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L'idée
de patrie ne peut naître que dans un groupe social qui |
Il faut espérer qu'un jour l'histoire
de l'indépendance indienne sera entièrement réécrite.
Car en fait, ce qui est enseigné aujourd'hui, à la fois
en Inde et en Occident, c'est souvent l'histoire du superficiel,
de l'apparent, du mensonger même. Et ce sont fréquemment
ceux qui ont contribué le moins à l'indépendance
de l'Inde ou pire, ceux qui sont en partie responsables de ses
terribles traumatismes qui occupent les places d'honneur, alors
que les hommes qui avaient la vision d'une réelle indépendance
ont été oubliés par les historiens.
L'histoire officielle veut nous faire
croire que le mouvement pour l'indépendance indienne commença
avec le Congrès national indien. Mais en fait, le Congrès
fut créé par les Anglais afin de mieux contrôler
les Indiens. C'est en effet un Britannique, A.O. Hume, qui fonde le
Congrès en 1885, avec le but « de permettre à
tous ceux qui travaillent pour le bien national [britannique] de se
rencontrer, de discuter et de décider des opérations politiques
à mener pendant l'année. » Et jusqu'à
la fin du 19e siècle, le Congrès considérera l'empire
britannique en Inde comme « une prescription divine »
et se contentera de critiquer modérément le Gouvernement,
tout en réaffirmant sa loyauté à la Couronne « et
sa foi dans le libéralisme et le sens inné de justice
des Anglais. »
C'est ainsi que pendant longtemps les
Britanniques traitèrent le Congrès avec indulgence et
l'utilisèrent pour justifier la continuation de leur occupation
en Inde. Mais très vite, bien évidemment, cette attitude
se mua en méfiance, puis en une hostilité grandissante
lorsque le Congrès, réalisant sa bêtise, se tourna
vers une agitation constitutionnelle pour obtenir du parlement anglais
quelques lois favorables aux Indiens. Les Anglais jetèrent bien
quelques miettes ici et là, telle la nomination de Lord Sinha
au Conseil Exécutif du Gouverneur. Mais cela ne changea pas grand
chose, car Lord Sinha, trop heureux de sa position, se contenta de singer
ses maîtres.
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Les premiers Indiens
qui adhérèrent au Congrès avaient été
pour la plupart éduqués en Angleterre et s'en étaient
retournés dans leur pays imbus d'un libéralisme anglo-saxon,
saupoudré de marxisme. « Ainsi, écrit Alain
Daniélou, s'expliquent les principaux caractères du mouvement
appelé Congrès national indien, révolte non pas
des masses indiennes, des princes ou des lettrés traditionalistes,
mais d'une minorité anglicisée, à qui l'on refusait
l'égalité hors de l'Angleterre. » [1]
Cette minorité anglicisée était le fruit de la
politique britannique abordée dans le chapitre précédent,
qui consistait à former une petite élite indienne destinée
à servir aux niveaux intermédiaires de la bureaucratie
du Raj. C'est ainsi que non seulement les leaders du Congrès
étaient « modérés »
et c'est d'ailleurs ainsi qu'on les appellera mais ils étaient
surtout en grande partie coupés de la réalité indienne,
de son génie ancestral et de la grandeur de son peuple rural.
Et c'est pourquoi ils devinrent les plus farouches ennemis de l'hindouisme
ainsi que leurs descendants continuent à l'être
aujourd'hui. Du coup, la masse rurale de l'Inde, profondément
hindoue, avait du mal à s'identifier avec ces leaders du Congrès,
modérés et occidentalisés. « Le
caractère non-indien de l'idéologie du Congrès
provoqua l'hostilité de larges sections de la population, entre
autres des mahrattes, [du Maharashtra, dont la capitale est Bombay],
fiers de leur tradition religieuse et politique, et des musulmans, peu
intéressés par la culture occidentale », [2]
considère Alain Daniélou. Le Congrès incita alors
à la création de mouvements hindous « réformés »,
tels l'Arya Samaj, ou le Brahma Samaj, à travers
lesquels il pouvait attaquer l'hindouisme sous prétexte de le
transformer, ce qui est parfaitement acceptable pour les hindous, qui
ont toujours toléré au sein de leur religion des mouvements
divergents. « Le Congrès encouragea
des organisations culturelles qui s'inspiraient de l' idéalisme
anglo-saxon, pittoresquement déguisé sous des oripeaux
indiens. La principale de ces organisation fut le Visva-Bharati, une
école créée par Rabindranath Tagore à Shantinitekan
au Bengale. » [3] Tagore, prix Nobel
de littérature en 1913, était un disciple de Tolstoï,
un ami de Romain Rolland et un poète d'une étonnante diversité.
