(Cette partie
est constituée dextraits de divers
écrits, lettres et messages.)
Début 1940
Lhumanité
traverse à lheure actuelle une crise évolutive qui,
secrètement, recèle le choix de sa destinée...
Lhomme a créé un système de civilisation
qui est devenu trop énorme pour pouvoir être utilisé
et manipulé par sa faculté mentale et sa compréhension
limitées, et par ses facultés spirituelles et morales
encore plus limitées cest un serviteur trop dangereux
de son ego brouillon et plein dappétits...
Parce que le fardeau placé sur
lhumanité est trop grand pour la petitesse actuelle de
la personnalité humaine, pour son petit mental et ses petits
instincts vitaux, parce que lhumanité ne peut pas opérer
le changement nécessaire, parce quelle utilise ses nouveaux
instruments et sa nouvelle organisation au service de son vieux moi
vital infraspirituel et infrarationnel, la destinée de lespèce
humaine semble se précipiter dangereusement, et comme impatiemment,
comme en dépit delle-même, vers une confusion prolongée,
une crise périlleuse et lobscurité dune violente
et mouvante incertitude, sous la poussée dun ego vital
saisi par des forces colossales qui sont à léchelle
même de la formidable organisation mécanique de la vie
et de la connaissance scientifique quelle a développée,
une échelle trop grande pour être maniée par sa
raison et sa volonté. Même sil se révèle
que ce nest là quune phase passagère ou une
apparence, et que lon arrive à mettre debout quelque structure
tolérable qui permette à lhumanité de poursuivre
dune façon moins catastrophique son incertain voyage, cela
ne pourra être quun répit. Car
le problème est un problème de fondements, et en le posant,
la Nature évolutive dans lhomme se place elle-même
en face dun choix critique quil lui faudra résoudre
un jour dans le vrai sens si lespèce doit atteindre son
but ou même survivre. [R117]
*
* *
4 juillet 1940
(Dans cette lettre, Sri Aurobindo fait
allusion en particulier aux Alliés.)
Si les nations ou les
gouvernements qui sont les instruments aveugles des forces divines étaient
parfaitement purs et divins, aussi bien dans les processus et les formes
de leurs actions que dans linspiration quils reçoivent
de façon si ignorante, ils seraient invincibles car les forces
divines sont elles-mêmes invincibles. Cest
le mélange dans lexpression extérieure qui donne
à lAsoura le droit de les vaincre. [R118]
*
* *
19 septembre 1940
(Message envoyé au gouverneur
de Madras ; une contribution financière y était jointe.
Cette déclaration était la première intervention
publique de Sri Aurobindo depuis son retrait de la vie politique en
1910.)
Nous estimons quil
sagit non seulement dune bataille livrée en légitime
défense et en défense de toutes les nations menacées
par la domination mondiale de lAllemagne et du système
de vie nazi, mais encore dune défense de la civilisation,
des valeurs sociales, culturelles et spirituelles les plus hautes quelle
ait atteintes, et de tout lavenir de lhumanité. Notre
soutien et notre sympathie resteront inébranlablement fidèles
à cette cause, quoi quil arrive ; nous comptons fermement
sur la victoire de lAngleterre, avec, comme résultat final,
une période de paix et dunion parmi les nations et un ordre
mondial meilleur et plus sûr. [R119]
*
* *
31 mars 1942
(Le gouvernement britannique,
réalisant que lindépendance de lInde devenait
inévitable, mais aussi sous une pression américaine visant
à obtenir le soutien de lInde pendant la guerre, envoya
Sir Stafford Cripps à New Delhi en mars 1942. Celui-ci était
porteur dune proposition par laquelle la Grande-Bretagne offrirait
à lInde le statut de dominion après la guerre, comme
un premier pas vers lindépendance complète. Sri
Aurobindo envoya à Cripps le message suivant :)
En tant quancien leader nationaliste qui a
travaillé à lindépendance de lInde,
bien quaujourdhui mon activité ne sexerce plus
dans le domaine politique mais dans le domaine spirituel, je désire
vous exprimer ma reconnaissance pour tout ce que vous avez fait afin
de rendre cette offre possible. Jaccueille
cette proposition comme loccasion qui est donnée à
lInde de déterminer par elle-même et dorganiser
comme elle lentend sa liberté et son unité, ainsi
que de jouer son plein rôle parmi les nations libres du monde.
Jespère quelle sera acceptée et que, mettant
de côté toutes les discordes et les divisions, on en fera
un bon emploi... Joffre mon adhésion publique au cas où
cela serait dune aide quelconque pour votre action. [1]
/[2] / [R120]
*
* *
7 août 1943
(Extrait dune conversation)
Cest après
Dunkerque que jai fait cette déclaration et ai versé
publiquement cette contribution financière. Si je métais
fié aux apparences, je ne laurais pas fait. Cest
en dépit dapparences contraires quon doit faire acte
de foi... Si lon dépend de la raison, alors on ne peut
pas savoir la Vérité.
