gens avait, ou a, la possibilité
de faire cela, de dire « Vous êtes dabord Indiens
» à tout le monde : aux hindous, aux chrétiens,
aux musulmans, aux Tamouls, aux gens du Nord-Est [13],
« Vous êtes dabord Indiens . Et ensuite vous êtes
hindous, vous êtes musulmans, vous êtes catholiques
» Cest très important. Mais pour ça il faut
un gouvernement fort, un gouvernement
gaullien, je veux bien.
C. A. : Jaimerais
dire que le gouvernement de Delhi est une coalition de 22 partis. Et
il y a des personnes de tous les bords, de droite et de gauche. Monsieur
Georges Fernandes par exemple, qui est chrétien, est le numéro
3 dans ce gouvernement, et il est socialiste ! Il ne faut pas oublier
que cest une coalition, et ce nest pas seulement un gouvernement
BJP qui est représenté.
L.B. : Général
Lamballe ?
Gal L. : Quand on parle
dhindouisme en Inde, et de majorité hindoue, je crois quil
faut parler chiffres. Les hindous bien sûr sont nettement majoritaires
en Inde puisquon en compte à peu près 800 millions,
sur une population qui dépasse un petit peu le milliard maintenant.
800 millions dhindous et à peu près 140-150 millions
de musulmans. Ce qui fait quand même de ces derniers une minorité
fort importante. Mais il ne faut pas seulement considérer lInde
en tant que telle. Il faut élargir lexamen du problème
et inclure toute lAsie du sud. Si vous incluez les autres pays
du Sud, notamment les deux plus importants après lInde,
le Pakistan et le Bangladesh, vous arrivez à un total de musulmans
qui nest évidemment pas du tout négligeable. La
population du Pakistan est de 150 millions dhabitants à
peu près, la plupart musulmans, quant au Bangladesh on arrive
à peut-être 130-140, et peut être 150 millions
la plupart étant musulmans, il y a 10% dhindous je crois [14].
Donc si vous ajoutez les populations musulmanes de ces trois pays, vous
arrivez au chiffre de 450 millions. Si ce nest pas tout à
fait vrai maintenant, ce le sera peut être dans six mois, ou dans
un an ou dans deux ans, donc ça ne change pas fondamentalement
les données du problème.
Alors quand on parle hindouisme il faut
penser à ça : 800 millions dhindous dun côté
contre 450 millions de musulmans ! Est-ce quon appelle ça
une minorité ou est-ce que cest une communauté en
tant que telle ? Je crois que cest une communauté en tant
que telle. Nulle part ailleurs dans le monde on retrouve un tel nombre
de musulmans. En Indonésie, il y en a, seulement si lon
peut dire, environ 220 millions.
Ces chiffres expliquent le sentiment disolement
que peuvent ressentir, me semble-t-il, un peu curieusement, les hindous.
Bien évidemment ils sont majoritaires, je lai dit : 800
millions contre 150 millions en Inde, 800 millions contre presque 450
millions en Asie du Sud. Mais il faut aussi voir le problème
tel quil peut se présenter à lavenir. Or,
tous les chiffres le prouvent, le taux de natalité dans les communautés
musulmanes, que ce soit en Inde, au Pakistan ou au Bangladesh, ce taux
de natalité est nettement supérieur au taux de natalité
qui existe chez les hindous. Autrement dit, la
proportion entre hindous et musulmans évoluera en faveur de ces
derniers. Doù le sentiment de crainte des hindous pour
lavenir [15].
Dautant plus que les hindous après tout sont seuls dans
le monde. Bien sûr il y a une diaspora indienne, hindoue en particulier,
à travers le monde, en Malaisie, dans le Pacifique, mais ce sont
des communautés qui ne représentent quand même pas
des chiffres considérables. Au contraire,
les musulmans de lAsie du Sud ne sont pas seuls, ils font partie
de lOumma [16].
Il y a une large bande de territoire qui va du Maroc jusquaux
Philippines qui est essentiellement musulmane.
Donc vous voyez bien que curieusement
les hindous ont un sentiment dencerclement. Ce qui explique parfois
leur attitude défensive.
L.B. : Cela pourrait expliquer
donc ce supposé « nationalisme hindou »
Gal L. : En effet, ça
peut lexpliquer.
L.B. : Koenraad Elst voulez-vous
rajouter quelque chose ?
K.E. : Quand le BJP est
venu au pouvoir en 1998, daucuns ont prédit les pires calamités.
Mais en fait, après presque 5 ans maintenant on peut évaluer
leurs prédictions. La seule chose que le BJP ait faite et qui
ait satisfait les prédictions, ce sont les essais nucléaires
quils ont effectués tout de suite après leur arrivée
au pouvoir. Mais bien évidemment le programme nucléaire
datait déjà de Nehru, il avait été lancé
juste après linvasion chinoise en 1962. Alors, même
sur ce point, ce nétait pas le BJP qui en était
à lorigine.
Mais pour le reste, on avait dit quil
y aurait des chambres à gaz pour les musulmans ou quils
seraient jetés dans lOcéan indien, des choses absurdes
comme cela. Et bien sûr il nen a rien été
ce qui a gravement déçu certains commentateurs
en quelque sorte. En 1999, il y a eu des problèmes avec des missionnaires
chrétiens, et là on a voulu faire croire à une
campagne anti-chrétienne de la part des hindous orchestrée
par les autorités. Pour tous les problèmes qui se produisaient
au sein de la communauté chrétienne soudainement on y
voyait la main hindoue. Il y a eu lhistoire de quatre nonnes qui
ont été violées et tout de suite les hindous avaient
été pointés du doigt. Mais en
fait il a été prouvé que cela navait rien
à faire avec les militants hindous, cétait une affaire
inter-chrétienne, il y avait des chrétiens parmi les violeurs [17].
