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QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE PAYS D'ORIGINE

DE LA CULTURE ET DES LANGUES INDO-EUROPÉENNES


Par le Pr B.B. LAL

 

Traduction du document
« The Homeland of Indo-European Languages and Culture : Some Thoughts. »

Document présenté à un séminaire organisé par le Indian Council for Historical Research
sur le même thème à Delhi du 7 au 9 Janvier 2002)



     Il existe une tradition académique, selon laquelle toute discussion sur l'origine de la locomotive doit obligatoirement commencer par l'histoire de la bouilloire remplie d'eau qui, une fois chauffée, émet des vapeurs chaudes, éveillant chez la personne qui la regarde la brillante idée qu'à partir de cette vapeur on peut inventer un moteur capable de propulser des poids importants. Bien que cette comparaison, en l'occurrence, ne s'applique pas exactement au contexte, il nous faut cependant remonter jusqu'en 1786, lorsqu'un juge au tribunal de grande instance de Calcutta, sir William Jones, suscita la surprise en déclarant, dans le discours qu'il adressa en tant que président à la section bengalie de la Société Royale Asiatique, que le sanscrit, le grec et le latin présentaient tant de points communs qu'il était difficile de les considérer comme des entités indépendantes.
     Le pauvre juge ne se doutait guère que cette innocente prise de position allait conduire à un féroce débat qui devait se prolonger pendant les siècles à venir.
     Observer que le sanscrit, le grec et le latin étaient très proches l'un de l'autre allait entraîner une série de déductions. On argua d'abord que si ces langues étaient si semblables, c'était parce qu'il devait exister un langage antérieur dont elles étaient issues. On donna à ce langage hypothétique le nom d' « indo-européen », puisque les trois langues en question appartenaient l'une à l'Inde, et les deux autres à l'Europe. On avança ensuite l'idée qu'il devait avoir existé des gens pour parler ce langage ancestral, et on les appela les « Indo-Européens ». En dernier corollaire, on affirma qu'ils avaient dû avoir une patrie d'origine, et c'est ainsi que commença la chasse à l'Urheimat – une démarche sans fin, en dépit des efforts acharnés de centaines d'érudits pendant plus de deux cents ans.
     Afin de distinguer les branches et sous-branches de cet hypothétique langage indo-européen, on a formulé le classement suivant :



     Au départ, un certain nombre de spécialistes ont été d'avis que l'Inde, parce qu'elle abritait la plus ancienne littérature du groupe des langues indo-européennes (c'est-à-dire les Védas), avait certainement été le pays d'origine de ces langues. Mais le canevas s'est bientôt élargi et a cessé de se limiter à l'Inde pour inclure une large partie de l'Asie centrale. Par la suite, le scénario s'est étendu à l'Europe, et comme il fallait s'y attendre, on a affirmé que chaque pays européen ou presque était la patrie d'origine : la Scandinavie, la Finlande, le Sud-Ouest de la Russie, la région baltique, l'Allemagne, la Lituanie, la Hongrie, la vallée du Danube, et ainsi de suite. En fait, la compétition était telle que pas une partie de l'Europe n'y a échappé. Dans un commentaire très sarcastique, Jean-Paul Demoule a affirmé : « On a pu constater que l'on place l'origine des Indo-Européens dans le nord si l'on est allemand, dans l'est si l'on est russe, et au milieu si, étant italien ou espagnol, on n'a aucune chance de revendiquer ce privilège. »
     Mais au fil du temps, cette approche eurocentrique a amorcé un déclin et beaucoup de nouvelles régions sont montées en lice. À l'heure actuelle, les revendications les plus importantes proviennent, en tenant compte de leur localisation géographique d'ouest en est, 1) de la région anatolienne de l'ouest de l'Asie ; 2) de la région de la Mer Noire et de la Caspienne ; 3) des steppes de l'Asie du Sud ; 4) de Sogdane, dans le Centre-Sud de l'Asie. C'est à ces revendications que nous allons nous intéresser d'abord, après quoi nous examinerons également la possibilité que le Nord-Ouest de l'Asie du Sud ait été le pays d'origine.
     La première question que nous devons nous poser dans cette recherche du pays d'origine des Indo-Européens, est de savoir quel était leur niveau culturel : étaient-ils des chasseurs-cueilleurs, des bergers nomades ou des agriculteurs sédentaires ? Une tentative a été faite en ce sens lorsqu'on a essayé de rechercher les mots communs appartenant au domaine de l'agriculture, des animaux, des plantes, du climat, etc… dans les diverses langues indo-européennes et de déterminer ainsi le niveau technico-culturel et le cadre géophysique de ces hypothétiques Indo-Européens. Comme les termes reconstitués sont erronés dans beaucoup de cas, on n'a pu atteindre aucun consensus sur le sujet. Ainsi, certains spécialistes voient volontiers ces Indo-Européens comme des nomades courant les steppes dans un climat froid, tandis que d'autres les considèrent comme des agriculteurs sédentaires vivant dans une région au climat modéré, riche en plantes céréalières sauvages et en animaux aisément domesticables.

