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LA LITTÉRATURE VÉDIQUE ET LA DÉCOUVERTE

DU GOLFE DE CAMBAY

Par David Frawley

 

Traduction de l'article « Vedic literature and the Gulf of Cambay discovery »
de David Frawley paru dans le journal « The Hindu »

 

     La récente découverte, dans le golfe de Cambay, d'une cité submergée d'une époque aussi ancienne, peut-être, que 7500 av. J.-C., permet de mettre en lumière l'existence de foyers de civilisation de l'Inde ancienne, au sud. La découverte du golfe de Cambay est la dernière en date d'une série qui comprend Lothal (S.R. Rao), Dholavira (R.S. Bhist) ainsi que d'autres au Goujarat. Ces découvertes ont repoussé la limite des centres de l'ancienne civilisation de l'Inde plus au sud de la péninsule. Nous ne serions pas surpris si d'autres sites de ce genre étaient trouvés dans l'Inde du Sud, spécialement dans les régions côtières, car le Sud a toujours joué un rôle important, bien que négligé, dans l'Inde ancienne, ce rôle remontant aux temps védiques.
     J'ai présenté des arguments en faveur d'une telle origine côtière de la civilisation védique dans mon dernier livre : « Rig-Veda and the History of India » [Le Rig-Véda et l'Histoire de l'Inde], arguments qui se fondent sur le caractère océanique du symbolisme védique selon lequel les principaux dieux du Rig-Véda, ainsi que les Rishis, ont des liens étroits avec Samoudra, la mer. Par le fait, l'image de l'océan imprègne le Rig-Véda entièrement. Malheureusement de nombreux érudits qui opinent sur l'Inde ancienne se soucient rarement d'étudier les Védas dans l'original sanscrit, peu d'entre eux connaissant suffisamment cette langue. Le résultat s'ensuivant est que leur interprétation de la littérature védique reste souvent erronée, car elle se fie à des assertions du dix-neuvième siècle, dépassées et inappropriées telle l'idée que les peuples védiques n'ont jamais connu la mer !



