
NORD-EST
DE L'INDE :
ATTAQUES ET ATTENTATS DANS LE TRIPURA ET L'ASSAM
Article
provenant du site http://www.terrorisme.net
Comme
un article le soulignait sur ce site il y a quelques jours, même
si le Cachemire est souvent à la une, d'autres régions
de l'Inde connaissent des insurrections, guérillas et actions
terroristes. De nouveaux incidents dans le Nord-Est du pays viennent
le rappeler.
Les médias internationaux
en parlent rarement, mais de tels incidents violents sont fréquents
dans la région et appartiennent, depuis une vingtaine d'années,
à la vie quotidienne de ces États de l'Inde. Le Nord-Est
est une zone sensible pour d'autres raisons également :
les militants hindous s'inquiètent de l'écho qu'y ont
rencontré des missions chrétiennes. La référence
de certains des mouvements séparatistes au christianisme est
d'ailleurs explicite. En l'an 2000, le gouvernement du Tripura (Front
de gauche) avait accusé les baptistes de soutenir les insurgés.
Nous ne nous trouvons donc pas face à de nettes divisions entre
deux camps, mais au contraire face à des tensions complexes et
enchevêtrées.
Tripura
Le 20 août 2002,
dans l'État de Tripura, des séparatistes qui appartiendraient
au National Liberation Front of Tripura (NLFT faction Nayanbashi)
ont tendu une embuscade à un véhicule des Tripura State
Rifles (TSR). L'attaque s'est produite à 60km au sud-est de la
capitale, Agartala.
Les attaquants, qui avaient pris position
sur une hauteur, ont lancé des grenades et ouvert le feu. Vingt
hommes ont été tués et cinq gravement blessés.
Les rebelles ont pris la fuite avec les armes de leurs victimes.
Cette attaque s'inscrit
dans le contexte de la compétition notamment pour le contrôle
de certaines zones entre la faction du NLFT dirigée par
Biswamohan Debbarma et celle placée sous la conduite de Nayanbashi
Jamatia.
La police n'exclut pas des affrontements
dans un avenir proche entre les deux groupes, grâce aux armes
dont la faction Nayanbashi a pu s'emparer.
Quelques jours plus
tôt, à Kolkata (Calcutta), le premier ministre de l'Etat,
Manik Sarkar, avait insisté sur la nécessité de
considérer le problème des insurrections dans le Nord-Est
comme un défi national et de le résoudre en coopération
avec les États de la région. Il insistait également
sur la nécessité de disposer des forces adéquates
pour une surveillance des frontières. Le NLFT, qui revendique
un foyer tribal indépendant dans cet État dont la démographie
a été transformée par la forte immigration bengalie,
lance ses opérations à partir de bases installées
au Bangladesh.
Le gouvernement de
l'État demande depuis longtemps déjà au gouvernement
national l'installation d'un fil de fer barbelé tout au long
des 856km de frontière entre le Tripura et le Bangladesh, afin
de rendre celle-ci moins poreuse. Moins de 10km auraient été
équipés pour l'instant dans le secteur, si l'on en croit
les affirmations du gouvernement. À noter que la construction
de clôtures barbelées le long de la frontière de
plus de 4.000km entre l'Inde et le Bangladesh pour prévenir des
passages non autorisés est une opération en cours depuis
1989 déjà. Elle concerne cinq États indiens :
outre le Tripura, le Bengale occidental, l'Assam, le Mizoram et le Meghalaya.
Selon l'Indo-Asian News Service (22 août 2002), 1.357km de frontières
auraient déjà été équipées
et 2.429km supplémentaires devraient l'être d'ici 2007.
Mais la frontière n'est pas toujours très claire, des
villages se retrouvent à cheval sur celle-ci, et les mesures
de sécurité entraînent des chicaneries dans la vie
quotidienne des habitants qui vivent dans le no man's land entre la
frontière proprement dite et la barrière (puisque celle-ci,
selon les réglementations internationales en vigueur, ne peut
être érigée directement sur la ligne frontière).