 





L'Anatolie comme pays
d'origine

     Le célèbre tenant de cette thèse est Collin Renfrew (1987), persuadé que les Indo-Européens peuvent être localisés à l'origine en Anatolie, où ils auraient pratiqué l'agriculture aux alentours de 7000 ans av. J.-C. C'est de là que l'un de leurs groupes se serait déplacé vers l'ouest en direction de l'Europe, en traversant le Bosphore, tandis qu'un autre groupe aurait migré vers l'est, traversant la région située au sud des montagnes du Caucase et de la mer Caspienne, pour aboutir en Iran, d'où il doit avoir ensuite pénétré en Afghanistan et en Inde. Dans un autre scénario, Renfrew pense que les Indo-Européens se sont divisés après leur arrivée en Europe, et que la branche orientale a atteint le Sud de l'Asie centrale en passant par le nord de la mer Noire et de la mer Caspienne, d'où elle s'est déplacée vers le Nord-Est de l'Iran, l'Afghanistan et l'Inde. L'hypothèse anatolienne est cependant défectueuse sur au moins deux points essentiels. Tout d'abord, si les Européens d'un côté et les Indo-Iraniens de l'autre avaient autrefois pratiqué ensemble l'agriculture en Anatolie, ils devraient avoir un vocabulaire commun pour tout ce qui se réfère au domaine agricole, ce qui malheureusement n'est pas le cas. Deuxièmement, la langue hittite d'Anatolie, où a été perçue cette similarité, était un langage « minoritaire », probablement utilisé par les élites, alors que le langage de base n'était pas indo-européen. Voilà qui n'est guère compatible avec le concept selon lequel les Indo-Européens auraient été les premiers habitants de cette région. Quant à la relation entre l'environnement agricole anatolien et les Indo-Européens, elle a reçu d'Outre-Atlantique un cinglant commentaire de Lamberg-Karlovsky (1988), qui a lancé : « [tout le problème] a été simplifié par le Pr Renfrew, qui l'a réduit à cette absurde formule : Anatolie 7000 ans av. J.-C. = agriculture = Indo-Européens. »


La région du Caucase

     Déplaçant le centre d'intérêt vers l'est, Gamkrelidze et Ivanov (1995) placent le pays d'origine dans la région qui s'étend entre la Mer Noire et la Mer Caspienne. Leur thèse se base principalement sur la paléontologie linguistique, sur laquelle ils s'appuient pour déclarer que le pays d'origine était un terrain montagneux, peuplé de lacs et de rivières rapides, dont la région qu'ils proposent est, disent-ils, amplement pourvue. Afin de donner davantage de poids à leur thèse, ils affirment que puisque le langage indo-européen reconstitué possède un certain nombre de mots d'origine sémite, le pays originel ne peut avoir été très éloigné du monde sémite. Pourtant, de nombreux spécialistes ont montré que la thèse selon laquelle il se trouverait un grand nombre de mots de provenance sémite dans le langage indo-européen était une croyance sans fondement. En outre, on trouve une autre incongruité linguistique dans cette thèse : la langue arménienne, parlée dans la région qui sépare la mer Noire de la mer Caspienne, contient une forte proportion de vocabulaire non indo-européen, ce qui laisse supposer qu'il existait un substrat de population relativement important, et donc que l'Indo-Européen ne peut pas avoir été la langue d'origine de cette région.


