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Entretien avec Mireille-Joséphine Guézennec

Réalisée par le magazine INDES
septembre-octobre 2005

 

     Ayant pour ma part entamé le chemin de Compostelle il y a quelques années, l’esprit pèlerin qui anime Mireille-Joséphine Guézennec depuis bien des années et la pousse à cheminer sans cesse sur les sentiers himalayens, ne pouvait que susciter mon intérêt. Mireille-Joséphine foule la terre indienne depuis une vingtaine d’années, avec la même énergie, la même soif de découvertes et de rencontres, la même disponibilité de son être. Ce cheminement l’a conduit des rives bretonnes en France d’où elle est originaire à celles plus lointaines du Gange qu’elle nous invite aujourd’hui à découvrir dans l’ouvrage « Gange – Aux sources du fleuve éternel », paru aux Éditions Cheminements.
INDES vous propose d’aller à la rencontre de cette femme aux multiples talents. Professeur de philosophie à Bourges où elle enseigne, Mireille-Joséphine est également reporter et photographe, sanskritiste, auteur d’un grand nombre d’articles, initiatrice de plusieurs projets pédagogiques, et bien d’autres choses encore.

Propos recueillis par Viviane Tourtet.


     INDES : Mireille-Joséphine, à quand remonte cet intérêt pour l’Inde ? Rien pourtant ne vous prédestinait à cette destination, si ce n’est peut-être, le fait que vous soyez Bretonne. Les Bretons sont connus pour leur goût de l’aventure, leur atavisme maritime, leur soif d’inconnu que restitue bien l’inscription sur le château des Ducs de Bretagne « an dianav a rog ac'hanon » (« l'inconnu me dévore »). Qu’en pensez-vous ?

Mireille-Joséphine Guézennec     M.J Guézennec : Oui, cette phrase entre en résonance totale avec mes aspirations, cette quête de l’inconnu, du mystère…le besoin d’explorer les limites, l’au-delà, la nécessité d’aller en toute chose aux racines, aux sources. Il y a en moi, cette passion de l’inconnu qui relativement tôt s’est cristallisée autour de l’Inde. Ce fut d’abord le sud, pendant de nombreuses années, puis progressivement, je suis montée vers le nord, les Himalayas, – plurielles par essence –. Tendre vers les sommets en quelque sorte. Est-ce peut-être aussi par ce que je suis celte ?…

   INDES : À la mer, vous avez préféré un fleuve … Et quel fleuve, dites moi ! Vous souvenez-vous encore de l’impression première qu’a éveillé en vous le Gange, la première fois où vous l’avez vu ?

     M.J Guézennec : Ce fut à Bénarès-Varanasi, en 1978, je crois…j’étais très impressionnée, comme envoûtée par ce fleuve où se joue depuis l`aube de l’humanité, toutes les scènes primordiales de la naissance à la mort. Une sorte de fascination qui a laissé son empreinte définitive, tant il vrai qu’à chaque retour, quasiment, j’éprouve le besoin de me rendre à Varanasi.

     INDES : Plutôt que de présenter aux lecteurs le Gange tel qu’il est à Varanasi, l’ancienne Bénarès, qui s’inscrit dans l’un des parcours classiques du touriste occidental en Inde, vous avez préféré l’entraîner sur vos pas jusqu’aux sources à Gaumukh. Pourquoi ce choix ?

     M.J Guézennec : Je vous parlais de cette nécessité d’aller en toute chose aux sources…comme celle du langage par exemple, en apprenant le sanskrit. Gaumukh est le berceau himalayen de ce fleuve magistral et pour la troisième fois, j’en reviens. Il y a donc comme un appel magnétique et irrésistible des sources.

    INDES : Le Gange occupe dans l’imaginaire des Français une place importante. Selon vous, pourquoi ? Pouvez-vous par la même occasion nous parler de l’importance du Gange dans la mythologie hindoue ?

     M.J Guézennec : Dans l’imaginaire des Français comme dans celui des Indiens…c’est certainement parce que le Gange est un fleuve vivant et vibrant car chaque jour et à chaque instant, des rites par milliers s’y accomplissent et ce depuis l’aube des temps. La cérémonie de l’offrande du feu, ou Araati, qui a lieu chaque soir au moment du coucher du soleil est pour moi ce qu`il y a de plus fort. Un théâtre liturgique, au double sens d’une expérience enthousiaste, une sorte de rencontre avec le divin (theos) et une guérison de l’âme, un apaisement par cette offrande des éléments et cette mise en relation avec le Cosmos.

     INDES : Que signifie aujourd’hui le Gange pour les citoyens de la plus grande démocratie du monde ?