Les gens ici narrivent pas à
comprendre pourquoi quelquun qui a la conscience divine ou brahmique
devrait prendre parti dans un combat. Cest très bien si
vous voulez rester dans le Brahman statique ; vous pouvez alors considérer
que toute laffaire est Mâyâ et quelle nexiste
pas pour vous.
Mais je crois au Brahman qui prend parti
contre le Brahman cest ce que le Brahman, je crois, a toujours
fait... Krishna prend ouvertement parti dans le Mahâbhârata
; Râma aussi.
*
* *
3 septembre 1943
Nous [Sri Aurobindo
et la Mère] avons clairement fait savoir dans une lettre rendue
publique que nous ne considérions pas la guerre comme un combat
entre des nations et entre des gouvernements (encore moins comme un
combat entre bons et méchants), mais entre deux forces, la force
divine et la force asourique. Ce quil faut voir, cest de
quel côté se rangent hommes et nations ; sils se
rangent du bon côté, ils font immédiatement deux-mêmes
des instruments du but divin, en dépit de tous les défauts,
erreurs, mouvements faux et actions fausses qui sont communs à
la nature humaine et à toutes les collectivités humaines.
La victoire de lun des camps (les Alliés) garderait la
voie ouverte pour les forces évolutives ; la victoire de lautre
tirerait lhumanité en arrière, la dégraderait
horriblement et pourrait même, au pire, aboutir finalement à
sa faillite en tant quespèce, comme dautres qui,
au cours de lévolution passée, ont failli et péri.
Cest là la question et toute autre considération
est hors de propos ou dune importance mineure. Bien quil
arrive souvent que les Alliés agissent à lencontre
de leurs idéaux les meilleurs (cest ce que font toujours
les êtres humains), ils ont au moins défendu les valeurs
humaines ; Hitler défend des valeurs diaboliques ou des valeurs
humaines exagérées dans le mauvais sens jusquà
en devenir diaboliques (par exemple les vertus du « Herrenvolk
», la race supérieure). Cela ne fait pas pour autant des
Anglais ou des Américains des nations danges immaculés
ni des Allemands une race scélérate et pécheresse,
mais comme indication, cest dune importance primordiale.
...
Même si je savais que les Alliés
allaient faire mauvais usage de leur victoire, gaspiller la paix ou
gâcher, au moins en partie, les possibilités quouvre
cette victoire pour le monde de lhomme, je mettrais quand même
ma force derrière eux. De toute façon les choses ne pourraient
pas aller un centième aussi mal quelles iraient sous Hitler.
Les voies du Seigneur seraient encore ouvertes les garder ouvertes
est ce qui importe. Tenons-nous en au fait réel, au fait central
: la nécessité décarter le danger dune
noire servitude et dune barbarie renouvelée qui menace
lInde et le monde...
P.S. Notre sâdhanâ est une sâdhanâ
qui demande non seulement la dévotion ou lunion avec le
Divin ou bien une perception de Sa présence en toute chose et
en tout être, mais encore laction, comme travailleur et
comme instrument, et un travail à faire dans le monde ou une
force à amener dans le monde dans des conditions difficiles ;
chacun doit donc voir quelle est sa voie, faire ce qui est commandé
et soutenir ce qui doit être soutenu, même si cela veut
dire la guerre et le conflit, que ce soit avec des chariots, des arcs
et des flèches ou bien avec des tanks, des chars, des bombes
et des avions américains ghoram karma [une uvre
terrible, Guîtâ III.1], dans tous les cas. Quant
à la violence, après bien des âges le commandement
ancien résonne une fois encore à nos oreilles : mayaivaité
nihatâh pûrvaméva nimittamâtram bhava Savyasâchin.
[Par moi, et par nul autre, ils sont déjà tués,
sois simplement loccasion, ô Arjuna, Guîtâ
XI.33] [R121].
*
* *
Milieu des années 40
(Extrait dune lettre)
Le domaine des affaires
nest pas à mes yeux quelque chose de mauvais et de sale,
pas plus quil ne lest aux yeux de la spiritualité
de lInde ancienne... Tout dépend de lesprit dans
lequel on fait une chose, des principes sur lesquels on la bâtit
et de lusage auquel on la destine. Jai fait de la politique,
et de la politique révolutionnaire la plus violente qui soit,
ghoram karma, jai soutenu la guerre et jy ai envoyé
des hommes, et pourtant la politique nest pas toujours ni même
souvent une occupation bien propre, et on ne peut pas dire non plus
que la guerre soit une ligne daction spirituelle. Mais
Krishna enjoint à Arjuna de faire la guerre, une des guerres
les plus terribles qui soient, et par son exemple dencourager
les hommes à être prêts à entreprendre toute
uvre humaine, quelle quelle puisse être, sarvakarmâni. [3]
Allez-vous soutenir que Krishna était un homme dénué
de spiritualité et que le conseil quil a donné à
Arjuna était erroné ou partait dun principe faux
?
...