Mais cest ça un peu le style des opposants au BJP. Ils
nont pas pu exploiter cette affaire de persécutions des
chrétiens. Mais lannée passée, il y a eu
les émeutes au Gujarat. Et là, pour certains commentateurs
cétait vraiment une très bonne opportunité,
parce que là ils pouvaient retrouver leur crédibilité,
dire « Vous voyez nous vous lavions bien dit. »
L.B. : Est-ce que vous pouvez
faire un petit rappel de ces événements puisque vous les
évoquez ? Lévénement déclencheur et
ce qui sest passé par la suite.
K. E. : Oui bien sûr.
Dabord il y a eu une attaque par une foule de musulmans sur un
train de pèlerins hindous qui a fait 58 morts, puis quelques
jours après, en représailles, il y a eu une réaction
hindoue contre les quartiers musulmans à Ahmedabad et quelques
autres villes du Gujarat. Le chiffre officiel fait état denviron
800 morts dont près de 70% seraient musulmans, la presse elle
dit 2000. Quel que soit le chiffre, cest sérieux évidemment.
Mais quand on compare avec la période où le parti du Congrès
était au pouvoir, cela na rien dexceptionnel pour
ainsi dire. Il y a 14 ans par exemple, il y avait eu à peu près
le même nombre de morts dans le Nord-Est du Bihar, et puis en
1983 dans les États du Nord-Est, il y a eu un conflit entre la
population tribale et les musulmans venus du Bangladesh qui a fait 3
000 morts. Donc ce niveau là de violence, ce nest pas que
cest bon bien sûr, mais cela na rien dexceptionnel
dans lhistoire de lInde.
Donc dans cette perspective là,
rien de spécial ne sest produit sous le gouvernement BJP
à lencontre des minorités. En fait, cest plutôt
le contraire. Par exemple, un phénomène que je trouve
important, cest un non phénomène en fait. Cest
quelque chose qui ne sest pas produit. Je mexplique : partout
dans le monde, même en France, en Belgique, en Angleterre, on
voit des jeunes musulmans partir dans les camps dentraînements
dOussama Ben Laden ou autres, et bien on note labsence totale
de musulmans indiens dans ce mouvement là. Même au Cachemire,
tous les attentats et attaques sont toujours perpétrés
par des musulmans arabes, afghans et pakistanais, et pratiquement jamais
par des musulmans indiens.
L. B. : Je voudrais juste
revenir sur un point. Certains donc accusent ce gouvernement de fondamentalisme
religieux, or pour preuve du contraire, si besoin était, il y
a, je crois, larticle 30 de la Constitution qui est assez discriminatoire
par rapport à la communauté hindoue justement, et qui
na pas été du tout révisé. Et il y
a aussi le Code civil indien qui nest pas unique pour tous les
citoyens indiens. Est-ce que vous pouvez nous dire deux mots sur ce
point ?
K. E. : Oui, larticle
30 de la Constitution dit que toutes les minorités ont le droit
de fonder des écoles, des collèges ou des universités
qui sont financés par lÉtat bien quayant un
caractère religieux. Dautre part, il autorise une école
confessionnelle subventionnée par l'État à stipuler
dans ses statuts que, par exemple, tous ses enseignants doivent être
des chrétiens, ou quau moins 50% des élèves
doivent être des musulmans, des choses comme cela.
Alors que les hindous ne bénéficient pas de ces droits
là [18].
Quoique cela puisse être une question dinterprétation.
En effet il y a actuellement une pétition auprès de la
Cour suprême pour que cet article sapplique aussi à
la majorité hindoue et peut être que les juges vont conclure
: « Bon larticle ne mentionne effectivement que les minorités,
mais il peut sinterpréter dune telle façon
que par implication il sapplique aussi pour la majorité
».
Dailleurs quand on regarde au niveau
régional, les hindous sont souvent aussi une minorité,
au Cachemire par exemple, et en dautres endroits en Inde. En
plus, parfois il sagit décoles religieuses, dune
secte, dun mouvement au sein de lhindouisme, lArya
Samaj par exemple, ou la Ramakrishna Mission qui, bien quétant
hindous sont des mouvements minoritaires. Donc il est possible que cela
se règle comme cela [19].
Sil faut changer la Constitution,
cela nécessite davoir la majorité des deux-tiers
que le BJP na pas du tout. Et je ne pense pas quils vont
se risquer à régler cette question de façon dure.
Et cest encore plus valable pour la question du « Common
Civil Code », la loi personnelle laïque. Actuellement, en
ce qui concerne le système en matière de mariage ou dhéritage,
les musulmans, les parsis, les chrétiens, les hindous et toutes
les autres minorités ont des lois différentes. Lexemple
le plus connu cest quun musulman peut épouser 4 femmes,
tandis que les autres ne le peuvent pas. Dautre part, il est très
difficile pour les chrétiens de divorcer alors que pour les hindous
cest plus facile en passant par le juge. Même difficulté
pour les femmes musulmanes, tandis que pour les hommes musulmans cest
très facile et cest stipulé par la loi. Donc sur
ce point de « Common Civil Code », la position laïque
devrait abolir le système actuel. Mais en Inde, curieusement,
ce ne sont pas les partis dits laïques qui prennent cette position
là, au contraire, cest le BJP, supposé fondamentaliste
hindou, qui veut ce qui pour moi est très représentatif
dun état laïque une loi commune pour tout le
monde, quelle que soit son appartenance religieuse. Mais là,
changer la Constitution, cest vraiment très risqué.
