Traduit de langlais par Michèle Mercier, avec la collaboration
dHélène Morita.
Plus
grande épopée jamais écrite (dix fois lIlliade
et lOdyssée réunis), le Mahâbhârata
est unanimement considéré comme lune des uvres
capitales de lhumanité, mais dun accès difficile
(il nen existe pas de traduction française). Cest
cette saga mythico-historique que Maggi Lidchi-Grassi fait renaître
en une trilogie dont La Grande Guerre du Kurukshétra est le premier
volume.
Par un récit
narré à la première personne, les deux héros
principaux, Ashwatthâmâ et Arjuna humanisent ces aventures
fascinantes de guerriers, cette rivalité de deux familles royales,
univers de légendes superbes où saffrontent les
hommes et les dieux et laissent transparaître toute la complexité
intérieure de ces personnages partagés entre le Bien et
le Mal.
Écrivain dont
les romans ont été célébrés par Henry
Miller, Nadine Gordimer ou Doris Lessing, Maggi Lidchi-Grassi non seulement
revisite cette épopée fondatrice de la culture indienne
(et aussi dune part de la spiritualité occidentale à
travers lun de ses plus célèbres chapitres : la
Bhagavad Gîtâ) mais livre là une uvre littéraire
dune puissance exceptionnelle dont Henry Miller a écrit
: « En lisant ce livre, jétais jaloux de lauteur ».
Le Mahâbhârata
de Maggi Lidchi-Grassi est un « grand roman »
comme on nen écrit plus.
Maggi Lidchi-Grassi,
née à Paris, a écrit des nouvelles, des poésies,
des fables, des livres pour enfants, deux pièces et de nombreux
romans. Parmi ses ouvrages traduits en espagnol, italien
et allemand , nous pouvons citer Earthman, The first Wife,
Jitendra the protector, Great Sir and the Heaven Lady et The Light Shone
into the Dark Abyss.
INVOCATION
Entonnons à
présent la syllabe sacrée :
AUM
« Nous nous prosternons
devant le Seigneur Nârâyana, et devant Nara, le premier
des humains et le plus noble.
Nous nous inclinons devant la Déesse
de la Connaissance Saraswatî.
Nous les implorons de nous accorder le
succès.
Que le succès couronne cette entreprise.
Nous nous prosternons devant Brahmâ,
lIncorruptible, le Connaissable, lInconnaissable et lÉternel.
Nous nous prosternons devant Brahmâ
qui est lÊtre et le Non-Être, Brahmâ, créateur
de ce qui est haut et ce qui est bas, celui qui ne peut être mesuré.
Devant celui qui est Vishnu, qui aime,
est aimé et reçoit notre amour.
Devant celui qui est Shiva, Seigneur de
la Création, Seigneur de la Stabilité et de la Conduite
et de Ce Qui Change.
Ce qui suit maintenant est une histoire
contée par le grand Vyâsa, digne dêtre honoré.
Une histoire maintes
et maintes fois racontée.
Une histoire qui ne cessera de lêtre.
Une fontaine de sagesse dans les trois
mondes.
Une histoire connue des Deux-Fois-Nés.
Une histoire dont lenseignement
est humain et divin tout à la fois
Belle en style et en rythme.
Au Commencement, le
monde était Obscurité : à lintérieur
séveilla la graine de vie éternelle. Un gros uf.
Alors Prajâpati émergea de luf, Seigneur de
tous les êtres, et aussi Manu, Daksha et ses sept fils, les jumeaux
Ashwin, les Aditya et les Pitri.
Puis les eaux furent créées,
la terre et le ciel, les directions du ciel et le temps, les saisons,
les mois, les phases de la lune et le jour clair et la nuit sombre.
Cependant tout cet univers disparaîtra
avec la fin de ce Yuga. Et un nouveau Yuga apportera une vie nouvelle
après lancienne saison. Ainsi tourne le monde sans fin.
Lorsque le poème se fut épanoui
dans le mental de Vyâsa, Brahmâ vint le trouver. Vyâsa
sursauta et, les mains jointes, se tint devant lui avec révérence.
« Mon poème raconte
les saisons du temps, lavenir et le passé, et il parle
aussi du présent. Il parle de la corruption et de la mort aussi
bien que de la terreur de ce qui est réel et de ce qui est imaginé.
Mon récit prescrit les règles de la réalité
et de limagination. Il prescrit les règles des quatre castes
et celles des ascètes. Il mesure les étoiles et les planètes,
excuse les doctrines secrètes et interprète la philosophie.
Mon poème contient tout : les lieux célestes et les merveilles
de la terre, les plans sacrés, les fleuves, les océans
et les montagnes. Il mentionne les races et les langues ; y sont contenus
le code de la guerre et le Divin. Tout est en lui. Mais il demeure à
lintérieur de ma tête car à qui pourrais-je
le dicter sans quil perde son authenticité ? »
Brahmâ répondit : « Ton
poème sera incomparable, unique. Le Seigneur Ganesha lui-même
le copiera. »
Et Brahmâ disparut.
Vyâsa se prit à réfléchir
aux paroles de Brahmâ. Maintenant son grand poème pourrait
être conté. Qui dautre que le Seigneur Ganesha, celui
qui ôte tous les obstacles, celui qui accorde toutes les faveurs,
aurait-il pu appeler ? Alors Vyâsa Né-sur-LÎle
accueillit lunivers qui fleurissait en lui mais débordait
aussi de son mental. De toute urgence, il dut donc sommer Ganesha. Celui-ci
posa une condition : le flot de la dictée ne devait en aucun
cas être interrompu si cette tâche lui revenait.
« Oui, oui, agréa Vyâsa
Né-sur-LÎle, mais moi aussi je pose ma condition
: ne note rien avant que ton mental en ait compris le sens. »
Le débit était tel que Ganesha serait contraint de sarrêter
et pendant ces pauses, les grandes idées pouvaient sordonner.
Le poète et
son scribe, tous deux, fermèrent les yeux et se mirent à
chanter :
AUM, AUM, AUM, AUM,
AUM,
ce qui provoqua un
grand silence et un grand vide, et à lintérieur
de ce vide, le monde qui se trouvait dans le mental de Vyâsâ
se précipita. Cétait la première fois que
ce grand récit était transcrit et il le fut encore et
encore sous diverses formes, dans de nombreuses régions et ce
qui suit est lune de ces formes, écrite en plein Kali Yuga,
dans son lieu de naissance, Bhâratavarsha, juste à la lisière
de lancien monde et du nouveau monde, tandis que la Lumière
se prépare à se répandre sur la terre qui a résisté
pendant si longtemps.