Le mode de vie ascétique nest
pas à mes yeux indispensable à la perfection spirituelle
et il ne se confond pas avec celle-ci. Il y a la voie de la maîtrise
spirituelle et la voie du don de soi spirituel, de labandon au
Divin, dans laquelle on renonce à lego et au désir,
même au milieu de laction, même au milieu dune
uvre quelconque ou duvres de toutes sortes qui nous
sont demandées par le Divin... Dans les Écritures indiennes
et la tradition indienne, que ce soit dans le Mahâbhârata
ou ailleurs, il y a place à la fois pour la spiritualité
vécue comme une renonciation à la vie et pour la vie spirituelle
dans laction. Il est faux de dire que seule
la première tendance est conforme à la tradition indienne
et que lacceptation de la vie et des uvres de toutes sortes,
sarvakarmâni, nest pas de nature indienne, mais de
nature européenne ou occidentale et non-spirituelle. [R122]
*
* *
Septembre 1945
Quant
à la civilisation humaine actuelle, ce nest pas elle quil
faut sauver : cest le monde quil faut sauver, et il le sera
sûrement, mais peut-être pas aussi facilement ni aussi rapidement
que certains le souhaitent ou limaginent, ni de la manière
dont ils limaginent. Le présent doit sûrement changer,
mais la question est de savoir si ce sera par une destruction ou par
une construction nouvelle sur la base dune Vérité
plus grande. La Mère a laissé la question en suspens et
je ne puis que faire de même. [R123]
*
* *
19 octobre 1946
(Extrait dune lettre adressée
à un disciple. Celui-ci avait exprimé son angoisse devant
les horreurs perpétrées par des musulmans contre des hindous
un peu partout au Bengale, notamment dans les districts de Noakhali
et de Tippera, maintenant au Bangladesh ; cette violence organisée
que le gouvernement britannique ne fit rien pour arrêter
faisait partie du plan de Jinnah : « Action Directe »,
qui avait pour but de démontrer limpossibilité pour
les hindous et les musulmans de vivre ensemble, et, par là même,
le caractère inévitable du Pakistan.)
Quant
au Bengale, les choses vont certainement très mal ; la situation
des hindous là-bas est terrible et elle risque même dempirer,
en dépit du « mariage de convenance » intérimaire
à Delhi. [4] Mais nous ne devons pas laisser
notre réaction devenir excessive ou nous inciter au désespoir.
Il doit y avoir au moins vingt millions dhindous au Bengale et
ils ne vont pas être exterminés même Hitler
avec ses méthodes scientifiques de massacre na pu exterminer
les juifs, qui se montrent encore bien vivants, et quant à la
culture hindoue, ce nest pas une chose si faible et si inconsistante
quon puisse létouffer facilement ; elle a duré
quelque cinq millénaires au moins et elle va continuer encore
beaucoup plus longtemps ; elle a accumulé bien assez de force
pour survivre. Ce qui est en train de se passer ne me surprend pas.
Je lavais prévu quand jétais au Bengale ;
javais prévenu les gens que cétait probable
et quasi-inévitable, et quils devraient sy préparer.
À ce moment-là personne na attaché dimportance
à ce que je disais, bien que certains sen soient souvenus
plus tard et aient reconnu, lorsque les troubles ont commencé,
que javais eu raison ; seul C. R. Das avait de graves appréhensions
et il ma même dit, quand il est venu à Pondichéry,
quil naimerait pas que les Anglais sen aillent avant
que ce problème dangereux ne soit réglé. Mais ce
qui se passe ne me décourage pas parce que je sais, et jen
ai fait lexpérience des centaines de fois, quau-delà
des ténèbres les plus épaisses se cache, pour celui
qui est un instrument divin, la lumière de la Victoire de Dieu.
Je nai jamais eu de volonté forte et persistante pour que
quelque chose arrive dans le monde je ne parle pas de choses
personnelles sans que cela ne finisse par arriver, même
après un retard, une défaite, voire un désastre.
Il y avait un temps où Hitler était victorieux partout
et il semblait certain que le joug noir de lAsoura allait être
imposé sur le monde entier ; mais où est Hitler maintenant
et où est sa domination ? Berlin et Nuremberg ont marqué
la fin de ce chapitre terrible de lhistoire humaine.
Dautres noirceurs menacent dobscurcir ou même dengloutir
lhumanité, mais elles aussi auront une fin, comme ce cauchemar
a eu une fin. [R124]
*
* *
2 décembre 1946
(Extrait dune lettre)
Notre Mère lInde
nest pas un morceau de terre : cest un Pouvoir, une Divinité,
car toutes les nations ont ainsi une Dévî qui soutient
leur existence distincte et leur permet de durer. De tels êtres
sont aussi réels et de façon plus permanente que les hommes
quils influencent, mais ils appartiennent à un plan supérieur,
ils font partie de la conscience cosmique, de lêtre cosmique,
et agissent ici sur terre en façonnant la conscience humaine
sur laquelle ils exercent leur influence. Pour lhomme,
qui ne voit à luvre que sa propre conscience
individuelle, nationale ou raciale et qui ne voit pas ce qui
agit sur celle-ci et la façonne, il est naturel de penser que
cest lui qui crée tout et quil ny a rien de
cosmique ou de plus grand par derrière. [R125]
*
* *
22 décembre 1946
(Une remarque à un disciple à
propos
de la scène politique indienne.)