Souvenez-vous quen Iran le Shah a vraiment perdu le pouvoir au
moment où il a attaqué certains privilèges de la
classe cléricale. Donc en Inde, si on abolit la charia en matière
de mariage, dhéritage ou de divorce, cela veut dire quon
prend beaucoup de pouvoir à la classe cléricale musulmane.
Donc, dans tous les quartiers musulmans partout en Inde on verrait une
rébellion, et très certainement le BJP ne va pas sy
risquer. Donc, je pense que ce système va durer encore longtemps.
L. B. : Merci.
Pour conclure sur la politique intérieure
en Inde, quels sont donc les traits caractéristiques au niveau
économique de la politique du gouvernement actuel ? Comment est-ce
quelle se traduit au niveau économique ? Et par rapport
au parti du Congrès, quelles sont les grandes différences
de cette politique ?
F.G. : La libéralisation
économique a été initiée par le gouvernement
du Congrès au début des années 90. Elle a été
initiée par Rajiv Gandhi dabord, puis suivie par Narashima
Rao dans les années 90, quand les caisses de létat
étaient pratiquement à sec. Elle simposait.
Alors maintenant il y a controverse en
Inde sur la manière dont elle doit se faire. Il y a beaucoup
de personnes qui pensent que la civilisation Coca-Cola, Mac Donalds,
etc. qui a ravagé toute lAsie ne devrait pas avoir le dernier
mot en Inde et je pense que même Arundathi Roy na pas tort
là-dessus
L. B. : Justement elle écrit
dans ce même article du « Monde diplomatique » «
que le gouvernement actuel serait en train de brader les infrastructures
de lInde : leau, lélectricité, le charbon,
la santé, léducation aux dépens des couches
sociales les plus défavorisées ».
F.G. : Cest le grand
problème de trouver une troisième voie. On voit aux États-Unis
où tout est privatisé, cest la loi du plus riche,
du plus fort. Dun autre côté, on voit les Nations
qui ont été étatisées à outrance
comme lInde la été à une époque,
ça a créé beaucoup dabus, une énorme
bureaucratie, beaucoup de corruption, et souvent les privilèges
ne vont pas aux plus démunis. Cest ce quon a vu en
Inde. Alors est-ce que lInde va être capable de trouver
une troisième voie, qui ne soit pas celle du capitalisme, pas
celle du socialisme, cest ce que lon espère. Cest
pourquoi on prie tous. Cela serait extraordinaire, mais pour linstant
on a limpression quelquefois que la libéralisation économique
de lInde nest pas faite tout à fait intelligemment
L. B. : Cest à
dire quen ce sens le gouvernement actuel ne fait rien, ou a peu
de différence près, comme son prédécesseur
?
C. A. : Il y a tout un mouvement
swadeshi [20]
qui voudrait que tous les produits soient fabriqués en Inde,
et que justement il ny ait pas cette américanisation de
lInde par la civilisation Coca-Cola dont parlait François
Gautier et que les valeurs vraies de lInde, les valeurs éternelles,
les valeurs traditionnelles de lInde ne soient pas envahies par
une culture qui est extérieure. Et Arundathi
Roy, tout comme plusieurs membres du gouvernement actuel, tel que le
Dr Murli Manohar Joshi [21],
se battent pour cela, cest le même combat.
Il y a un concept très intéressant
je trouve, que le Dr Joshi a évoqué récemment à
lUnesco, et je crois dans dautres forums, aux Nations-Unies
aussi, cest ce quon appelle en anglais le « sustainable
consumption », cest très difficile
à traduire en français, mais on pourrait dire la «
consommation modérée » [22].
Il est indispensable pour lInde
de trouver une troisième voie. Cette consommation à outrance
qui nous vient dOutre Atlantique, qui existe aussi ici en Europe,
conduit la planète à la catastrophe inévitable
si on ne trouve pas cette troisième voie
Et traditionnellement ce concept existe
en Inde, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles,
et dans ce sens là je crois que lorsquon parle de nationalisme
cest positif.
Je lisais récemment des ouvrages
sur les Indiens dAmérique du Nord, ils avaient cette conception
de ne pas dépenser trop, de ne pas consommer trop.
Si lEurope et les États-Unis,
et même lInde, et lAsie, et la Chine ne trouvent pas
une solution dans ce sens on va à une catastrophe certaine.
Il y a un grand agronome américain,
Lester Brown du World Watch Institute, qui a écrit un livre dont
le titre est « Qui est-ce qui va nourrir la Chine ? » où
il dit quon a calculé quavec le développement
économique de la Chine, les Chinois senrichissent de plus
en plus, ils consomment de plus en plus de nourriture à base
de porc et à base de poulet. Ce qui implique de produire de plus
en plus de grains pour nourrir porcs et poulets, et Brown estime que
dans dix ans, dans quinze ans peut-être, il ny aura pas
assez de céréales sur la terre pour couvrir les besoins
de la Chine. La Chine étant riche, elle achètera aux pays
les plus pauvres tout ce dont elle aura besoin et ces pays nauront
plus de quoi nourrir leur propre population. Et cela entraînera
tout un cycle de catastrophes.
Donc cest ce problème là
quil faut que lInde résolve, et peut être que
lInde peut trouver une solution plus facilement que certains pays
grâce à son ancienne culture.