Mais il était profondément hostile à tout ce qui
représentait l'hindouisme traditionnel et son uvre reste
peu connue des masses indiennes en dehors du Bengale. Ce sont ces chefs
du Congrès des premières années qui initièrent
le lent mais impitoyable anéantissement de la société
hindoue. Les premiers gouvernements du Congrès qui furent instaurés
en 1937 s'empressèrent de copier le système éducatif,
culturel et politique britannique. Du coup, continue Daniélou,
« Peu à peu se formèrent des mouvements culturels
et politiques pour défendre la culture traditionnelle, la religion
et la structure de la société hindoue. Le
premier fut l'Hindu Mahasabha qui avait pour fin de contrebalancer
l'influence de la Ligue musulmane. Puis, vers 1940, prit naissance,
sous la direction d'un moine hindou d'une extraordinaire culture et
intelligence, Swamy Karpatri, d'abord un mouvement culturel, le Dharma
Sangha, puis un mouvement politique, le Jana Sangha, qui
constitue encore aujourd'hui la principale opposition à la politique
d'occidentalisation culturelle du gouvernement indien. » [4]
Le Congrès, dont la plupart des journaux étaient de langue
anglaise, présenta ces partis hindous comme barbares, fanatiques,
ridicules ; et la presse britannique eut beau jeu de reprendre les propos
de ses « confrères » indiens. Aujourd'hui,
rien n'a vraiment changé : les journaux indiens de langue anglaise
continuent de « croquer » du hindou (fondamentalistes,
nazis, racistes), fidèlement copiés en cela par les correspondants
occidentaux, qui à leur arrivée en poste se tournent spontanément
vers leurs confrères indiens pour comprendre ce pays si compliqué
et contradictoire. Il fut ainsi facile de convaincre les Anglais que
lorsqu'ils partiraient, il devraient transférer le pouvoir au
respectable Congrès (après tout, nous sommes tous des
gentlemen), même s'il ne constituait qu'une toute petite minorité
occidentalisée, alors que l'immense majorité hindoue serait
privée de ses droits. Le Congrès se radicalisa finalement,
lorsque en 1942, Mahatma Gandhi, au nom du principe sacré de
non-violence, décida que l'Inde ne participerait pas à
l'effort de guerre britannique contre les forces de l'Axe. Du coup,
les Anglais déclarèrent le Congrès illégal,
emprisonnèrent la plupart de ses leaders et initièrent
une politique de répression. Aujourd'hui on a fait des saints
de ces militants (freedom fighters) du Congrès. Mais en fait,
ils n'allèrent pas en prison pour l'indépendance de leur
pays, mais tout simplement parce que Gandhi refusait de combattre le
monstre nazi, ainsi que le dragon japonais, qui était alors aux
portes de l'Inde.
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Mais
alors, qu'est-ce donc que le vrai nationalisme ? Qui furent les véritables
révolutionnaires de l'indépendance indienne, ceux qui
avaient la vision du génie de l'Inde et qui voulaient qu'elle
retrouve sa splendeur d'antan ? Le nationalisme indien diffère
du nôtre, car en Occident, qui dit nationalisme, dit mouvements
révolutionnaires gérés par la seule force de l'intellect
et le pouvoir des armes. Mais la grandeur de l'Inde a toujours été
sa spiritualité ; sa force a toujours été fondée
sur le pouvoir de son esprit. Et ce n'est pas seulement les kshatriya,
les guerriers, qui tiraient leur vitalité et leur héroïsme
de cette source, mais aussi les brahmanes, les vaishyas et même
les shoudras. C'est ainsi qu'en Inde, le mouvement nationaliste,
le réveil de l'âme de l'Inde, commença à
la source, c'est-à-dire dans son Esprit même.
Quelquefois, l'âme d'une nation
prédomine dans une région, ou au sein d'une culture particulière.
En Inde, les meilleurs poètes, les philosophes d'exception et
les grands mystiques ont souvent été originaires du Bengale.
C'est le Bengale qui fut à l'avant- garde du tout premier mouvement
nationaliste en Inde. Ce fut cet état de l'Est de l'Inde qui
sonna le premier la trompette de la renaissance culturelle et spirituelle
indienne. C'est ainsi que naquit au Bengale un homme qui ne savait ni
lire ni écrire, un homme que les Britanniques ou les Indiens
occidentalisés considéraient comme totalement insignifiant.
Mais la force intérieure de cet homme était si grande,
la vérité qu'il irradiait si puissante, que toute l'Inde
accourut pour le rencontrer : lettrés, analphabètes, pauvres
et riches, brahmanes et shoudras se rendaient jusqu'au temple
de Dakshineshwar, près de Calcutta, et se prosternaient aux pieds
de Shri Ramakrishna, un des plus grands sages du siècle dernier.
En apparence, la présence de Ramakrishna à ce moment crucial
de l'histoire de l'Inde n'a aucune relation avec le mouvement d'indépendance.