Les difficultés
[que vous éprouvez] sont générales, à lAshram
aussi bien que dans le monde extérieur. Le doute, le découragement,
la diminution ou la perte de la foi, le déclin de lenthousiasme
pour lidéal, la perplexité et les espoirs davenir
déçus, tels sont les traits communs de la difficulté.
Dans le monde extérieur, les symptômes sont bien pires
: un cynisme grandissant partout, le refus de croire en quoi que ce
soit, une baisse de lhonnêteté, une immense corruption,
des préoccupations de nourriture, dargent, de confort,
de plaisir, à lexclusion de choses plus élevées,
et une attente générale que tout aille de pire en pire
dans le monde. Quelle que soit lacuité de cette situation,
cest un phénomène temporaire auquel étaient
préparés ceux qui savent quelque chose du fonctionnement
de lénergie cosmique et des voies de lEsprit. Javais
moi-même prévu que ce pire arriverait, lobscurité
de la nuit avant laurore ; cest pourquoi je ne suis pas
découragé. Je sais ce qui se prépare derrière
lobscurité, je peux voir et sentir les premiers signes
de sa venue. Ceux qui cherchent le Divin doivent
tenir bon et persister dans leur recherche ; après un temps,
lobscurité pâlira et commencera à se dissiper,
et la Lumière viendra. [R127]
*
* *
15 août 1947
(Extrait du message de Sri Aurobindo
à loccasion de lindépendance de lInde.
Ce 15 août est aussi le soixante-quinzième anniversaire
de Sri Aurobindo.)
LInde est libre
mais elle nest pas parvenue à lunité, seulement
à une liberté fissurée et brisée... La vieille
division religieuse entre hindous et musulmans semble sêtre
maintenant durcie en une division politique permanente du pays. Il faut
espérer que le Congrès et la nation naccepteront
pas ce fait établi comme établi pour toujours ou comme
autre chose quun expédient temporaire. Car, sil persiste,
lInde risque dêtre sérieusement affaiblie,
mutilée même ; les troubles civils resteront toujours possibles,
possible même une nouvelle invasion et une conquête étrangère.
La partition du pays doit disparaître espérons que
ce sera grâce à un relâchement de la tension, grâce
à une compréhension progressive du besoin de paix et de
concorde, à la nécessité constante dune action
commune et concertée, voire dun instrument dunion
créé dans ce but. De cette façon, lunité
pourrait finir par se faire sous une forme ou sous une autre
la forme précise nayant quune importance pratique,
mais non fondamentale. Mais par nimporte quel
moyen, la division doit disparaître et elle disparaîtra.
Car autrement, la destinée de lInde pourrait être
sérieusement compromise ou même frustrée. Ceci ne
doit pas être. [R128]
/ [6]
*
* *
1947 (?)
(Extraits de notes destinées à
des biographes.)
Lidée
quil y aurait deux nationalités en Inde nest quune
notion apparue récemment, inventée par Jinnah pour les
besoins de sa cause, mais contraire aux faits. Plus de 90 % des musulmans
indiens sont les descendants dhindous convertis et appartiennent
à la nation indienne au même titre que les hindous eux-mêmes.
Ce processus de conversion sest poursuivi sans
interruption. Jinnah lui-même est le descendant dun hindou,
converti à une époque assez récente, qui sappelait
Jinahbhai, et beaucoup parmi les leaders musulmans les plus connus ont
une origine similaire. [R129]
*
Il
est très rare que lhistoire rapporte les événements
qui ont été décisifs mais qui se sont passés
derrière le voile ; elle ne rapporte que la scène qui
se joue devant le rideau... Mon action pour donner au mouvement du Bengale
[au début du siècle] sa tournure militante ou pour fonder
le mouvement révolutionnaire est très peu connue. [R130]
*
Dans certains milieux
est répandue cette idée que les vues politiques de Sri
Aurobindo étaient entièrement pacifistes, quil était
opposé en principe et en pratique à toute violence et
quil condamnait le terrorisme, linsurrection, etc., comme
des choses absolument interdites par lesprit et la lettre de la
religion hindoue. On laisse même entendre quil était
un précurseur de lévangile de lahimsâ
[non-violence]. Cest tout à fait faux. Sri Aurobindo nest
ni un moraliste impuissant ni un pacifiste débile.
La décision de limiter laction
politique à la résistance passive fut adopté parce
que cétait la politique la meilleure pour le Mouvement
national à ce stade-là [en 1905 et après], cela
ne faisait pas partie dun évangile de la non-violence ou
dun idéalisme pacifiste. La paix fait partie de lidéal
le plus haut mais il faut quelle ait une base spirituelle ou tout
au moins psychologique ; elle ne peut sétablir de façon
définitive sans un changement dans la nature humaine. Une tentative
qui serait fondée sur quoi que ce soit dautre (principe
moral, évangile de lahimsâ ou tout autre)
échouerait et risquerait même de laisser les choses dans
un état pire quavant.