F. G. : Je voudrais ajouter
que le génie de lInde a toujours été dabsorber
les influences étrangères, de ne pas les rejeter, et en
même temps de les indianiser, et je crois quà une
petite échelle cela se passe pour laméricanisation.
Je me rappelle quand MTV est arrivée en Inde, ils ont essayé
de coller MTV en Inde telle quelle est montrée aux États-Unis
ou partout dans le monde, et ça na pas du tout marché.
Du coup maintenant, si vous voyez MTV, il y a beaucoup de chansons hindies,
de pop hindie, il y a des tas de musiques indiennes de mixage qui se
sont développées, cest très intéressant.
Pareil pour Mac Donalds. Mac Donalds propose maintenant des repas végétariens
Donc cest un phénomène très intéressant.
Alors est-ce que lInde va réussir,
comme elle la toujours fait, à indianiser cette nouvelle
influence, cette colonisation matérialiste de lOccident
? Si elle y arrive ce sera tout à fait génial.
L. B. : Guy Sorman [23]
disait à ce sujet-là dans un article du « Figaro
» : « À lheure de la mondialisation et de la
tendance à laplatissement de toute diversité culturelle,
lInde reste une grande civilisation debout ».
Donc lInde est encore debout, vivante,
et sa culture aussi
F. G. : Ceux qui ont assisté
à la dernière Khumba Mela à Allahabad, où
il y a eu, je ne sais pas, 40 à 50 millions de personnes venues
de toute lInde, de tous bords, de toutes les castes aussi, pour
un rituel qui pouvait paraître complètement dépassé
au XXIe siècle, ont pu constater que cette Inde là est
toujours vivante, elle vit, cest ça. On a un espoir grâce
à ça, parce que cette Inde vit toujours.
L. B. : Ce quon appelle
le « revivalisme hindou » nest-ce pas justement un
mouvement en réaction à cette mondialisation galopante,
au rouleau compresseur de la mondialisation ?
K. E. : Aujourdhui,
la globalisation est un nouvel élément qui nourrit le
revivalisme hindou, mais cest un mouvement qui date déjà
du 19e siècle. Bien quà cette époque aussi
il y avait déjà loccidentalisation avec les Anglais.
Quelquun que je connais assez bien,
Arun Shourie, qui est le Ministre de la privatisation du secteur public,
dit un peu la même chose que Guy Sorman. Il dit quau niveau
économique, mais aussi au niveau culturel, lInde peut gagner
dans la bataille de la globalisation. Au niveau économique cela
se vérifie tous les jours avec le développement de loffshore,
loutsourcing, les délocalisations, beaucoup de services
de comptabilité, dinformatiques se font maintenant en Inde
pour les sociétés occidentales, et au niveau culturel
Arun Shourie dit que ce sera la même chose. Dabord il faut
tenir le coup quand on ouvre les portes, cest un choc les premières
années, mais après on verra que lInde va rayonner.
Et cela se voit par exemple dans le monde musulman. En Turquie, surtout
dans les pays du Golfe, Bahrein, Koweit, il y a une influence indienne
très forte. La musique populaire arabe par exemple, cest
de la musique hindie en arabe
F. G. : Tous les yeux de
lOccident sont tournés vers la Chine, mais je crois que
nous nous trompons parce que lavenir du monde, en tous les cas
de lAsie passe par lInde. Parce que cest une démocratie,
parce que il y a des tas de choses qui se passent.
Et nous on voudrait, je pense que tous
ceux qui sont là voudraient que les yeux de la France en particulier,
se tournent vers lInde parce que cest non seulement une
grande démocratie, mais économiquement cest un pays
davenir. Cest un pays où les gens sont pro-occidentaux,
cest un pays libéral, cest un pays davenir.
Alors que nous avons misé sur la Chine. Je ne veux pas parler
en mal de la Chine mais la Chine ce nest pas une démocratie,
la Chine nest pas un pays pro-occidental, la Chine nest
pas un pays où on parle anglais couramment comme le fait une
grande partie de la classe moyenne et moyenne supérieure de lInde.
Alors il faudrait que lOccident, et la France en particulier,
se tourne vers lInde, et prenne conscience de ce qui se passe
dans ce pays.
LInde est un pays vulnérable,
qui est entouré de nations qui lui sont hostiles, un pays qui
est mal compris, qui nest pas soutenu par lOccident. LInde
a besoin du soutien de lOccident, de sa compréhension,
et de la France en particulier.
Et cela ne se passe pas et cela attriste
beaucoup dentre nous parce quil existe entre la France et
lInde une convivialité qui ne sexplique pas mais
qui est vraiment réelle
L. B. : Merci. Est-ce que
lun dentre-vous souhaiterait rajouter quelque chose ?
C. A. : Je crois aussi que
lInde na pas été capable de promouvoir son
image, je crois que ses gouvernants ne sont pas très bons en
public relation et ils nont pas été capables de
vraiment projeter une image positive comme la Chine la fait. Les
lobbies chinois sont beaucoup plus forts. Par exemple, la Chine a créé
il y a une trentaine dannées des chaires détudes
chinoises aux États-Unis, en Angleterre, partout. Les Chinois
voient toujours 20-30 ans en avance, et lInde na pas cette
capacité, lInde voit ou 2-3 ans en avance, ou 6 mois en
arrière parfois. Il ny a pratiquement rien en Occident
de similaire pour lInde. Et cette carence en matière de
communication, ce manque de vision, cest vraiment la faute du
gouvernement, que ce soit le Congrès ou le BJP ou nimporte
quel parti, ils ont tous fait la même chose. Et tant que le gouvernement
ne décidera pas de faire un effort dans ce sens là, ne
comprendra pas limportance de faire un effort dans le sens de
la communication cest tellement important dans le monde
daujourdhui , limage de lInde en pâtira.