L'origine « kurgane »

     Dans un autre scénario encore, le lieu d'origine se déplace vers les steppes situées au nord des mers Noire et Caspienne. C'est là qu'ont été découverts les vestiges archéologiques d'une culture caractérisée par des tumulus funéraires (ou « kurgans » en slave). Le principal partisan de cette thèse est Maria Gimbutas (1966 et 1997). D'après elle, le témoignage linguistique reconstitué suggère que les Indo-Européens étaient des cavaliers guerriers qui utilisaient des armes de jet et pouvaient facilement envahir d'autres régions, ce qu'ils ont fait, pour ce qui concerne l'Europe centrale, aux alentours du 4ème-5ème millénaire av. J.-C. Au niveau technico-culturel, le peuple kurgan en était essentiellement au stade pastoral. Réfutant cette assertion, Renfrew (1999), soutient que les guerriers à cheval ne sont apparus sur la scène européenne qu'à la charnière du second et du premier millénaire av. J-C, et ne peuvent en aucun cas être les guerriers kurgans de M. Gimbutas, qui devance les faits de quelque 3000 ans. Sur le terrain linguistique, une sévère attaque a été portée par Kathrin Krell (1998), qui relève une grande disparité entre les termes recensés dans l'indo-européen reconstitué et le niveau culturel que l'on rencontre chez les Kurgans. Pour elle, par exemple, les Indo-Européens pratiquaient l'agriculture, tandis que le peuple kurgan en était encore au stade pastoral. D'autres spécialistes, comme Mallory et Schmitt, se montrent également critiques envers l'hypothèse de Gimbuta.


La piste de Sogdiane

     En descendant vers le Sud-Est, un autre pays d'origine, Sogdiane, a été proposé par Johanna Nichols (1997). Nichols est persuadée que c'est à partir de ce pays que le langage indo-européen s'est répandu dans la région qui entoure la mer d'Aral. À partir de là, la propagation aurait été double : la plus importante vers les régions qui s'étendent au nord de la mer Caspienne et de la mer Noire, et une autre relativement mineure au sud de ces mêmes mers. Ce qui mérite cependant d'être noté, dans le schéma de Nichols, c'est qu'il y est seulement question de propagation de langage, et non de migration de peuple. Si une telle position dispense son auteur de produire également des preuves dans le domaine de la culture matérielle, l'hypothèse selon laquelle un langage peut se répandre de région en région sans impliquer ceux qui le transmettent, c'est à dire les gens eux-mêmes, reste à prouver de façon convaincante. De plus, le schéma de Sogdiane ne s'accorde pas avec le schéma normatif, dans lequel la propagation se fait du centre vers la périphérie, de la même façon que se propagent les ondes créées par un objet jeté à la surface d'une eau immobile. Dans la thèse de Sogdiane, on est en droit de se demander : « Pourquoi n'y a-t-il pas eu de mouvement vers l'est ? » La question requiert une étude approfondie, mais on pourrait provisoirement répondre que s'il y a obstruction d'un côté, disons le mur du réservoir d'eau, situé à proximité du point d'où partent les ondes, l'obstacle ne laissera pas les ondes s'étendre de ce côté-là. La très forte présence d'un langage totalement différent, à la fois dans le contenu lexical et le fonctionnement structurel, a pu jouer le rôle d'un tampon empêchant la pénétration du langage indo-européen vers l'est. Le schéma de Nichols, qui n'a été présenté que récemment, doit encore être pleinement évalué par les linguistes. En tout cas, il n'a pas donné lieu jusqu'ici à des réfutations notables.

     Dans les lignes précédentes, nous avons évoqué la « kurganisation » de trois des quatre thèses, celles qui se réfèrent à l'Anatolie, au Caucase, et aux steppes de Russie. Comme nous l'avons déjà dit, celle de Sogdane a encore à subir l'épreuve de tests rigoureux. Nous avons pu remarquer aussi que dans le cas des thèses mentionnées, un partisan se heurte au moins à une demi-douzaine d'opposants (afin de ne pas allonger cette étude, qui doit être présentée en trente minutes maximum, je n'ai retenu qu'un ou deux exemples pour chaque cas). Il émerge de ces controverses un point très intéressant, à savoir que la dispute n'oppose pas seulement les archéologues et les linguistes, dont chacun met en avant la supériorité de sa propre discipline, mais également les archéologues entre eux, aussi bien que les linguistes, ce qui montre qu'il n'y a pas deux spécialistes d'une même discipline qui voient les choses du même œil. Désabusé par cet état de fait, Mallory (1989) a très justement observé : « On ne se demande pas : Où est le pays d'origine des Indo-Européens ?, mais plutôt : Où le placent-ils mainte-nant ?” » (C'est moi qui souligne).