... Ce que pensait et pratiquait
Sri Aurobindo à ce sujet était semblable à ce que
pensaient et pratiquaient Tilak et dautres leaders nationalistes,
lesquels nétaient nullement des pacifistes ou des adorateurs
de lahimsâ. [R131]
*
* *
18 juillet 1948
Je crains de ne pouvoir
offrir quun maigre réconfort pour le moment du moins
à ceux de vos correspondants qui se lamentent sur létat
de choses actuel. La situation est mauvaise, devient pire et, à
nimporte quel moment, peut devenir encore pire que le pire, si
cest possible et dans ce monde actuel perturbé,
nimporte quoi, même la chose la plus paradoxale, semble
possible. La meilleure chose quils puissent faire, cest
de prendre conscience de ce que tout cela était nécessaire
: il fallait que certaines possibilités émergent et soient
éliminées pour quun monde nouveau et meilleur puisse
se manifester les remettre à plus tard naurait rien
résolu... Ils peuvent également se souvenir de ladage
selon lequel cest avant laurore que la nuit est la plus
sombre, et que la venue de laurore est inévitable. Mais
ils doivent se souvenir aussi que le nouveau monde dont nous envisageons
la venue ne sera pas fait de la même texture que lancien
avec seulement une différence de structure : il doit venir par
dautres moyens du dedans et non du dehors. Le
mieux quils puissent faire est donc de ne pas trop se préoccuper
des choses lamentables qui se passent à lextérieur,
mais de grandir eux-mêmes à lintérieur, de
façon à être prêts pour le monde nouveau,
quelle que soit la forme quil prenne. [R132]
*
* *
Décembre 1948
(Extraits dun message pour lUniversité
de lAndhra qui,
le 11 décembre, avait conféré un prix à
Sri Aurobindo.)
LInde, enfermée
par les Himalayas et locéan et contrainte à une
existence séparée, a toujours abrité un peuple
particulier avec des caractéristiques particulières, reconnaissables
et distinctes entre toutes ; un peuple qui avait sa propre civilisation,
son propre mode de vie, son propre chemin spirituel, une culture, des
arts et une structure sociale bien à lui. Ce peuple a absorbé
tout ce qui entrait chez lui, a mis sur toute chose la marque indienne,
a incorporé les éléments les plus divers à
son unité fondamentale. Mais il a aussi toujours été
un agrégat de peuples divers, de terres, de royaumes, et également,
dans les temps plus anciens, de républiques, de races diverses,
de peuples régionaux qui possédaient un caractère
bien marqué et qui développaient des formes ou des styles
différents de civilisation et de culture, de multiples écoles
dart et darchitecture, lesquelles réussissaient,
malgré leurs différences, à sintégrer
dans le modèle indien de civilisation et de culture. Lhistoire
indienne a été marquée dun bout à
lautre par une tendance, un effort constant pour unir tous ces
éléments divers en un seul ensemble politique sous une
autorité impériale centrale, afin que lInde soit
une aussi bien politiquement que culturellement. Même après
la fracture causée par lirruption des peuples musulmans,
avec leur religion et leur structure sociale si différentes,
ce constant effort dunification sest poursuivi et les cultures
tendaient à se mêler et sinfluencer mutuellement
; on vit même certaines tentatives héroïques pour
découvrir ou créer une religion commune, construite à
partir de ces deux croyances apparemment irréconciliables, et
là aussi il y eut des influences mutuelles.
...
Les anciennes diversités du pays
comportaient à la fois de grands avantages et des inconvénients.
Grâce à ces différences, le pays devint le foyer
de nombreux centres de vie, dart et de culture centres
vivants et vibrants, une diversité dans lunité richement
et brillamment colorée ; il ny avait pas une métropole
impériale ou quelques capitales provinciales qui tiraient tout
à elles, tandis que le reste des villes et des régions,
dénuées de particularités ou même plongées
dans un sommeil culturel, restait dans leur ombre ; la nation tout entière
vivait dune vie pleine dans toutes ses parties et cela augmentait
énormément lénergie créatrice de lensemble.
Il ny a maintenant plus de risque que cette diversité mette
en danger lunité de lInde ou laffaiblisse.
Ces vastes espaces qui sopposaient à une proximité
et à un brassage complet de ses peuples, nont plus deffet
séparateur, la marche de la science et la rapidité des
moyens de communication layant aboli. On a découvert lidée
de fédération ainsi quun système complet
pour son parfait fonctionnement, et cela jouera pleinement son rôle.
Mais surtout, lesprit dunité patriotique a été
établi trop fermement pour quon puisse leffacer ou
laffaiblir facilement, et on le mettrait davantage en danger en
refusant de laisser se manifester le jeu naturel de la vie chez les
peuples régionaux quen satisfaisant à leurs aspirations
légitimes. Le Congrès lui-même,
à lépoque précédant la libération,
avait pris lengagement de former des provinces linguistiques ;
et de donner suite à ce projet, sinon immédiatement, du
moins aussitôt que possible, pourrait bien être le parti
à prendre le plus sage. [7]La vie nationale de lInde sera alors fondée
sur les forces naturelles du pays, et le principe de lunité
dans la diversité le Multiple en Un qui a toujours
été normal pour elle et dont la réalisation a toujours
été la voie fondamentale de son être et sa nature
même, la placerait sur lassise sûre de son Swabhâva
et de son Swadharma... [8] Une Inde unie prendrait de nouveau
la forme dune union détats et de peuples régionaux.