Preuves littéraires

     Le Rig-Véda dit que « Tous les hymnes louent Indra qui est aussi vaste que la mer. » (R.V.I.II-1) « Agni porte l'océan comme son vêtement. » (R.V. VII.102-4.6) On appelle le soleil « océan » (R.V. V.47-3) Soma est appelé « le premier océan » (R.V. IX-86.29) ; Varuna est spécifiquement un dieu de la mer (R.VI.161-4). Ce ne sont là que quelques exemples pris parmi bien plus d'une centaine de références à Samoudra dans le seul Rig-Véda, y compris des références à deux, quatre ou de nombreux océans (R.V. VI.50-13). Nous avons là la poésie d'un peuple intimement associé à la mer et non de quelques nomades venant des terres intérieures d'Asie centrale ou d'Eurasie.
     Les familles de voyants védiques, tels les Bhrigous, sont des descendants de Varouna le Dieu de la mer puisque le premier Bhrigou est appelé « Bhrigou Varouni » : Bhrigou, le fils de Varouna. L'enseignement de Varouna à Bhrigou se trouve dans le Taitttiriya Oupanishad et dans la tradition de Taittiriya du Yajour Véda, qui est depuis longtemps très populaire dans l'Inde du Sud. La récente découverte dans le golfe de Cambay se situe près de Barouch ou Bhrigou Kachchha, célèbre cité ancienne de ces mêmes Bhrigous.
     Ces références à l'océan s'étendent aux hymnes d'autres importants Rishis : dans le Rig-Véda, 25 hymnes du premier livre sont attribués à Agastya, qui devint le principal rishi du Sud de l'Inde. Il est également mentionné dans d'autres livres. Agastya est le frère aîné de Vasistha auquel on attribue le plus grand nombre d'hymnes (une centaine environ) du septième livre. Il est dit que ces deux rishis sont nés dans un pot, ou Khumba, ce qui peut être aussi bien un récipient qu'un bateau (R.V. VII.33.10-13). Vasistha est en connection spécifique avec Varouna dont il est dit qu'il a voyagé en bateau sur la mer (R.V. VII.88.4-5). Vasistha et Agastya sont tous deux des descendants de Mitra ainsi que de Varouna, le Dieu de la mer.
     Dans le Rig-Véda, Vishwamitra mentionne le sage Poulasti – qui est considéré comme l'ancêtre de Ravana et de Koubera, – dont la cité, Poulasti-poura se situait dans l'ancienne Sri Lanka. Poulasti est mentionné aux côtés de Jamadagni, autre sage qu'on rencontre communément dans le Rig-Véda et père de Parshourama ; Parshourama était la sixième incarnation du Dieu Vishnou, (précédant Rama et Krishna) et son champ d'action était le sud de l'Inde.
     Manou lui-même, premier sage et roi védique, est un personnage du déluge et les Anguiras, qui forment une autre famille importante de voyants avec les Bhrigous, se joignent à lui dans son bateau selon la mythologie pouranique. Il est dit que Indra a rendu gloire à certains peuples du Sud comme les Yadous et les Tourvashas (R.V.X. 49-8), mentionnés un grand nombre de fois dans le Rig-Véda et connus comme de grands peuples védiques. Nous avons donc des preuves littéraires abondantes de l'interaction des voyants védiques et des familles royales avec l'océan et les régions méridionales.
     Le site de Cambay se situe dans l'ancien delta de la rivière Sarasvatî. Celle-ci, maintenant asséchée, avait un bras qui passait dans le golfe de Cambay, et cela corrobore le fait que ce site faisait partie intégrante de la grande culture de la rivière Sarasvatî dont le lit abritait les principaux emplacements des cités d'Harappa à la période comprise entre 3300 et 1900 av. J.-C. Un front marin de cette ampleur était déterminant pour le commerce maritime des régions intérieures du Nord. À ce sujet, il est dit que des rois éminents de l'époque védique, comme Soudas, recevaient des hommages en provenance de la mer (R.V. I.47.6).
     Lorsque les Grecs, guidés par Alexandre sont venus en Inde au quatrième siècle av. J.-C., Mégasthènes mentionne dans son Indika (dont certains fragments trouvent trace dans plusieurs écrits grecs) que les Indiens (Hindous) comptaient 153 rois dont les règnes remontaient à plus de 6400 ans (montrant ainsi que les Hindous étaient conscients de l'ancienneté de leur culture déjà à cette époque). Ce qui nous ramène à 6700 av. J.-C, date que le site de Cambay pourrait bien corroborer puisqu'il a été, provisoirement, situé à 7500 av. J.-C. Ainsi l'ancienne liste védique-pouranique de rois n'est peut-être pas si loin après tout !