 




Le Nord-Ouest de l'Asie du Sud

     En ce qui me concerne, je n'aimerais pourtant pas que l'on abandonne les recherches, et je voudrais seulement indiquer vers quelle région les diriger maintenant. Décrivons un cercle complet et essayons la thèse de l'origine indienne, qui a été proposée à la fin du 18ème siècle, mais n'a pas tenu la route. Je suis bien conscient du tollé immédiat que va susciter cette suggestion, mais pourquoi être allergique à l'idée en elle-même ? Il existe une bonne raison pour examiner de nouveau cette proposition : à cette époque-là, on ne possédait absolument aucune donnée archéologique en provenance du Nord-Ouest de l'Asie du Sud, alors que nous en avons une abondance aujourd'hui. Qu'on me permette aussi de préciser clairement que ce que je voudrais soumettre à un réexamen, c'est la région Nord-Ouest de l'Asie du Sud dans son ensemble, et pas seulement ce qui constitue aujourd'hui le Nord-Ouest de l'Inde. Soulignons également que les frontières politiques actuelles n'existaient pas à l'époque dont il est ici question.
     Les fouilles réalisées à Mehrgarh (Jarrige) ont apporté la preuve que la partie nord-ouest du sous-continent indien avait atteint un stade néolithique, c'est-à-dire agricole, dès le septième millénaire av. J.-C. Ici, il faut également souligner que le complexe néolithique de Mehrgarh présente une opposition notable avec celui de l'Asie occidentale. Par exemple, alors que dans l'Asie occidentale néolithique on note une présence dominante des moutons et des chèvres parmi les animaux domestiqués et du blé parmi les céréales cultivées, dans le contexte de Mehrgarh, ce sont les bovins qui l'emportaient sur les autres animaux et l'orge sur les autres céréales. Ainsi, le néolithique de Mehrgarh a sa propre identité, et n'a pas de relation générique avec son équivalent d'Asie occidentale. En d'autres mots, les habitants de Mehrgahr étaient « les fils du terroir ».
     En outre, depuis le chalcolithique, qui est l'échelon suivant, jusqu'aux stades ultérieurs, il existe une continuité qui nous mène, à travers diverses étapes évolutives, jusqu'à la première période harappéenne, d'où a émergé la civilisation d'Harappa proprement dite, vers le milieu du 3ème millénaire av. J.-C. Là aussi, après une étude approfondie de résidus de squelettes humains, Hemphill et ses collègues (1991), ont montré qu'il existait une continuité biologique qui s'étend de 4500 à 800 av. J-C. Nous pouvons donc nous poser la question suivante : « Quelle langue parlaient ces peuples du chalcoli-thique ? » Bien que l'écriture d'Harappa n'ait pas encore été déchiffrée, en dépit de tant d'affirmations, il nous reste une autre façon d'aborder le problème.
     Le Rig-Véda nous apprend que la Saraswati était un fleuve puissant, qui coulait des montagnes vers la mer (Rig-Véda, 7.95 .2). Elle s'assécha vers l'époque du Panchvimsa Brahmana (XXV.10.16). Quand cet assèchement de la Saraswati a-t-il eu lieu ? La réponse a été fournie par les fouilles effectuées à Kalibangan, qui se dressait autrefois sur la rive de la Saraswati, et est aujourd'hui connue sous le nom de Ghaggar. La datation au carbone 14 montre que les installations de la grande époque harappéenne ont dû être abandonnées aux alentours de 2000-1900 av J.-C. Et, comme l'indiquent les témoignages hydrologiques, cet abandon est dû à l'assèchement de la Saraswati. Ce dernier fait a été clairement établi grâce au travail de Raikes, un hydrologue italien, et de ses collaborateurs indiens. De façon hautement significative, Raikes (1968) a intitulé son article : « Kalibangan : une mort due à des causes naturelles ». Ainsi, une étude approfondie des témoignages littéraires, archéologiques et hydrologiques, ajoutés à ceux du carbone 14, prouve dûment que le Rig-Véda (qui, rappelons-le, parle de la Saraswati comme d'un fleuve puissant), remonte à une date antérieure au deuxième millénaire av J.C. Mais de combien de siècles, voilà ce qu'il est impossible de savoir.