...
Aujourdhui, en cette deuxième
année de sa libération, la nation doit prendre conscience
de bien dautres problèmes extrêmement importants,
elle doit séveiller aux vastes possibilités qui
soffrent à elle mais aussi à des dangers et des
difficultés qui risquent de devenir formidables si lon
ne sen occupe pas judicieusement... Il y a, pour lInde elle-même,
des questions plus profondes ; en effet, si elle prend certaines directions
tentantes, il est très concevable quelle devienne une nation
comme beaucoup dautres, quelle développe une industrie
et un commerce florissants, une organisation puissante pour sa vie sociale
et politique ainsi quune force militaire immense, quelle
pratique avec grand succès la politique de la force armée,
quelle protège et étende avec zèle ses gains
et ses intérêts, quelle domine même une grande
partie du monde, mais que dans cette progression apparemment splendide,
elle renonce à son Swadharma et perde son âme. Alors lInde
ancienne et lesprit de lInde risqueraient de disparaître
entièrement et nous naurions quune nation de plus
semblable aux autres, ce qui ne serait ni dans lintérêt
réel du monde ni dans le nôtre. Même si elle devait
prospérer dans la vie extérieure de façon moins
agressive, la question demeure de savoir si elle saura éviter
de perdre les trésors dexpériences et de connaissances
spirituelles quelle a su amasser et tenir fermement. Ce serait
une ironie du sort tragique si lInde devait rejeter son héritage
spirituel précisément au moment où de plus en plus
dans le reste du monde on se tourne vers elle pour lui demander une
aide spirituelle et une Lumière salvatrice. Cela ne doit pas
arriver et cela narrivera sûrement pas ; mais on ne peut
pas dire que le danger nexiste pas. Il y a, certes, bien dautres
problèmes difficiles qui se posent à ce pays ou qui vont
se poser très prochainement. Nous les surmonterons,
sans aucun doute, mais nous ne devons pas nous dissimuler le fait quaprès
ces longues années dasservissement avec ce quelles
ont entraîné de rétrécissement et de détérioration,
il faudra une grande libération et un grand changement, tant
intérieurs quextérieurs, un vaste progrès
au dedans et au dehors, si nous voulons accomplir la vraie destinée
de lInde. [R133]
*
* *
Avril 1950
(Extrait de la postface à LIdéal
de lUnité Humaine.)
La divinité
intérieure qui préside à la destinée de
lespèce, a fait naître dans le mental et dans le
cur de lhomme, lidée et lespoir dun
ordre nouveau qui remplacera le vieil ordre insatisfaisant et y substituera
des conditions de vie mondiale offrant enfin des chances raisonnables
détablir une paix et un bien-être permanents... Il
appartient aux hommes daujourdhui, ou au plus tard à
ceux de demain, de donner la réponse. Car un atermoiement trop
long ou un échec trop continu ouvrirait la porte à une
série de catastrophes de plus en plus grandes qui risqueraient
de créer une confusion et un chaos prolongés, désastreux,
et de rendre la solution trop difficile, sinon impossible, ou même
de sachever par un effondrement irrémédiable, non
seulement de la civilisation actuelle mais de toute civilisation.
...
La terreur de la destruction et même
de lextermination en masse, provoquée par ces sinistres
découvertes, [9]
pourrait déterminer les gouvernements et les peuples à
bannir et interdire lusage militaire de ces
inventions ; mais tant que la nature humaine naura pas changé,
cette interdiction restera incertaine et précaire, et une ambition
sans scrupules peut même y trouver une chance de dissimulation
et de surprise, et profiter dun moment décisif qui, croit-elle,
pourrait lui donner la victoire, acceptant de courir ce risque effrayant. [R134]
*
(En octobre 1950, six mois après
que Sri Aurobindo eut écrit ce qui suit, la Chine envahira le
Tibet ; ce dernier lancera aux Nations Unies un appel qui restera sans
réponse. LInde gardera le silence. En octobre 1962, la
Chine lancera une offensive sur les frontières nord de lInde.)