Le 21 août, Manik
Sarkar a demandé au gouvernement de Delhi d'envoyer d'urgence
des troupes supplémentaires, de crainte que la situation ne se
dégrade sérieusement dans la région, où
l'insurrection a déjà causé cette année
une centaine de morts (et peut-être 10.000 au total depuis une
vingtaine d'années). La situation est compliquée par des
rivalités politiques. Le gouvernement du Tripura appartient au
Front de gauche, opposé au Bharatiya Janata Party (BJP) actuellement
au pouvoir à Delhi, et accuse par ailleurs le Parti du Congrès
(principale formation de l'opposition dans l'État) de sympathies
pour les insurgés.
Assam
Dans l'Assam, le 21
août 2002, un groupe soupçonné d'appartenir à
l'United Liberation Front of Assam (ULFA) a tué cinq personnes
(quatre membres des forces de police et le chauffeur d'un bus) en déclenchant
une charge explosive lors du passage de leur véhicule sur une
route dans la région de Maladhara.
L'ULFA à
laquelle le gouvernement de l'Assam a offert ce mois même d'ouvrir
des pourparlers de paix inconditionnels affirme mener une guerre
contre l' « exploitation économique »
et l' « invasion culturelle » de la région.
Un récent article de son organe
de presse réfute toute comparaison entre son « combat
nationaliste » et des « activités terroristes
ou idéaux fondamentalistes », rapporte le Times of
India (17 août 2002).
À noter également,
dans l'actualité récente en Assam, des tensions entre
l'ULFA et les Bodo Liberation Tigers (BLT) qui, contrairement
au National Democratic Front of Bodoland (NDFB), négocient avec
le gouvernement de Delhi. Les BLT veulent créer un Bodoland Territorial
Countil (BTC), mais l'ULFA s'oppose à ce que celui-ci englobe
dans ses limites territoriales des zones où les Bodos ne forment
pas la majorité de la population. Les Bodos accusent l'ULFA d'interférence
dans leurs affaires intérieures et soutiennent que les territoires
appartiendraient légitimement aux Bodos. La dispute a même
entraîné des enlèvements et contre-enlèvements
par les deux groupes militants.
Nagaland
Enfin, du côté
du Nagaland, le dialogue entre les autorités indiennes et la
faction Isak-Muivah du National Socialist Council of Nagaland (NSCN)
passe par une phase difficile. Rappelons que des contacts ont régulièrement
eu lieu à l'étranger entre le gouvernement et cette faction
du NSCN depuis 1997, et que la décision aurait été
récemment prise d'ouvrir maintenant des pourparlers sur territoire
indien. Thuingaleng Muivah a accusé les autorités indiennes
de déformer les propositions faites par le NSCN. Il est trop
tôt pour savoir si cela remet en cause le principe même
d'une rencontre en Inde.
Pour compliquer encore
un peu la situation, de nouvelles violences entre factions rivales du
NSCN (celle dirigée par Isak Chisi Swu et Thuingaleng Muivah,
d'une part, et celle qui suit S.S. Khaplang, d'autre part) se sont produites
la semaine dernière : près de quarante membres fortement
armés de la faction Isak-Muivah auraient attaqué un camp
du groupe rival. Il s'agit de questions de contrôle de territoires
par chacun des deux groupes. Depuis l'an dernier, la faction Khaplang
a également accepté un cessez-le-feu, et l'on craint que
ces affrontements entre factions compromettent les pourparlers de paix
du gouvernement avec la tendance Isak-Muivah.
Pour
une évaluation de l'insurrection dans le Tripura, de ses causes
et de ses développements, on peut lire l'article de Bibhu Prasad
Routray, « Insurgency in Tripura : Wake-up Call for
the Political Establishment » (2001), sur le site de l'Institute
of Peace and Conflict Studies (IPCS, Nouvelle Delhi) :
http://www.ipcs.org/issues/articles/575-ne-bibhu.html
Un article du magazine Frontline (février
2002) évoque des actes de violence qui dénoteraient des
intentions de « purification ethnique » de la
part des groupes militants dans l'Assam et le Tripura :
http://www.flonnet.com/fl1903/19030430.htm
