
COURRIER
INTERNATIONAL
L'INDE, LA FIÈVRE HINDOUISTE
Dans son numéro
557 du 31 janvier 2002 à la couverture et au titre racoleurs
« Le Courrier International » proposait un dossier
spécial sur l'Inde : L'Inde, la fièvre hindouiste.
Ce dossier était
constitué d'articles et d'interviews émanant quasiment
tous de journaux indiens de langue anglaise hostiles au parti du Bharata
Janata Party (BJP), actuellement au pouvoir en Inde, et aux organisations
hindoues. Comme à leur habitude ils véhiculaient les clichés
habituels propres à cette pseudo-intelligentsia indienne d'obédience
marxiste affidée au parti du Congrès dont l'historienne
Romila Thapar est la personnalité la plus représentative
sur le BJP et ces organisations hindoues : fondamentalisme hindou,
nationalisme fascisant dont le RSS serait l'incarnation la plus visible
et la destruction de la mosquée d'Ayodhya la preuve tangible,
accusations habituelles de supposées campagnes orchestrées
contre les chrétiens et les musulmans, etc.
Aux yeux de ces « défenseurs »
de la démocratie et de la pluralité, toute décision
gouvernementale étant forcément inspirée par cette
idéologie « brun-safran » [1],
l'un d'eux allait jusqu'à dénoncer vigoureusement dans
son article intitulé L'Islam dans le collimateur, paru
dans l'hebdomadaire « Outlook », la volonté
du gouvernement de fermer plusieurs centaines de madrasas illicites
bien que celles-ci dispensent un enseignement similaire à celui
suivi par les talibans dans les madrasas pakistanaises !
Comme à son habitude, Romila Thapar
accuse, dans le « Times of India », le gouvernement
indien de vouloir réécrire l'histoire de l'Inde à
la couleur safran et de faire de la propagande dans les manuels scolaires.
Et elle défend une nouvelle fois le mythe de l'invasion aryenne
au mépris de toutes les découvertes récentes. Attitude
qui relève plus de l'obscurantisme dont elle taxe le gouvernement
indien que d'une ouverture d'esprit propre à tout vrai chercheur.
Le prix Nobel d'économie
Amartya Sen se fait quant à lui un point d'honneur d'avancer
dans « Outlook » que les deux plus grands empereurs
[indiens] n'étaient pas hindous au passage notons
que si cela est vrai pour Akbar, le cas d'Ashoka est contestable car
avant d'opter pour le bouddhisme il était bien hindou. Pour Amartya
Sen, l'Inde n'a jamais été une civilisation hindoue. Pour
lui la civilisation indienne apparaît au environ de l'an 1000
av. J.-C. et a donc été très vite influencée
par le bouddhisme. Il est donc déplacé à ses yeux
de se revendiquer d'une quelconque civilisation hindoue comme le font
les organisations hindoues. Il faut donc en déduire que pour
Amartya Sen la civilisation de l'Indus-Sarasvati, dont les vestiges
des villes de Harappa et Mohenjo-daro sont les plus brillants témoignages,
qui remonte au moins à 3500 ans av. J.-C., n'avait rien d'hindoue.
Un dossier sur l'Inde
sans parler de la question du Cachemire aurait été forcément
incomplet. Edward Luce dans un article du « Financial Times »,
Le Cachemire, objet de toutes les passions, nous explique, sans
rappeler la genèse de la création de l'État islamique
du Pakistan, que « l'Inde ne rendra jamais sa portion de
Cachemire de bon gré au Pakistan bien que celle-ci soit majoritairement
peuplée de musulmans et que, de ce fait, la communauté
internationale, États-Unis compris, devra jouer un rôle
plus actif dans la résolution du conflit. »
Et comme chaque dossier
du « Courrier International », celui-ci est introduit
par un éditorial d'Alexandre Adler [2]
dans lequel il se fait l'écho de ce salmigondis, accumulant allégations
infondées et approximations historiques.
Particulièrement
affligeant !