Mais pour de nombreux nationalistes, elle était cruciale : « La
rédemption de l'Inde, le travail titanique pour la sortir de
son sommeil léthargique avaient commencé »,
écrit Nolini Kanta Gupta, un des premiers révolutionnaires
indiens. Plus tard Narendranath Dutta, plus connu sous le nom de Swamy
Vivekananda, Bengali lui aussi et disciple favori de Ramakrishna, formula
les grandes lignes du renouveau nationaliste et spirituel de son pays.
« Toute révolution en Inde exige d'abord une préparation
spirituelle. Avant d'inonder notre nation d'idées socialistes,
imprégnez-la de concepts spirituels. La première tâche
qui nous attend donc, c'est d'extraire les grandes vérités
contenues dans nos écritures sacrées, de les sortir de
leurs monastères, de les arracher des forêts où
se réfugient nos sannyasins, de les extirper des curs des
sages et de les répandre sur notre terre, afin qu'elles se propagent
comme un feu de prairie du nord au sud, de l'est à l'ouest, des
Himalayas au cap Comorin, du Sindh au Brahmapoutre. » C'est
lui encore qui se rendit au Congrès des Religions de Chicago
en 1900 et fit connaître pour la première fois l'hindouisme
au monde avec passion et raison : « Toute nation doit se
donner si elle veut survivre, car lorsque vous donnez la vie, vous la
recevez en échange. Et le cadeau de l'Inde
au monde, c'est sa philosophie, sa sagesse et sa spiritualité.
Mais jamais nous n'avons piétiné les autres, jamais nous
n'avons conquis par le sang. La spiritualité ne s'exporte pas
dans la violence, mais sur les ailes de la paix et de l'amour. »
[5] Puis sa propre disciple, Sur Nivedita,
une Irlandaise qui se prit d'amour pour l'Inde, continua son travail
en contribuant à améliorer la condition de la femme en
Inde et participa même à la lutte pour l'indépendance.
Quel scandale : une Britannique qui n'était pas une modérée,
alors que la plupart des Indiens refusaient le radicalisme indispensable
à tout mouvement de libération !
Mais l'homme qui fut le vrai visionnaire
d'une Inde indépendante, l'homme qui travailla le plus pour sa
libération, l'homme qui fut aussi un grand poète, un philosophe
hors pair et un yogi, a été oublié par l'histoire.
Cet homme, bien sûr, s'appelait Sri Aurobindo. Après son
retour en Inde, il se mit d'abord au service du Maharajah de Baroda,
puis commença vers 1893 à écrire une série
d'articles politiques pour des journaux marathis (langue du Maharashtra)
et anglais de Bombay, articles qui firent sensation dans une Inde tombée
dans la plus profonde léthargie : « Du
Congrès donc, je dis ceci : que ses buts sont erronés,
que l'esprit dans lequel il travaille à leur réalisation
n'est pas un esprit de sincérité et d'entière dévotion,
que les méthodes qu'il a adoptées ne sont pas les bonnes
méthodes et que les chefs en qui il met sa confiance ne sont
pas des hommes faits pour être des chefs bref, que nous
sommes pour le moment des aveugles conduits, sinon par des aveugles,
du moins par des borgnes. » [6] À
partir de 1900, Sri Aurobindo réalisa que la résistance
passive, l'agitation constitutionnelle que le Congrès avait adoptées,
ne constituaient pas le meilleur moyen d'atteindre l'indépendance
indienne. Il redécouvrit alors le sens caché de la Bhagavad
Gita, le texte le plus sacré de l'hindouisme : la violence est
parfois nécessaire, si elle découle du dharma,
du devoir. Et le dharma du moment, c'était la libération
de l'Inde. C'est ainsi qu'il commença à contacter les
quelques groupes révolutionnaires qui existaient au Maharashtra
et au Bengale, pour tenter de coordonner leurs actions. Il est important
de se rappeler qu'à ce moment-là (et en fait jusqu'à
l'indépendance) la violence en Inde contre les Britanniques n'était
pas organisée et était le seul fait de quelques individus,
ou bien du soudain emportement d'une foule en colère.
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Sri
Aurobindo forma donc au Bengale avec Sur Nivedita et deux autres
amis, le premier concile révolutionnaire secret ayant pour but
« de bouter les Britanniques hors des Indes ».
Mais cette action, même si elle pouvait mener à la violence,
était doublée d'une vision intérieure : « Alors
que d'autres voient leur pays comme une masse inerte de matière
quelques champs et prairies, des forêts, des collines et
des rivières c'est la Mère que je vois en lui.
Je l'adore, je le révère comme la Mère. Et un fils,
que ferait-il, s'il voyait un démon assis sur la poitrine de
sa mère et s'apprêtant à boire son sang ? Je sais
que j'ai la force de délivrer cette race déchue ; il ne
s'agit pas de force physique je ne vais pas combattre avec l'épée
ou le fusil, mais de la connaissance. » [7]
En 1905, le terrible Lord Curzon, Vice-roi
des Indes, divisa le Bengale en deux. Cette partition avait pour but
de briser l'agitation politique qui prenait naissance au Bengale et
se servir de la partie orientale de cet état, qui était
peuplée en majorité de musulmans, pour les dresser contre
les hindous, une politique qui mena à la partition de 1947 (le
Bengale musulman deviendra d'abord le Pakistan oriental, puis le Bangladesh).