Je crois que cest principalement la faute du gouvernement indien.
Je ne sais ce que vous en pensez François Gautier ?
F.G. : Oui, Claude Arpi
a raison, absolument.
Ce que je voudrais ajouter par rapport
à la France et lInde, parce que quand même cest
un sujet qui nous tient à cur, cest : pourquoi est-ce
que la France ne se tourne pas vers lInde un peu plus ? Parce
quil y a eu beaucoup defforts qui ont été
faits : Monsieur Mitterrand était venu avec une très importante
délégation, jétais là à ce
moment là ; Monsieur Chirac est venu en 1998 avec un Airbus et
un Concorde plein du top niveau des industriels français et politiques
français il y a un réel effort de la part de Monsieur
Chirac qui a été fait. Pourquoi 5 ans plus tard il ne
sest pratiquement rien passé au niveau politique et au
niveau économique ?
La France est le dixième investisseur
en Inde, vous vous rendez compte, derrière la Suisse, derrière
la Belgique ! Pourquoi, alors que tant defforts ont été
faits, alors quil existe une convivialité, alors que les
Français ont naturellement une sympathie pour lInde ?
Le problème cest limage
de lInde. Cest la conclusion à laquelle je suis arrivé.
Il faudrait que nous puissions changer limage de lInde,
dune image qui est une Inde pauvre, dune Inde des castes,
une Inde qui est Mère Teresa en une Inde qui émerge, comme
la Chine. Bon, évidemment lInde est une démocratie,
alors tout ne marche pas aussi bien quen Chine. En Chine vous
avez au top, au sommet, un dirigeant qui dit « Voilà, ça
va être comme ça, il y aura un enfant par couple. »
En Inde ce nest pas possible, cest une démocratie,
donc forcément il est plus difficile dy faire des affaires
quen Chine, où tout est imposé den haut
comme le planning familial par exemple.
Mais pourquoi est-ce que la France ne
se tourne pas plus vers lInde ? Il faut savoir quil existe
chez nous une pensée de la France sur lInde qui est aux
mains, je ne sais pas si certains dentre eux sont là
ce soir, je ne crois pas , qui est aux mains dune petite
poignée dhommes et de femmes qui pour la plupart font partie
du CNRS ou de lEHESS ou du CERI, et ces gens-là font la
pluie et le beau temps sur lInde en France. Cest à
dire quà chaque fois quil se passe quelque chose
en Inde, ce sont eux qui écrivent les articles dans les grands
journaux, ce sont eux qui collaborent aux livres dhistoire sur
lInde, et donc ils façonnent la pensée des Français
quant à lInde. Et malheureusement, ils perpétuent
cette image misérabiliste de lInde, et cest très
triste. Parce que du coup, les Français ninvestissent pas
en Inde. Ils ne se disent pas « Ah attention ! si demain il se
passe en Chine une révolution ou un tremblement social, lInde
est notre alternative ». Il ne disent pas cela. Parce que lInde
a cette image misérabiliste et elle narrive pas à
sen débarrasser. Et nous nous battons tous en fait
nous ne sommes quune petite poignée contre cette
image misérabiliste parce que nous savons que lInde est
un pays où il y a des gens qui sont bien plus riches que les
Français, où il y a bien plus dargent, quil
y a au moins 200 à 300 millions dIndiens qui ont un pouvoir
dachat non négligeable
Mais malheureusement lInde
nintéresse pas les Français, exceptés les
articles sur les Maharaja dans « Paris Match », jen
ai vu encore un ce matin, ou les articles sur les trafics de reins,
ou sur les fondamentalistes hindous.
Pourquoi ? Cest une question que
nous nous posons tous, et cest une question à laquelle
jaimerais que vous réfléchissiez
L. B. : Merci
C. A. : Pour
illustrer cette question des relations franco-indiennes, je voudrais
dire une chose qui me rend très triste. Je madresse au
représentant du gouvernement de lInde qui est ici ce soir [24].
LInde a décidé, il y a quelques mois, daccorder
pour la première fois la double nationalité à ses
ressortissants vivant à létranger, par exemple aux
Indiens qui travaillent aux États-Unis. Et lInde a choisi
sept pays, et la France nest pas dans ces sept pays. Personnellement,
javais demandé la double nationalité, jai
vécu 30 ans en Inde et je suis marié avec une Indienne.
La France nest pas dans ces pays alors que la Finlande y est.
Alors cest quelque chose que je ne comprends pas. Cest pour
ça que tout à lheure je disais que la faute en revient
aussi au gouvernement indien.
L. B. : Oui, lInde
a sa part de responsabilités
C. A. : (riant) Je le dis
devant le représentant du gouvernement indien.
Question du public : Est-ce quil
y a une explication ?
C. A. : Je ne sais pas.
Peut-être que les Indiens en France sont moins riches que les
Indiens aux États-Unis ? Je ne sais pas. Il faut demander au
gouvernement, je ne peux pas répondre pour le gouvernement indien.