     M.J Guézennec : Le Gange est appelle `Gangâ`, on l`invoque comme ` Gangâ mata`, la Mère, par excellence…Gangâ est aussi une déesse. Même l’Indien moderne conserve au plus profond de sa conscience cette vénération pour le fleuve. La spiritualité est l’un des caractères fondamentaux de l’esprit indien. Comme vous le savez, le Gange est un fleuve sacré et divinisé, il est descendu du ciel, comme l’explique le mythe, et c’est Shiva, qui l’accueillit sur son puissant chignon d’ascète. Bien sûr, le Gange est aussi une prodigieuse ressource pour l’Inde et pour les hommes.

     INDES : Votre ouvrage invite le lecteur à entreprendre à travers vos images et vos textes, poétiques mais aussi documentés, le pèlerinage qui fut le vôtre à maintes reprises, partir des villes saintes de Haridwar et Rishikesh, au nord de la capitale New Delhi, commencer l’ascension vers la partie la plus élevée du Garhwal et y visiter les hauts lieux hindous et leurs temples de Yamunotri, Gangotri, Kedarnath et Badrinath. Les plus courageux poursuivent jusqu’à Gaumukh d’où jaillissent les sources du Gange. Un bel itinéraire auprès des sages, au contact d’une nature sublime qui invite le pèlerin à se dépouiller pour retourner à l’essentiel. Parlez nous de votre expérience spirituelle ? Que vous a apporté ce cheminement que d’aucuns qualifient d’éternel ?

     M.J Guézennec : Paradoxalement, j’ai mis assez longtemps avant d’aller vers les sources du Gange, car déjà depuis de nombreuses années j’allais en Inde. Ce fut comme un appel qui s’est imposé à moi. Mon livre retrace le vécu de cette expérience totale et intérieure. Un pèlerinage circulaire – telle la ‘pradakshinâ’ où l’on garde le temple ou l’objet vénéré sur sa droite pour le contourner dans le sens auspicieux –. Il s’agit donc d’une expérience intérieure vitale, un chemin dans le temps et dans un espace magnifique qui ouvre sur un autre espace-temps intérieur. Sur les chemins de pèlerinage on fait aussi des rencontres fabuleuses, étonnantes…. Mais c’est surtout une rencontre avec soi entre pierre, vent, eau et feu…Sur ces chemins, j’ai redécouvert quelques figures des mythes antiques de l’Inde que je traduis en mots et en images pour les partager avec les lecteurs.

     INDES : À présent que vous êtes parvenue aux sources du Gange, envisagez-vous de vous laisser voguer, au gré du vent, jusqu’à son embouchure pour nous conter d’autres histoires illustrées d’aussi belle manière ?

     M.J Guézennec : Bien sûr, c’est mon projet d’aller vers l’embouchure à Gangasagar, dont je me suis déjà approchée, un parcours de 2700 kilomètres en suivant le Gange avant qu’il ne se jette dans le Golfe du Bengale près de Calcutta. Je veux aussi écrire sur Bénarès-Varanasi…

     INDES : À côté des belles images poétiques du Gange, il y a aussi malheureusement l’aspect moins positif de la pollution dont il fait l’objet. Mark Twain (1835-1910) écrivait : « Le Gange est tellement pollué que même les microbes ne peuvent y survivre ». Où en est-on des travaux d’assainissement ?

     M.J Guézennec :À vrai dire ce sont de véritables travaux d’Hercule à entreprendre, car le Gange est vraiment en danger. Il y a beaucoup à faire… Déjà une prise de conscience surgit grâce à certaines actions et initiatives, mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans le fleuve. Des décisions doivent être prises au niveau de l’État, voire des États.

     INDES : Vous avez travaillé avec certains de vos élèves sur l’assainissement du Gange. Pouvez-vous nous expliquer un peu en quoi a consisté ce projet éducatif ?

     M.J Guézennec : Plutôt que d’assainissement, nous avons réalisé un projet avec des élèves d’un lycée agricole qui a consisté à installer des fontaines d’eau potable à Bénarès, sur l’un des principaux ghâts, ces grands escaliers qui mènent au fleuve. Imaginez quand il fait 45 degrés !…Il est capital pour les pèlerins d’avoir accès à l’eau potable.

     INDES : Vous vivez à Bourges entre Maine et Loire. Quel lien avec le Gange ?

     M.J Guézennec : Je redécouvre nos fleuves… La Loire est sauvage et somptueuse aussi, quand je la contemple, je me dis qu’il doit bien y avoir, ici ou là, quelques gouttes d’eau du Gange… la mondialisation des éléments ou l’interdépendance entre toute chose…

Merci Mireille-Joséphine ! Puissent vos superbes photos et vos textes transporter les lecteurs vers l’indicible beauté qui est celle du Gange dans ces régions septentrionales de l’Inde.


Exposition photos

« Hommage au Gange » – Conseil Général du Cher – à Bourges, Salle du Duc Jean de Berry –du 10 au 23 Octobre 2005
« Aux sources du Gange » – FNAC de Bourges du 12 Novembre au 10 Décembre 2005.


 

 

           
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