Le Bengale répondit à cette division par des protestations
phénoménales et spontanées, auxquelles prirent
part des personnalités comme Rabindranath Tagore. Sri Aurobindo
et d'autres révolutionnaires, tels G. Tilak et Bepin Chandra
Pal, lancèrent alors le mouvement swadeshi, qui consistait
à boycotter tous les produits en provenance d'Angleterre, mouvement
qui prit rapidement de l'ampleur. C'est à ce moment-là
que B.C. Pal lança son fameux quotidien Bande Mataram.
Sri Aurobindo commença à y contribuer par des articles
et en devint rapidement le rédacteur en chef. Et jour après
jour, il essaya d'insuffler feu et courage à ses compatriotes.
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Qu'était
donc le vrai nationalisme pour Sri Aurobindo ? « Ce n'est
pas un programme politique, c'est une religion que vous devez vivre
à chaque minute
Si vous voulez devenir nationaliste, il
va falloir que vous communiez avec cette religion qu'est le nationalisme.
Vous devez être les instruments pour sauver l'esprit de l'Inde
de l'obscurité et de l'humiliation. » [8]
Mais Sri Aurobindo devait aussi se battre contre les Modérés
du Congrès (qui, il faut le souligner, ne demandèrent
l'indépendance qu'en 1929, 30 ans après Sri Aurobindo),
dont il disait : « Il existe une certaine frange de l'Inde
qui considère que le nationalisme est de la folie et que cela
ruinera le pays
Voilà des hommes qui vivent uniquement
dans l'intellect. Et que pense l'intellect ? Que
la tâche que nous avons entreprise est si gigantesque, si prodigieuse,
nos moyens sont si pauvres, la résistance que nous rencontrerons
si forte, si organisée, si bien équipée avec toutes
les armes que la science lui a données, avec toute la force humaine
que l'autorité peut conférer, qu'elle en est impossible
»
[9]
Sri Aurobindo définissait
ainsi les qualités qui était exigées des futurs
leaders de l'Inde : « La politique est la tâche des
kshatriyas, et ce sont les vertus du kshatriya que nous
devons cultiver en nous, si nous voulons devenir dignes et prêts
à l'indépendance indienne. » [10]
Ou bien encore : « Ce dont l'Inde a besoin,
particulièrement à l'heure actuelle, c'est de vertus combatives,
d'un esprit d'idéalisme toujours plus élevé, d'un
esprit de hardiesse dans la création, d' intrépidité
dans la résistance et de courage dans l'attaque. »
[11] Les modérés traitèrent
Sri Aurobindo de « mystique sans importance »,
mais Lord Minto, alors Vice-roi des Indes, ne s'y trompa pas, l'appelant
« L'homme le plus dangereux que nous ayons en face de nous
en ce moment ». C'est ainsi que Sri Aurobindo fut arrêté
le 2 mai 1908, à la suite de l'assassinat manqué d'un
juge anglais par un nationaliste appartenant à la société
secrète dirigée par son frère. Sri Aurobindo passa
une année en prison, et ce fut le tournant de sa vie, car il
eut alors le temps de se consacrer à son yoga intérieur,
c'est-à-dire à sa propre réalisation spirituelle.
Lorsqu'il sortit de prison, le mouvement
nationaliste s'était pratiquement écroulé et il
entreprit de lui redonner énergie et dynamisme, lançant
deux nouveaux quotidiens : le Karmayogin en anglais, et le Dharma
en Bengali. Voici un extrait de son célèbre discours d'Uttarpara,
qu'il prononça peu de temps après sa sortie de prison
: « Une chose t'a été montrée pendant
cette année de réclusion, une chose dont tu n'étais
pas convaincu, et c'est la vérité de la religion hindoue.
C'est cette religion que je suis en train d'élever à la
face du monde, c'est elle que j'ai perfectionnée et développée
à travers les rishis (voyants), les saints et les avatars,
et voici qu'à présent elle se met en mouvement pour accomplir
mon uvre parmi les nations. Je suis en train d'élever cette
nation pour qu'elle répande ma parole. Ainsi donc, quand il est
dit que l'Inde s'élevera, c'est le Sanatana Dharma (loi
éternelle) qui s'élèvera. Quand il est dit que
l'Inde sera grande, c'est le Sanatana Dharma qui sera grand.
[...] Cette religion n'est hindoue que parce que c'est la nation hindoue
qui l'a conservée, parce que c'est dans cette péninsule
isolée par la mer et les Himalayas qu'elle a grandi, parce que
ce sont les Aryens qui ont eu la tâche de la préserver
à travers les âges sur cette terre antique et sacrée.