     Nous devons maintenant prendre en considération le témoignage géographique fourni par le Rig-Véda lui-même. Le célèbre hymne Nadi-stuti (Rig-Véda 10.75.5-6) fait référence aux rivières alors connues, dans un ordre sériel qui va de l'est à l'ouest, en commençant par le Gange pour terminer par l'Indus et ses affluents occidentaux, tels que le Kabul et le Kurram, englobant aussi l'Est de l'Afghanistan. On peut maintenant se poser une autre question : quelle culture/civilisation archéologique y avait-il dans cette région-là durant la période qui a précédé 2000 av. J.-C. ? L'incontournable réponse sera forcément : la civilisation d'Harappa. En d'autres termes, toutes les preuves indirectes indiquent une corrélation entre les Védas et la civilisation d'Harappa. Cependant, le sceau final ne pourra être apposé sur cette affaire que lorsque l'écriture d'Harappa aura été convenablement déchiffrée. Le manque de temps m'empêche de faire état ici des diverses objections élevées contre l'assimilation des Védas et de la civilisation harappéenne. J'ai traité ce sujet de façon exhaustive dans l'ouvrage que je viens de publier, « The Sarasvati Flows On » (La Saraswati coule encore).
     Si l'on rassemble les divers éléments de ce puzzle, sa signification apparaît : si les Védas représentent l'équivalent littéraire de l'ensemble archéologique d'Harappa le peuple d'Harappa parlait une langue appelée le sanscrit. Et puisque la culture d'Harappa plonge ses racines au moins jusqu'au 5ème millénaire av. J.-C., cela signifierait que les « sanscritophones » étaient déjà dans la région à cette époque. De plus, s'ils n'avaient pas été les habitants originels de la région, on en aurait trouvé la preuve sous forme d'un substrat linguistique, que nous ne possédons absolument pas. La présence de quelques mots dravidiens dans les Védas peut s'expliquer par un adstrat, pas nécessairement par un substrat. Comme l'auteur l'a expliqué ailleurs (dans la presse), le peuple d'Harappa s'est trouvé en contact latéral avec le peuple néolithique du Sud qui, selon toute probabilité, parlait le dravidien.
     Considérons maintenant un autre témoignage important. L'inscription de Boghaz Kuei, qui date du 14ème siècle av. J.-C., fait référence à Indra, Mitra, Nasatya et Varuna, en tant que témoins d'un traité passé entre le roi de Mitanni, Matiwaza, et le roi hittite Suppiluliuma. On trouve un autre témoignage encore dans un texte sur l'entraînement des chevaux, qui use de termes typiquement sanscrits comme ekavartana, trivartana, etc… En outre, on rencontre beaucoup de noms indiens dans la région, qui remontent aux alentours du 17ème siècle av. J.-C. Après un examen approfondi de l'ensemble des témoignages, un spécialiste de renom, T. Burrow, est arrivé à la conclusion que « les Aryens apparaissent à Mitanni à partir de 1500 av. J.-C. en tant que dynastie dirigeante, ce qui signifie qu'ils ont dû pénétrer dans le pays en conquérants. » Si tel est le cas, d'où ces conquérants pouvaient-ils venir ? Autour de 1500 av. J-C., il n'y avait qu'un seul pays au monde où les dieux mentionnés ci-dessus étaient vénérés : l'Inde. (Comme nous l'avons montré plus haut, le Rig-Véda remonte au moins à 2000 av. J.-C., si ce n'est plus tôt). Si l'on fait le rapport, il est clair que les envahisseurs de l'Anatolie ne pouvaient venir d'aucune autre région que l'Inde. Ce mouvement a dû se faire le long de la ceinture qui s'étend au sud de la Mer Noire et de la mer Caspienne.
     Le schéma ci-dessus n'est pas si différent de celui de Nichols. Le déplacement du « pays d'origine » de Sogdiane à quelques centaines de kilomètres vers le sud – c'est-à-dire la région comprise entre l'Est de l'Afghanistan, le Pakistan et le Nord-Ouest de l'Inde ne devrait heurter personne, puisque les témoignages archéologiques et littéraires en provenance de cette région sont plus irréfutables que ceux de Sogdiane.
     L'auteur accueillera avec gratitude tous les commentaires qui pourront être faits sur son hypothèse.

Pr B.B.LAL

(Directeur General (Retd.), Archaeological Survey of India)



 

     
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