Mais quand jai fait la demande on mavait dit « Bien
sûr la France sera inclus » et la France aujourdhui
nest pas incluse dans les sept pays qui ont été
choisis. On a inclus lAustralie qui par exemple
refuse la double nationalité, alors je ne comprends pas [25]
F. G. : Cest peut-être
un geste politique aussi. La France na fait aucun geste politique
vis-à-vis de lInde
Par rapport au Cachemire par exemple
qui, légitimement et géographiquement fait partie de lInde,
car ce nest même pas comme la Corse qui est séparée
par la mer. Cest le berceau du shivaïsme, le berceau de la
civilisation indienne, alors
Moi je pense que le gouvernement
français, et Monsieur Lamballe va peut être me contredire,
aurait pu faire un petit geste en disant, en reconnaissant à
lInde sa légitimité quant au Cachemire. Et cela
aurait créé un immense capital de sympathie en Inde pour
la France.
L. B. : Nous allons devoir
terminer, et pour conclure cette table ronde je voudrais revenir sur
une interview de Monsieur Atal Behari Vajpayee, Premier ministre de
lInde, réalisée par François Gautier pour
le compte du « Figaro » dans laquelle Monsieur A.B. Vajpayee
disait : « Je crois, comme la annoncé le philosophe
Sri Aurobindo, en la renaissance de lInde. Nous devons nous libéraliser,
réussir notre industrialisation, mais sans perdre nos racines
culturelles et spirituelles. Nous devons adopter les technologies les
plus modernes sans trahir le génie de lInde ».
François Gautier, pouvez-vous nous
dire quelques mots sur ce philosophe et éventuellement si vous
avez une idée de ce que peut être cette renaissance ?
F. G. : Je crois que la
renaissance de lInde est en train de se produire, on ne sen
aperçoit pas forcément en France et en Occident, mais
lInde est en train démerger. Nous croyons tous ici
en cette renaissance de lInde, elle était prévue
par de grands philosophes comme Sri Aurobindo qui ont dit quelle
était inéluctable, et quelle se passerait de toute
manière. Il y a eu des embûches, il y a eu des difficultés,
mais lInde est en train démerger, cest un pays
émergeant comme on lappelle, non seulement économiquement,
mais spirituellement
La spiritualité indienne rayonne sur
le monde de différentes manières.
Économiquement maintenant, à
travers la révolution Internet, lInde a fait sa marque
dans le monde, et je crois que quelquun a parlé tout à
lheure de la délocalisation, de nombreuses sociétés
américaines sont en train de délocaliser en Inde, les
révolutions sociales qui sont en train de se faire, les castes,
malgré ce quen disent les indianistes français,
sont en train de seffacer peu à peu au contact de la civilisation
moderne des grandes villes. Donc cette grande renaissance se passe en
ce moment, et je pense que dici 20 à 30 ans le monde occidental
va prendre conscience de cette merveille quest lInde, de
cette grande civilisation qui a survécu. On a connu nombre de
grandes civilisations égyptiennes, grecques, en Mésopotamie
, mais lInde à ma connaissance est la seule qui ait
survécu, qui en 4 000 à 5 000 ans dexistence a pu
transmettre une grande partie de ses savoirs, de sa sagesse, de sa connaissance,
de sa tolérance et lamener aujourdhui dans lInde
du XXIe siècle. Donc cette Inde-là, peu à peu,
à linsu de beaucoup, est en train démerger,
et cest la renaissance de lInde dont parlait Sri Aurobindo.
L. B. : François
Gautier merci. Claude Arpi, Dr Koenraad Elst, Général
Alain Lamballe, je vous remercie. Merci à tous pour votre participation.
Maison de lInde Paris, 18 juin 2003
© Jaïa
Bharati

BIOGRAPHIES
François Gautier
Écrivain, journaliste et photographe
français, François Gautier, né à Paris,
fut le correspondant en Inde et en Asie du sud du « Journal de
Genève » pendant quinze ans, puis du « Figaro »
durant huit ans. Il écrit régulièrement pour la
presse indienne.
François Gautier est lauteur du livre Un Autre Regard
sur lInde (1999, Éditions du Tricorne), pour lequel
il fut invité à lémission « Bouillon
de Culture » en mai 2000 (ce livre a été réédité
trois fois depuis). Il travaille en ce moment à un livre sur
les femmes indiennes pour les Éditions Albin Michel, et a publié
en mai 2003 un ouvrage sur lhindouisme pour les éditions
J.P. Delville : Swami, PDG et moine hindou. Écrivant également
en anglais, François Gautier est lauteur de Rewriting
Indian History (Éditions Vikas), Arise O India (2000,
Éditions Har Anand trois rééditions), A
Western journalist on India (2001, Éditions Har Anand) et
A Guru of Joy (2002, India Today Book Club).
Résidant en Inde depuis 33 ans et marié à une Indienne,
François Gautier partage son temps entre New Delhi et la ville
internationale dAuroville, près de Pondichéry.
Claude Arpi
Français marié à une Indienne, Claude Arpi
vit en Inde depuis près de 30 ans. Il est directeur du Pavillon
de la culture tibétaine dans la zone internationale dAuroville
dans le sud de lInde.
Claude Arpi est l'auteur du livre The fate of Tibet (1999, Éditions
Har Anand) traduit en français sous le titre Tibet, le pays
sacrifié publié aux Éditions Calmann-Lévy
en 2000 et préfacé par le Dalaï Lama avec qui il
entretient une longue amitié. Il est également l'auteur
de deux autres ouvrages : La politique française de Nehru
La fin des comptoirs français en Inde (1947-1954)
et And long and dark shall be the night : The Karma of Tibet
publiés aux Éditions Auroville Press International.