[...] Ce que nous appelons la religion hindoue est en réalité
la religion éternelle, car c'est la religion universelle qui
embrasse toutes les autres. Si une religion n'est pas universelle, elle
ne peut être éternelle. Une religion
étroite, sectaire, exclusive, ne peut vivre qu'un temps limité
et ne peut avoir qu'un but limité. [...] Je dis que c'est le
Sanatana Dharma qui est pour nous le nationalisme
Le Sanatana
Dharma, voilà le nationalisme. » [12]
En Février
1910, Sri Aurobindo apprit que les Anglais avaient une fois de plus
l'intention de fermer les bureaux de son journal et de l'arrêter.
Sri Aurobindo était persuadé alors que l'Inde serait libre
(ce n'était plus qu'une question de temps) et il décida
donc de se réfugier à Pondichéry, afin de continuer
son uvre yoguique. Là quelques disciples se joignirent
bientôt à lui, puis d'autres et d'autres encore, jusqu'à
ce que se forme un ashram. En quelques années, il écrit
toute son uvre philosophique : plus de trente titres, dont Savitri,
un immense poème, considéré par de nombreux poètes
comme un des plus beaux hymnes épiques jamais composés.
Il consacra le reste de sa vie à ce qu'il appela « le
yoga intégral » et « quitta son corps »
le 5 Décembre 1950. L'hindouisme donc, pour Sri Aurobindo, l'Indouisme
plutôt, le dharma, c'était l'essence même
du vrai nationalisme et cela devait constituer les bases de l'Inde future.
Malheureusement, les leaders du Congrès n'avaient pas la même
vision. Les livres d'histoire se sont souvenus de deux de ces leaders,
les plus connus : Jawaharlal Nehru et le Mahatma Gandhi.
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10.1. Jawaharlal Nehru
On
a idéalisé, romantisé Nehru et on a occulté
ses côtés d'ombre. Deux écrivains ont contribué
à cette exagération historique : le premier c'est bien
sûr Dominique Lapierre (et Larry Collins), qui dans Cette nuit
la liberté, un best-seller mondial qui continue à
se vendre par milliers d'exemplaires, a renforcé cette image
pervertie de l'Inde. Cette nuit la liberté idéalise
par ailleurs Lord Mountbatten, le dernier Vice-roi, qui fut chargé
de liquider l'empire de sa Majesté. Voici ce qu'en pense Guy
Deleury : « En 1947, l'Angleterre avait fait ses comptes.
Son économie exténuée par la guerre nazie ne lui
permettait plus aucune fantaisie, fut-ce au nom de l'orgueil impérial.
L'Inde avait été conquise et occupée pour les profits
énormes que l'industrie métropolitaine pouvait en tirer.
Elle était maintenant ruinée et aux prises avec un chaos
économique et politique qui ne pouvait qu'empirer. Il fallait
donc liquider au plus vite cette mauvaise affaire : Lord Mountbatten
en fut chargé. Contrairement à l'image aberrante que Lapierre
et Collins ont dessinée de lui... peu d'hommes ont joué
dans l'histoire un rôle aussi néfaste et avec tant de grâce.
Intoxiqué par la cautèle de Mohammed Ali Jinnah qui se
présenta à lui comme le porte-parole de tous les musulmans
de l'Inde, Mountbatten réussit à persuader les leaders
du Congrès et Nehru lui-même à la vivisection
de leur pays en deux Indes, l'une indienne, l'autre musulmane, pour
prix d'une rapide indépendance
[Ainsi]
le descendant de la reine Victoria ajouta aux nombreux millions de victimes
que la domination anglaise avait coûtés à l'Inde,
un nouveau million de cadavres comme prix de son départ. »
[13] Les amours de Nehru et de Lady Mountbatten
ont été également romancés par Catherine
Clément, qui connaît bien l'Inde, pour y avoir séjourné
pendant plusieurs années. Mais cette idylle si elle a
jamais existé est totalement anecdotique et n'a aucun
intérêt, si ce n'est que certains biographes de Mountbatten
ont chuchoté qu'il était parfaitement au courant des frasques
de sa femme avec Nehru, et qu'il les utilisa afin de mieux contrôler
le futur leader de l'Inde indépendante.
Alors, qui était donc le vrai Nehru
? « Nehru, écrit Daniélou, était la
parfaite réplique d'un certain type d'Anglais. Il employait volontiers
l'expression continental
people pour parler des Français ou des Italiens, avec
une supériorité bienveillante et amusée. Il méprisait
les Indiens non anglicisés et n'avait qu'une connaissance restreinte
et superficielle de la culture indienne. Son idéal
était le socialisme romantique du XIXe siècle anglais.