En Asie, lémergence
de la Chine communiste a créé une situation plus périlleuse
qui barre brutalement la route à toute possibilité dunité
continentale entre les peuples de cette partie du monde. Il sest
créé là un gigantesque bloc qui pourrait facilement
englober toute lAsie septentrionale dans une combinaison de deux
Puissances communistes énormes, la Russie et la Chine, et étendre
sa menace dabsorption sur lAsie du Sud-Ouest et le Tibet,
et être poussé à déferler jusquaux
frontières de lInde entière, menaçant la
sécurité de ce pays ainsi que celle de lAsie occidentale
et faisant peser sur eux la possibilité dune invasion par
infiltration, ou même dune submersion par une écrasante
force militaire et dun asservissement à une idéologie
non désirée, à des institutions politiques et sociales
non désirées et à la domination dune masse
communiste militante dont la marée pourrait fort bien se révéler
irrésistible. En tout cas, le continent serait
divisé en deux blocs énormes qui entreraient peut-être
en opposition mutuelle active et soulèveraient la possibilité
dun conflit mondial formidable auprès duquel toutes nos
expériences antérieures seraient comme des jeux de nains... [R135]
*
* *
4 avril 1950
(Extrait dune lettre à un
disciple)
Vous avez exprimé
dans une de vos lettres combien vous sentiez lobscurité
dans laquelle est plongé actuellement le monde autour de nous.
Quant à moi, je savais que ces sombres circonstances devaient
se présenter, elles ne me découragent donc pas ni ne me
persuadent que ma volonté « daider le monde »
soit vaine ; elles étaient là dans la nature du monde
et il fallait quelles remontent à la surface pour être
épuisées ou chassées et pour quun monde meilleur,
débarrassé delles, puisse se manifester. Après
tout, quelque chose a été fait dans le domaine extérieur
et cela peut être une aide ou une préparation pour que
quelque chose se fasse également dans le domaine intérieur.
Par exemple, lInde est libre, or sa liberté était
nécessaire pour que luvre divine puisse saccomplir.
Les difficultés qui lassiègent maintenant, et qui
risquent daugmenter pendant un certain temps, surtout en ce qui
concerne limbroglio pakistanais, faisaient aussi partie des choses
qui devaient venir pour être nettoyées. Les efforts de
Nehru pour empêcher linévitable conflit ont peu de
chances de réussir, sauf pour un bref moment, et il est donc
inutile que vous alliez à Delhi lui administrer une gifle comme
vous le vouliez. Là aussi, il est certain que le nettoyage sera
complet, bien que malheureusement une somme considérable de souffrances
humaines soit inévitable pour en arriver là. Après,
le travail pour le Divin deviendra davantage possible et il se pourrait
bien que le rêve, si cest un rêve, de conduire le
monde vers la Lumière spirituelle, devienne même une réalité.
Par conséquent, je ne suis pas disposé, même maintenant
dans ces sombres circonstances, à considérer que ma volonté
daider le monde soit vouée à léchec. [R136]
*
* *
28 juin 1950
(Extrait dune lettre)
Je ne sais pas pourquoi
vous voulez que jéclaire votre lanterne sur cette affaire
de Corée. [10]
Il ny a pas à hésiter. Laffaire est claire
comme deux et deux font quatre. Cest le premier pas du plan de
campagne communiste pour dominer et semparer, dabord des
parties septentrionales de lAsie, puis de lAsie du Sud-Est,
comme un prélude à leurs desseins sur le reste du continent
le Tibet au passage, comme une porte dentrée sur
lInde. [11]
Sils réussissent, il ny a pas de raison que la domination
du monde entier ne suive pas à pas... [R137]
*
* *
(Quelque quarante ans plus tôt, le
18 septembre 1909,
Sri Aurobindo avait écrit...)
La fin dun stade
de lévolution est généralement marquée
par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de lévolution.
*
* *
Novembre 1950
(Extrait dun des derniers écrits
de Sri Aurobindo.)
Ce monde nest
pas vraiment construit par une force aveugle de la Nature : même
dans lInconscient, la présence de la Vérité
suprême est à luvre ; derrière lInconscient
existe un Pouvoir qui voit et qui agit infailliblement, et les pas de
lIgnorance sont guidés même quand ils semblent trébucher...
Dans cette énorme masse dexistence apparemment
confuse, il existe une loi, une unique vérité dêtre,
un dessein qui guide et accomplit lexistence du monde. [R138]
*
* *
Le 5 décembre 1950, Sri
Aurobindo quitte son corps. Pendant dix ans il avait travaillé
à délivrer lInde de lemprise dune domination
étrangère ; durant quarante autres années, il a
uvré pour délivrer la terre de lemprise dun
âge mourant. Mais entre toutes les nations du monde, lInde
occupait toujours une place spéciale dans sa conscience : pour
lui, elle était la Mère, un être à la mission
et à la destinée uniques, une nation qui, en ce «
soir rouge » de notre monde malade, détient, enfouie dans
sa conscience millénaire, la clef de notre renaissance terrestre.
*
* *
6 juin 1967
(Une communication intérieure
de Sri Aurobindo à Mère.)
Tous les pays vivent
dans le mensonge.
Si un seul pays se mettait courageusement
du côté
de la vérité, le monde pourrait
être sauvé. [R139]
*
* *
Notes :
[1] Dans le corps du texte les
numéros des références sont préfixées
par la lettre R, la numérotation restant identique à celle
du livre. Les numéros sans préfixe désignent
les notes.