Claude Arpi est non seulement un spécialiste du Tibet mais aussi
des relations sino-indiennes et indo-pakistanaises. Actuellement il
termine un nouveau livre sur la question du Cachemire.
Claude Arpi écrit aussi régulièrement des articles
pour « Rediff.com », le premier portail indien d'informations
et le journal indien « The Pioneer ».
Général Alain Lamballe
Général de brigade (cadre de réserve). St-Cyr.
Docteur en sociologie politique. Diplômé de lInstitut
National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Diplômé
du Centre des Hautes Etudes sur lAfrique et lAsie Modernes
(CHEAM). Alain Lamballe a occupé plusieurs postes diplomatiques
notamment en Asie du Sud (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Maldives) et il
a effectué de nombreuses missions ponctuelles à travers
le monde. Alain Lamballe est lauteur dun livre, Le problème
tamoul à Sri Lanka, aux Éditions lHarmattan,
1985 et dune trentaine darticles, en majorité sur
les problèmes politiques, économiques et militaires de
lAsie du Sud.
Docteur Koenraad Elst
Diplômé en Sinologie, Indologie et Philosophie, le
Docteur Koenraad Elst a fait son doctorat au sujet du revivalisme hindou
à lUniversité de Louvain en Belgique. Bénéficiaire
dune bourse, il a suivi des cours de philosophie à lUniversité
hindoue de Bénares (Benares Hindu University BHU). Le
Dr Koenraad Elst a interviewé de nombreux dirigeants et penseurs
indiens durant les fréquents séjours quil a effectués
en Inde depuis 1988. Il publie régulièrement des articles
dans la presse et a écrit une vingtaine douvrages concernant
l'histoire ancienne et contemporaine de l'Asie du Sud, Mahatma Gandhi,
les religion comparées et le dialogue interreligieux, et la problématique
multiculturelle. Parmi ceux-ci citons : Decolonizing the Hindu Mind
(2001, Éditions Rupa & Co, New Delhi, Inde), Bharatiya
Janata Party vis-à-vis Hindu Resurgence (1997, Éditions
Voice of India, New Delhi, Inde) et Ayodya, The Case Against the
Temple (2002, Éditions Voice of India, New Delhi, Inde).
Laurent Baldo
A vécu sept ans en Inde, pays où il retourne régulièrement
et où il a de nombreux contacts. Il est membre fondateur de l'association
Jaïa Bharati dont il est Président. Jaïa Bharati est
une association dédiée à l'Inde dont les buts sont
de faire connaître la culture et la civilisation indiennes, et
dinformer sur l'actualité en Inde (culturelle, sociale,
politique, économique).

Notes
[1] Voir les biographies respectives
en fin de document.
[2] Nous ne présentons
pas cette seconde partie dans ce document, elle sera publiée
ultérieurement.
[3] Arundathi Roy, célèbre
écrivain et activiste antinucléaire, qui obtint le Prix
Booker en 1997, pour son livre « Les dieux des petites choses
».
[4] Surnommée «
La reine des bandits » Phoolan Devi était à la tête
dune communauté de bandits de grand chemin.
[5] Nehru déclarera à
Alain Daniélou venu le voir pour lui exprimer son émerveillement
de lancienne culture et civilisation hindoues : « Cest
justement tout ce que nous voulons éradiquer ».
[6] En fait les critiques de lopposition
sont essentiellement dirigées sur le parti dominant du gouver-nement,
le BJP « Bharatiya Janata Party » dont les membres sont
issus dorganisations hindoues. Ce gouvernement, censé représenter
les aspirations de la majorité hindoue, est accusé par
ses opposants de nourrir un fondamentalisme hindou. Certains vont même
jusquà laccuser de fascisme, bien que ces accusations
ne reposent sur aucun fait comme en témoignent les intervenants
de cette table ronde.
[7] Selon la tradition hindoue,
la ville dAyodhya (Uttar Pradesh) est le lieu de naissance du
dieu Rama. De nombreux éléments tendent à prouver
que le temple originel dédié à Rama, dont l'ancienneté
remontait au XIe siècle, fut rasé en 1528 par lempereur
moghol Babar, et que sur les ruines de ce temple et avec ses matériaux
mêmes, Babar fit érigé en son honneur la mosquée
Babri (Babri Masjid). De ce fait, depuis des décennies, plusieurs
organisations hindoues souhaitent reconstruire un temple dédié
à Rama sur un terrain adjacent au site disputé de la mosquée.
Ce à quoi le lobby musulman et lintelligentsia marxiste
sopposent. Du fait de cette opposition et de leur refus à
tout compromis, le 6 décembre 1992, à l'appel de plusieurs
organisations hindoues, quatre à cinq cent mille pèlerins
venus de tout le pays se rendirent à Ayodhya, et devant les caméras
du monde entier procédèrent à la démolition
de la mosquée Babri.
La Cour Suprême dAllahabad
(Uttar Pradesh) a ordonné ces fouilles archéologiques
afin de déterminer scientifiquement un fois pour toute si oui
ou non il y avait bien un temple sous la mosquée, et si oui dautoriser
éventuellement la construction dun temple.
(Voir aussi l'article Toute la
vérité sur l'affaire d'Ayodhya)
[8] Après des semaines
dexcavations, le département darchéologie
indien (Archaeological Survey of India ASI) a fait part dans
un rapport officiel, de la découverte dune importante structure
en pierres et en briques datant du 11e ou 12e siècle.
[9] Le Kalaripayat,
art martial du Kérala. Les techniques ancestrales de cet art
martial auraient été élaborées il y a près
de 4 000 ans. Elles furent transmises oralement de génération
en génération avant dêtre gravées sur
des feuilles de palmes il y a 2 500 ans et de nous parvenir.