Toutefois ce socialisme tournait à vide, car il n'existait pas
de lutte des classe ni de conditions sociales analogues à celles
de l'Europe ». [14] Il faudrait ajouter
également que Nehru n'était pas un kshatriya, tel
que le concevait Sri Aurobindo, peut-être parce qu'il considérait
que la qualité essentielle d'un homme était d'être
un gentleman. C'est ainsi qu'il succomba souvent aux pressions de Gandhi
même s'il n'était pas toujours d'accord aux
exigences de Jinnah, le père du Pakistan, ainsi qu'à celles
de Anglais, en particulier donc celles de Mountbatten. Rappelez-vous
les paroles de Churchill lorsqu'il apprit la scission du Pakistan :
« Ah, tout de même : nous avons eu le dernier mot ! ».
Les Britanniques ont d'ailleurs l'habitude de laisser en cadeau de départ
à leurs anciennes colonies un effroyable pétrin. C'est
ce qu'ils ont fait en Inde, en Palestine, en Afrique. Et c'est ce qu'ils
ont tenté à Hongkong, sous prétexte de démocratie.
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10.2. Mahatma Gandhi
On a appelé Gandhi le Mahatma c'est-à-dire « grande âme ». C'était certainement un être humain tout à fait exceptionnel ; mais la philosophie de Gandhi était totalement inadaptée à l'Inde, car ses idéaux formaient un mélange de catholicisme exalté et de socialisme tolstoïen, deux qualités qui appartiennent beaucoup plus à l'Occident qu'à l'Inde. Les aspirations qu'il eut pour l'Inde non seulement n'aboutirent à rien, mais firent quelquefois un tort considérable à ce pays qu'il aimait plus que tout. Pour comprendre Gandhi, il faut donc comparer ses aspirations et les résultats qui en découlent d'aujourd'hui.
Déjà
en Afrique du Sud, après ses amères expériences
du racisme blanc (il se fit expulser d'un wagon de première classe
réservé aux blancs), il prit à cur de soulager
le sort de ses compatriotes indiens dans ce pays. Mais Gandhi fit l'erreur
de les dissocier de la communauté noire qui, après tout,
partageait la même couleur de peau. Et aujourd'hui, la congrégation
indienne, qui en grande majorité ne vota pas pour Mandela mais
pour de Klerk aux élections présidentielles de 1993, se
trouve prise en sandwich entre les Blancs qui n'acceptent pas tout à
fait les Indiens comme leurs égaux et les Noirs qui leur reprochent
ce qu'il faut bien appeler du racisme (les Indiens, particulièrement
ceux du Nord, peuvent être extrêmement racistes ; toujours
ce maudit complexe de supériorité aryen : plus on a la
peau blanche, plus on se croit de caste élevée). Et une
fois de plus, les Indiens pourraient être persécutés
dans un pays qu'ils aiment et où ils vivent depuis plusieurs
générations.
Le Mahatma fit beaucoup
pour l'Inde. Mais s'appliqua-t-il à l'essentiel ? Il promut le
rouet au rang de devoir sacré, il passait lui-même plusieurs
heures par jour à filer le coton. « [Gandhi] a fait
du charkha (rouet) un article de foi religieuse et exclut du
Congrès tous ceux qui ne pouvaient pas filer [...] Il est tout
à fait déraisonnable de gaspiller de l'énergie
de façon si colossale à seule fin de gagner trois sous,
» [15] écrivait Sri Aurobindo en 1938.
Il va sans dire qu'aujourd'hui aucun leader du Congrès ne file
plus le coton et que la politique industrielle de Gandhi, qu'il appelait
Khadi, c'est-à-dire la promotion des artisanats de village
au préjudice des grandes industries, n'existe plus en Inde. D'ailleurs
son disciple le plus fidèle, Nehru lui-même, fut le premier
à introduire dans le pays l'étatisation à la mode
soviétique et les industries lourdes.
Nulle part le grand moralisme chrétien
de Gandhi ne trouve meilleure expression que dans son attitude envers
le sexe. Toute sa vie, il se sentit coupable d'avoir fait l'amour à
sa jeune femme, alors que son père se mourait dans la chambre
à côté. Du coup les concepts de Gandhi quant au
sexe restèrent ambivalents durant toute son existence : il dormait
par exemple la nuit dans le même lit que ses nièces (qui
étaient ravissantes) pour tester son brahmacharya (se
dit de ceux qui jurent abstinence sexuelle). Par ailleurs, pour résoudre
le problème démographique en Inde, qui annihile tous les
progrès que ce pays a fait depuis 50 ans, Gandhi préconisait
l'abstinence et était contre toute forme de contraception. Mais
le Mahatma pensa-t-il une seconde à toutes les femmes indiennes
qui doivent subir des avortements douloureux et humiliants ? Et comment
peuvent-elles persuader leurs maris de s'abstenir sexuellement lorsqu'elles
sont fécondes ? Pourquoi, d'autre part, imposer aux autres ce
qu'il pratiquait lui même ? Mais de toute manière l'Inde
tourna le dos, une fois de plus, à ses préceptes et développa
un des tout premiers programmes de contrôle des naissances, sans
doute le plus élaboré au monde, sans même utiliser
la contrainte, comme les Chinois.