Preuves matérielles

     Quelques érudits, parmi lesquels Witzel aux États-Unis, essaient encore, en dépit de si énormes preuves telles que la corrélation entre la rivière Sarasvatî et la littérature védique – de séparer l'Inde de sa culture védique attribuant celle-ci à un peuple nomade en grande partie illettré venu du Nord-Ouest du pays à l'époque post-harappéenne (donc après 1500 après J.-C.). Faisant abstraction de toutes les autres preuves qui relient les cultures védiques et harappéennes, ils soulignent l'importance du cheval dans le Rig-Véda, et soutiennent a contrario que la présence de chevaux dans les sites harappéens est trop peu évidente pour prouver le lien avec la culture védique. Ils ont recours à ce seul argument pour écarter toute preuve du contraire.
     Il est à noter que ces tenants de la théorie de l'invasion (« invasionistes » ou « migrationistes ») n'ont cependant pas davantage, sinon moins, de preuves de la présence du cheval pour étayer leur propre théorie : Il n'y a pas de traces d'ossements ou de campement de chevaux en Inde antique, qui englobe l'Afghanistan, durant la période qui s'étend de 1500 à 1000 ans av. J.-C. qui puissent être utilisées en faveur de leur théorie d'intrusion aryenne. En fait aucune preuve solide n'existe d'un tel mouvement de populations sous quelque forme que ce soit, qu'il s'agisse de camps, de restes osseux ou autre.
     Ceux qui prétendent que la culture védique doit avoir pour origine une région extérieure à l'Inde, à cause de ses louanges au cheval, manquent bien davantage de preuves. Le vrai problème n'est pas : « pas de chevaux à Harappa » mais plutôt : « pas de trace de cheval, de fait aucune évidence d'aucune sorte qui prouverait quelque migration ou invasion Aryenne ». Il a été démontré de façon convaincante que ce que le Rig-Véda décrit comme un cheval à dix-sept côtes (R.V. I.162.18) appartient en fait à une race indienne, et ne provient pas d'Asie centrale ou d'Eurasie dont les races sont dotées de dix-huit côtes.
     Le Rig-Véda mentionne de nombreux animaux indiens tel le buffle (Mahisha) qui est connu comme le principal animal sacré de Soma (R.V.IX.96.6) et apparaît régulièrement sur les cachets de Harappa. Le taureau (Vrisha, Vrishabha), autre figure commune de Harappa, est l'animal attribué à Indra, le plus important des dieux védiques. L'éléphant est de surcroît mentionné.
     De toutes façons, la plupart des animaux représentés sur les cachets de Harappa sont des animaux mythiques et non ceux d'espèces zoologiques. Le plus commun d'entre eux est un animal unicorne qui se retrouve dans le sanglier unicorne ou bien Varaha du Mahabharata, incarnation du Dieu Vishnou. De nombreuses autres images « Harappa » représentent des animaux à têtes multiples ou des créatures mi-humaines, mi-animales, comme par exemple, les sceaux représentant un animal ressemblant à un buffle à trois têtes ; un animal semblable est dépeint dans le Rig-Véda (III.56.6).



Un paravent

     La question du cheval sert en fait de paravent à ceux qui ne veulent pas regarder en face les faits concernant la Sarasvatî et les nouvelles découvertes de sites archéologiques, pourtant nombreux, en Inde. Ces derniers ne montrent aucune discontinuité, – qu'une invasion/immigration exigerait, – dans la civilisation de la région incluant l'existence d'autels dédiés au feu et du culte du feu depuis la plus ancienne période harappéenne. Les littératures védique et pouranique elles-mêmes témoignent du déplacement du foyer de la culture de la région de la Sarasvatî à celle du Gange à la fin de la période védique et font référence à l'assèchement de la rivière Sarasvatî. Des érudits, comme Witzel, prétendent que le peuple védique est arrivé en Inde après la disparition de la Sarasvatî et pourtant a fait de celle-ci sa patrie et sa région la plus sacrée !
     La littérature védique est cependant le plus vaste témoignage du monde antique préservé jusqu'à nos jours, éclipsant par sa taille tout ce qu'ont pu laisser d'autres cultures telles que celles de la Grèce, de l'Égypte ou de Babylone. La civilisation urbaine de Harappa et de la Sarasvatî en Inde était de loin la plus vaste en son temps (3100-1900 av. J.-C.) et s'étendait du Punjab au Kachchh [Koutch]. Ces deux grandes civilisation et littérature ne peuvent plus être séparées, a fortiori parce qu'elles sont toutes deux basées sur la rivière Sarasvatî dont l'existence historique dans la période qui précède 1900 avant J.C. est confirmée par de nombreuses études géologiques. Cette vaste littérature védique ne peut s'expliquer que par sa contrepartie, une vaste culture urbaine ; de même que la grandeur de la culture urbaine harappéene ne s'explique que par sa littérature. Elles proviennent toutes deux de la même région et ne peuvent être dissociées.
     En dernier lieu, il est attristant de voir avec quel empressement les intellectuels indiens dénigrent l'étendue et l'ancienneté de leur histoire, malgré la limpidité des preuves géologiques comme celle de la Sarasvatî, ou archéologiques comme celles des sites de Harappa et de Cambay. De quelque façon que celles-ci soient interprétées, le fait que la civilisation de l'Inde soit ancienne et profonde ne peut plus être ignoré. Je ne crois pas que quelque autre nation sur terre pourrait réagir d'une manière aussi négative si de telles splendeurs antiques étaient découvertes sur son territoire.

David Frawley


(David Frawley est un chercheur américain, érudit des Védas, spécialiste de l'Inde ancienne et de ses problèmes actuels.)



 

     
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