[10] La république indienne
a connu trois Présidents musulmans dont le Président actuel
A.P.J Abdul Kalam.
[11] Le Président K.R.
Narayanan sétait rendu en France en avril 2000.
[12] Texte fondamental de lhindouisme
tiré du Mahabharata, lun des deux grands textes épiques
de la littérature indienne avec le Ramayana.
[13] LInde est une fédération
de 27 États. Dans certains dentre eux il existe des organisations
ou des partis politiques qui nourrissent des velléités
sécessionnistes. Leurs dirigeants nhésitent pas
à tenir un discours populiste auprès des populations locales.
[14] Avant la partition des
Indes britanniques en 1947, lInde, le Pakistan et le Bangladesh
formaient une seule entité. Dans les provinces situées
dans ce qui allait devenir la République islamique du Pakistan,
on comptait alors 25% dhindous. Aujourdhui, ils ne sont
plus que 1% !
[15] Dautre part, les
infiltrations massives de Bangladeshis musulmans au Bengale et dans
les provinces du Nord-est pourraient à moyen terme modifier les
proportions entre hindous et musulmans dans ces provinces en faveur
de ces derniers.
[16] Voici la définition
de l'Oumma musulmane que donne A. Del Valle dans son ouvrage Guerres
contre l'Europe : « Terme arabe désignant par extension
la communauté politico-religieuse, culturelle et juridique des
croyants musulmans du monde entier [
] La 'Oumma al-islamiyya'
(communauté islamique) est universelle et intemporelle. Elle
ne connaît aucune limite de temps ou d'espace. Là où
se trouvent les 'croyants' y compris dans un État majoritairement
non musulman, dès lors que les musulmans n'ont pas abjuré
la Oumma est présente en tant que communauté religieuse
distincte et surtout en tant que nation et État. La Oumma constitue
donc une extra-territorialité politico-juridique et civilisationnelle
de fait lorsqu'elle se développe dans un État 'infidèle'
dont elle conteste la légitimité du 'pouvoir impie' en
place. »
[17] En effet à lépoque
(en 1998), le rapport de la Commission indépendante dirigée
par le juge Wadhwa avait innocenté les organisations hindoues
de toute participation dans le meurtre du pasteur Staines en Orissa
et le viol des nonnes de Jabhua, ainsi que de toute implication dans
une campagne orchestrée contre la minorité chrétienne,
contredisant les accusations des églises et organisations chrétiennes
et désavouant la campagne médiatique contre les organisations
hindoues. Les médias s'étaient malheureusement bien gardés
de mentionner ce rapport et de reconnaître leur fourvoiement.
Le rapport de la National Commission for Minorities (NCM) paru en Inde
en février 2001 arrivait aux mêmes conclusions, à
savoir qu'aucun parti politique en particulier, aucune organisation,
religieuse ou non, n'a orchestré les attaques dont ont pu être
victimes des chrétiens. Par contre, ce rapport condamnait les
médias pour leur empressement à établir ce genre
de conclusion
[18] Larticle 30 autorise
aussi les minorités à adapter les programmes scolaires
autour dun enseignement religieux.
[19] Il est probable que lorsque
lAssemblée constituante a voté cet article, de nombreux
députés pensaient quil sappliquerait aussi
implicitement à la majorité hindoue, mais cela na
pas été le cas. Ce qui a conduit par exemple la Ramakrishna
Mission a se déclarer non hindoue pour éviter que ses
écoles ne soient nationalisées par le gouvernement du
Bengale.
Ainsi larticle 30 constitue une
réelle discrimination religieuse et est en contradiction avec
le supposé caractère laïque de la république
indienne. Il est aussi le symbole de toutes les discriminations envers
la majorité hindoue. Parmi les plus criantes, citons le traitement
différent qui existe en matière de gestion des lieux de
culte. Alors que les musulmans administrent librement leurs mosquées
et les chrétiens leurs églises, les hindous sont systématiquement
privés du droit dadministrer leurs temples. Ceux-ci sont
sous la tutelle du gouvernement qui ne reverse quune infime partie
des fonds collectés à savoir, les offrandes et
donations des dévots à la gestion des temples,
mais les utilisent pour le financement de projets ne bénéficiant
pas aux hindous, comme cest le cas actuellement dans lÉtat
du Karnataka, par exemple, où le gouvernement du Congrès
en redistribue une partie importante pour la construction dinstitutions
chrétiennes, de madrasas, voire même pour le financement
du pèlerinage à la Mecque ! Ce triste état de fait
explique le délabrement dans lequel se trouvent de nombreux temples
en activité et les conditions de vie parfois miséreuses
de certains prêtres hindous et de leurs familles. (Daprès
Koenraad Elst, Bharatiya Janata Party vis-a-vis Hindu Ressurgence,
Éd. Voice of India, New Delhi).
[20] Swadeshi : indianité
en matière de développement de la production artisanale,
industrielle, etc.
[21] Murli Manohar Joshi : Ministre
de lÉducation du gouvernement central actuel.
[22] On parle aussi « déconomie
globale contrôlée ».
[23] Guy Sorman, écrivain
auteur du livre Le Génie de lInde, Éditions
Fayard, Paris, 2000.
[24] Monsieur Sanjay Panda, Premier
Secrétaire de lAmbassade de lInde (Presse, Information
et Culture).
[25] Depuis
cette conférence, la France a été incluse dans
la liste.