Pour le monde entier Gandhi est synonyme
de non-violence. Le Mahatma prétendait aimer la Bhagavad Gita.
Mais avait-il compris, demandent ses critiques, que la non-violence
fait quelquefois plus de mal que la violence elle-même ? Que la
violence peut être dharma, que le devoir peut être
de défendre son pays, ses femmes et ses surs contre des
agresseurs ? Prenez par exemple les proposition de Cripps. En 1942,
les Japonais sont aux portes de l'Inde et pénètrent même
le Nord-est du pays. L'Angleterre est affaiblie, la Luftwaffe
bombarde Londres jour et nuit et on parle d'une invasion allemande de
l'île d'Albion. Les Britanniques ont donc désespérément
besoin de soutien. Churchill dépêche alors Sir Stafford
Cripps pour proposer au Congrès que si l'Inde accepte de participer
à l'effort de guerre des Alliés, on lui accordera le statut
de membre du Commonwealth à la fin de la guerre, au même
titre que l'Australie ou le Canada. Sri Aurobindo envoie une lettre
personnelle aux leaders du Congrès, les adjurant d'accepter.
Mais Gandhi refuse, au nom de sa sempiternelle non-violence ; et Nehru,
qui hésite, doit se plier. Si cette proposition avait été
acceptée, il est fort probable que la partition du sous-continent
et ses terribles conséquences n'auraient pas eu lieu.
Gandhi ne semble pas avoir également
réalisé l'ampleur du danger que le nazisme représentait
pour l'humanité. Il appela Hitler, l'homme qui tua 6 millions
de juifs, « mon frère bien aimé »
et conseilla aux juifs d'utiliser la non-violence face à l'extermination
hitlérienne. Cette innocence frise la crédulité
criminelle.
Finalement,
il faut le dire, quelle que soit la sainteté de Gandhi, sa rigidité
morale (Alexandra David Neel rapporte que Gandhi « qui ne
voyageait qu'en troisième classe, se montrait si strict à
cet égard, qu'il lui arrivait de faire ajouter des wagons de
troisième classe à des trains qui n'en comportaient pas,
ou même de commander un train spécial formé uniquement
de voitures de troisième classe pour lui et sa suite »,
[16] et son ascétisme firent un mal énorme
à l'Inde, en particulier dans sa manière d'approcher la
question des intouchables et des musulmans. Il fallait toujours qu'il
cède devant les exigences de ces derniers, et il refusait obstinément
de voir que les musulmans sont toujours à l'origine des émeutes,
les hindous ne faisant que répondre. Il professait une indulgence
sans borne envers Jinnah, à qui il proposa même de devenir
le Premier Ministre de l'Inde, alors que les musulmans ne constituaient
que 11% de la population. Quant à l'amour de Gandhi pour les
Harijans, « les enfants de Dieu », comme
il les appelait, il était très touchant, mais parfaitement
inefficace. « L'idée qu'il faut un pounya (mérite)
spécial pour naître bhangi (intouchable) est, évidemment
une de ces puissantes exagérations coutumières du Mahatma
qui frappent forcément l'esprit de ceux qui l'écoutent
[...] » Il est certain que l'intouchable accomplit un travail
indispensable dans la société au même titre que
le prêtre ou le guerrier et que ce service est ardu et désagréable.
Gandhi considère donc que si l'âme choisit volontairement
de se manifester sous cette forme, c'est en récompense à
des bonnes actions passées. De toute façon, il est faux
que la vie d'un intouchable soit supérieure à celle d'un
brahmane ou d'un marchand, pas plus qu'il n'est vrai que le brahmane
est supérieur au paria. Et Sri Aurobindo
d'ajouter : « La naissance compte, mais ce qui fait la valeur
fondamentale se trouve dans l'homme lui-même, dans l'âme
derrière et la façon dont elle se manifeste plus ou moins
dans sa nature. » [17]
Vous avez dit non-violence ? Mais Gandhi fit
la plus grande violence à son corps en jeûnant toute sa
vie pour soumettre les autres à sa volonté. Il y avait
là non seulement un élément très chrétien
de mortification, mais aussi un chantage auquel personne n'osa résister.
« Il est hors de doute, écrit Madame David-Neel, que
l'attitude préconisée par Jésus domine moralement
de très haut le caractère affecté et théâtral
des jeûnes du Mahatma... Il misait sur l'émotion
qu'il suscitait parmi les foules naïves et voulait s'en servir
pour inspirer la crainte dans l'esprit des maîtres étrangers
qui en étaient venus à redouter des soulèvements
populaires. » [18] Et que reste-t-il
de la non-violence gandhienne ? L'Inde a dû mener quatre guerres
depuis l'indépendance (trois avec le Pakistan, une avec la Chine),
possède la deuxième armée du monde, vient de se
doter des moyens de fabriquer des bombes atomiques et doit combattre
des séparatismes armés au Pendjab, au Cachemire et en
Assam.