[2] Le lendemain, 1er avril, Cripps
répondait avec le télégramme suivant : «
Je suis extrêmement touché et heureux de votre message
si aimable, mautorisant à informer lInde que vous,
qui occupez une place unique dans limagination de la jeunesse
indienne, êtes convaincu de ce que la déclaration du gouvernement
de Sa Majesté accorde, en grande mesure, cette liberté
pour laquelle le Nationalisme indien a lutté pendant si longtemps.
» Sri Aurobindo envoya même un émissaire au Congrès
afin de le convaincre daccepter la proposition de Cripps ; il
envoya aussi un télégramme à C. Rajagopalachari,
le futur gouverneur-général de lInde, dans lequel
il disait : « Vous conjure de sauver lInde. Formidable
danger dune nouvelle domination étrangère quand
lancienne est en train de séliminer delle-même.
» (Le Japon menaçait alors denvahir la Birmanie et
lInde ; quelques jours plus tôt, on avait aussi appris que
Subhash Bose était en Allemagne et que, confiant dans la victoire
de celle-ci, il essayait dorganiser avec son aide un front anti-britannique).
On ne tint aucun compte du conseil de Sri Aurobindo : « Il sest
retiré de la vie politique, de quoi se mêle-t-il ? »
dit Gandhi à Duraiswami Iyer, le messager de Sri Aurobindo. Bien
que Nehru et Rajagopalachari fussent partisans daccepter loffre
de Cripps, Gandhi la trouva inacceptable « à cause de son
opposition à la guerre ». Maulana Azad, le Président
du Congrès, sy opposa également et, finalement,
le Congrès la rejeta. La proposition de Cripps eût-elle
été acceptée, lInde aurait évité
la partition du pays et le bain de sang quelle entraîna,
ainsi que trois guerres avec le Pakistan.
[3] Sarvakarmâni :
toutes les uvres (Guîta III, 30).
[4] Une allusion au Gouvernement
intérimaire formé par les Britanniques et le Congrès
: la Ligue musulmane venait daccepter de sy joindre.
[5] Sardar Vallabhbhai Patel (1875-1950)
qui fut ministre de lIntérieur après lindépendance
et fit preuve dune grande fermeté en négociant lintégration
des états princiers, laccession du Cachemire à lInde
et le rattachement de létat de Hyderabad au territoire
national.
[6] Deux mois seulement après
sa création, le Pakistan envahissait le Cachemire. Les forces
indiennes purent repousser lattaque et se trouvaient sur le point
de chasser les Pakistanais du Cachemire lorsque Nehru appela à
un arrêt des combats et porta la « querelle » devant
les Nations Unies avec le résultat quencore maintenant
le Cachemire est divisé en deux et que le territoire occupé
par le Pakistan est la source constante dun terrorisme qui se
répand en Inde. Cest la préparation à ce
que les leaders pakistanais ont appelé « la nécessité
dune seconde partition de lInde ».
[7] La création détats
sur une base linguistique qui eut lieu en Inde dans les années
suivantes, tout en correspondant en apparence à la suggestion
de Sri Aurobindo, fut, en pratique, accompagnée dune centralisation
si poussée et dune bureaucratisation si envahissante que
« le jeu naturel de la vie » des provinces se trouva plutôt
étouffé quencouragé ; dautre part,
le système rigide et uniforme de représentation parlementaire
quon imposait aux états et qui, de lavis général,
a surtout servi à engendrer la corruption et à nourrir
les divisions, ne pouvait guère fournir le « parfait fonctionnement
» que Sri Aurobindo avait en vue pour une fédération
indienne.
[8] Swabhâva : nature.
Swadharma : la loi est qui est la sienne.
[9] Une allusion à la découverte
et à lemploi récents des armes nucléaires.
[10] Quelques jours auparavant,
avec laide soviétique, les forces de la Corée du
Nord avaient attaqué la Corée du Sud ; les troupes chinoises
se joignirent à loffensive quelques mois plus tard.
[11] La Chine envahira le Tibet
quatre mois plus tard, en Octobre.
Références :
On trouvera ci-dessous
les références des extraits. Là où il aurait
été trop fastidieux den donner le détail
complet, nous nous sommes contentés dindiquer les sources
de façon générale. Les chiffres en caractère
gras renvoient aux volumes de la « Centenary Edition » (Ashram
Sri Aurobindo, Pondichéry, 1972) et sont suivis du numéro
de page. « A & R » renvoie à Archives and
Research, revue semestrielle publiée à Pondichéry.
Le lecteur désireux de mieux connaître
limmense contribution de Sri Aurobindo à lInde est
invité à lire les ouvrages suivants : Bande Mataram,
The Karmayogin, The Secret of the Veda, Essays on the
Gita, The Foundations of Indian Culture, On Himself,
ainsi que les conversations de Sri Aurobindo avec ses disciples : Evening
Talks (transcrites par A. B. Purani) et Talks with Sri Aurobindo
(rapportées par Nirodbaran, en 4 volumes).
Pour une introduction à la vie,
la pensée et luvre de Sri Aurobindo, nous recommandons
le livre de Satprem, Sri Aurobindo ou lAventure de la Conscience
(Buchet/Chastel).