Réponses
adressées au Courrier International
À l'attention d'Alexandre Adler
Cher confrère,
Écrivain, journaliste
et photographe français, j'ai été le correspondant
en Inde et en Asie du sud du « Journal de Genève »
pendant quinze ans, puis du « Figaro » durant
huit ans. Je suis l'auteur « d'Un Autre Regard sur l'Inde »
(Éditions du Tricorne), pour lequel je fus invité à
Bouillon de Culture en mai 2000 (le livre a été réédité
deux fois depuis) et je prépare un livre sur l'Inde pour Albin
Michel.
J'ai été
extrêmement choqué par votre numéro du 31 janvier
dernier, Inde, la fièvre hindouiste. Comme tous ceux qui
connaissent bien l'Inde, je considère qu'un pays qui possède
une majorité de 850 millions d'hindous, se doit d'avoir un gouvernement
qui reflète une culture et une civilisation uniques au monde.
Après tout, nous avons bien en Europe quantité de partis
chrétiens-démocrates et personne n'y trouve à
redire. Tout au long de son histoire, l'hindouisme a fait montre d'une
remarquable tolérance, permettant aux chrétiens de Syrie,
aux marchands arabes, aux Parsis de Zoroastre, aux juifs de Jérusalem,
aux Tibétains persécutés chez eux, de s'établir
en Inde et d'y pratiquer leur religion en toute liberté, alors
qu'en retour les hindous ont été en butte à toutes
les invasions, les persécutions et les colonisations possibles.
Aujourd'hui encore, on ne peut trouver plus tolérant, plus ouvert,
mieux disposé envers l'esprit occidental et démo-cratique
que les hindous.
Contrairement à
ce que vous dites, il existe un problème avec l'Islam en Asie
du sud : l'Inde doit en effet non seulement faire face à
une menace extérieure : Afghanistan, Pakistan et même
Bangladesh, qui donne refuge à des extrémistes
mais aussi à un problème interne au Cachemire et de la
part de certains groupuscules islamistes indiens sponsorisés
par le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Ce n'est même pas ce que
je pense, c'est ce que je vois depuis vingt ans. Pendant longtemps,
cela n'a pas été politiquement correct à dire,
mais aujourd'hui, après les attentats du 11 septembre, le monde
occidental est en train de réaliser la menace islamiste à
laquelle l'Inde est en butte depuis près de vingt ans.
Quant au Cachemire,
la situation là-bas n'est pas aussi simple que vous le pensez,
et cela pour plusieurs raisons.
Vous allez me rétorquer
avec raison que tous les articles publiés par votre
magazine ont été écrits par des journalistes indiens
et tirés de la presse indienne. Mais un certaine frange des médias
indiens, tels les magazines Outlook, Frontline, ou le journal Hindu,
s'accroche désespérement à une Inde nehruvienne,
marxisante, congressiste, qui est en train de se faire complètement
supplanter par une Inde plus nationaliste, capitaliste et hindoue...
Ces gens-là croquent de l'hindou à longueur de journée,
une vieille habitude des colons anglais, reprise par le parti du Congrès,
qu'avait déjà remarquée Alain Daniélou dans
son « Histoire de l'Inde » (Fayard). Il est vrai
également que la presse française est influencée
par nos « spécialistes » de l'Inde du CNRS et du
CERI, qui nous rabâchent constamment les même poncifs :
les castes, le « fondamentalisme » hindou, Ayodhya, les
minorités « persécutées » en Inde.
Mais ne sont-ils pas en train de se planter, comme se plantèrent
les journalistes et écrivains qui ignorèrent la montée
de la Chine il y a 30 ans ? Je sais de source sûre que certains
indianistes français ont conseillé à Lionel Jospin
d'attendre la chute du gouvernement BJP avant d'entreprendre un voyage
officiel en Inde. Du coup, Jospin est le seul homme d'État à
ne pas s'être rendu ici. Encore une fois, les Français
vont se faire brûler par les États-Unis, qui sont en train
d'investir l'énorme marché indien, alors que la France
bénéficie d'un capital de sympathie en Inde bien plus
important que celui des Américains?