Gandhi a bien sûr ses inconditionnels
et parmi eux, Guy Deleury : « Certes les villageois
reconnurent en lui le saint non-violent de leur tradition, mais plus
encore le sauveur de leur idéal villageois qu'il partageait,
au grand scandale des technocrates en puissance de son parti et de ses
biographes futurs. Oui, Gandhi était un
ardent partisan du système des castes et c'est pour cela qu'il
était déterminé à faire disparaître
les pratiques de l'intouchabilité qui en souillaient le visage.
Oui, il voulait redonner au village son rôle moteur et créateur
dans la société indienne, et le protéger du capitalisme
industriel. » [19]
Avant de mourir, Gandhi vit ses idéaux de charkha, de non-violence et de brahmacharya rejetés, bafoués. Il eut le temps d'assister à la partition de l'Inde et fut le témoin impuissant des tueries entre hindous et musulmans. Mais son héritage n'est pas mort, car il survit en Occident, où il trouve un bien meilleur écho qu'en Inde. Ses idéaux y ont inspiré de nombreux leaders et intellectuels, de Martin Luther King à Albert Einstein, en passant par Nelson Mandela et le Dalaï-lama et continuent à en inspirer d'autres. La naissance de Gandhi en Inde fut un accident, car aujourd'hui il n'y reste rien de lui, excepté des milliers de statues, des millions de rues qui portent son nom et des politiciens qui continuent à se recommander de lui, alors qu'ils ne pratiquent pas ses idéaux. L'Histoire jugera. Mais avec Nehru d'un côté et son concept d'une Inde marxisante et Gandhi de l'autre, qui essaya d'imposer à l'Inde des idéaux qui n'étaient pas les siens le sous-continent était destiné à être déchiré. C'est ainsi qu'à l'indépendance, l'Inde fut divisée en deux, en trois même, [20] et que les musulmans firent payer de leur sang aux hindous le prix de leur liberté retrouvée.
Notes :
[1] Daniélou Alain, Histoire
de l'Inde (Fayard, Paris, 1971), p. 340.
[2] Ibid., p. 341.
[3] Ibid., p. 344.
[4] Ibid., p. 345.
[5] Vivekananda, Lectures from Colombo
to Almora (Advaïta Ashrama, Calcutta, 1995), p. 137.
[6] Sri Aurobindo, L'Inde et la Renaissance
de la Terre (Institut de Recherches Évolutives, Paris, 1998),
p. 12.
[7] Ibid., p. 18.
[8] Sri Aurobindo, Bande Mataram
(Sri Aurobindo Ashram, Centenary Edition, vol. , Pondichéry,
1972), p. 655.
[9] Ibid., p. 656.
[10] Sri Aurobindo, L'Inde et la Renaissance de
la Terre, op. cit. p. 22.
[11] Ibid., p. 25.
[12] Ibid., p. 53.
[13] Deleury Guy, Le Modèle indou
(Hachette, 1978), p. 242.
[14] Daniélou Alain, Histoire de l'Inde,
op. cit. p. 349.
[15] Sri Aurobindo, L'Inde et la Renaissance
de la Terre, op. cit. p. 238.
[16] David-Neel Alexandra, L'Inde où
j'ai vécu (Plon, Pocket, 1994), p. 342.
[17] Sri Aurobindo, L'Inde et la Renaissance
de la Terre, op. cit. p. 232.
[18] David-Neel Alexandra, L'Inde où
j'ai vécu, op. cit. p. 344.
[19] Deleury Guy, Le Modèle indou,
op. cit. p. 233.
[20] Avant l'indépendance,
ni le Bengale, ni la province du Sind, ni le Pendjab, qui furent tous
scindés en deux un morceau au Pakistan, l'autre à
l'Inde ne furent consultés sur leur sort. De plus, tous
les leaders musulmans qui militèrent pour la création
du Pakistan étaient originaires d'autres régions que celles
qui allaient former le Pakistan. Lorsqu'en 1970, le Bengale put enfin
faire entendre sa voix, il décida à la quasi-unanimité
de se séparer du Pakistan. Le général Yaya Khan
dictateur du Pakistan, dépêcha un autre général,
Tikka Khan pour faire rentrer ce qui était alors le Pakistan
oriental dans l'ordre. Malgré le massacre d'un million de Bengalis
(la plupart hindous), le Bengale résista : dix millions d'hommes
se réfugièrent en Inde pour échapper au génocide.
Indira Gandhi décida alors de porter secours aux résistants
bengalis et l'armée indienne, après une guerre éclair
de treize jours, écrasa les Pakistanais, qui se rendirent avec
100 000 hommes. Mujibhur Rehman put ainsi proclamer l'indépendance
du Bangladesh. La perte de sa province orientale porta un coup terrible
au Pakistan, qui ne le pardonna jamais à l'Inde.

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