Et si le Bharathiya
Janata Party et les groupuscules dont il est issu, tel le RSS (que vous
avez montré en couverture), allait être le parti dominant
le sous-continent indien dans les prochaines décennies à
venir ? Car, malgré la propagande vicieuse de certains indianistes,
aucun de ces groupuscules hindous n'a jamais été violent;
et hormis la destruction de la mosquée d'Ayodhya, dont les communistes
et les musulmans indiens on fait grand cas, ces partis hindous sont
démocratiques, ouverts à l'Occident et généralement
totalement inoffensifs.
Je vous serais reconnaissant
de publier cette lettre dans votre rubrique « Regards »,
afin de rééquilibrer le côté unilatéral
de votre numéro sur l'Inde
Amicalement
François
Gautier
(Écrivain, journaliste et photographe français,
François Gautier, né à Paris en 1950, fut le correspondant
en Inde et en Asie du Sud du Figaro pendant plusieurs années.
Il est actuellement correspondant pour l'Asie du Sud au journal Ouest-France.
Il vit en Inde depuis plus de trente ans, ce qui lui a permis d'aller
au-delà des clichés et des préjugés qui
ont généralement trait à ce pays, clichés
auxquels il a longtemps souscrit lui-même comme la plupart des
correspondants étrangers en poste en Inde (et malheureusement
aussi la majorité des historiens et des indianistes).
François Gautier a été invité à présenter
Un Autre Regard
sur l'Inde à l'émission Bouillon de Culture
en juin 2000.)

Monsieur Adler,
« La fièvre
hindoue » n'a jamais tué personne. Ni ceux qui la portent
soi-disant, ni ceux qui, comme vous, en toute ignorance, la méprisent.
Elle n'a jamais heurté personne. Elle ne porte pas et ne portera
jamais de AK47.
La Chine a attaqué
l'Inde en 1962. Le Pakistan (pays islamique fondé sur la haine
et qui ne sait que la propager) a attaqué l'Inde quatre fois.
L'Inde s'est défendue bravement, toujours, et victorieusement
en dépit des aides internationales allant toujours au Pakistan
(plate-forme stratégique pour intérêts pétroliers
et autres). Hélas les gouvernements de l'Inde ont toujours été
assez bêtes pour redonner à l'ennemi ce que les lourdes
pertes en sang versé avaient sauvé de terre.
L'Inde hindoue que
vous accusez n'a jamais envahi un pays voisin, n'a jamais fait la guerre
à quiconque. En aucun autre pays, les minorités religieuses
ne jouissent de tant de libertés et de faveurs comme c'est le
cas en Inde. C'est le pays de la tolérance comme nul autre au
monde. Disons aucun autre dont la population serait encore vivante :
les 120 millions d'Indiens d'Amérique décimés (le
chiffre reste incertain) ne sont plus là pour témoigner
(sauf un échantillonnage dans quelques réserves) des massacres
et des tortures infligés par vos églises diverses.
Les Indiens d'Amérique,
comme les Indiens de l'Inde, comme beaucoup d'autres peuplades, étaient
trop raffinés. Je n'irai pas dans le détail des centaines
de millions d'êtres décimés par la religion «
paisible et éclairée » de l'Occident. Qui continue
« d'apporter la lumière » et son prosélytisme
agressif de la « vraie religion », dévastant foyers,
communautés, tribus entières, avec d'amples fonds pour
permettre « la récolte des âmes ». Cette imposture
est permise encore aujourd'hui en Inde tolérance auto-destructrice.
Je ne parlerai pas
non plus du passé de l'islam ni de son futur qui vous promet
un monde uni lorsque les résistants à Mahomet et à
la sharia seront éliminés.
Vous sélectionnez
dans la presse indienne pour « attestation de véracité »
les magazines hostiles à la culture indienne ! Pourquoi pas les
autres, si vous étiez un tant soit peu intéressé
à informer ? Vous interviewez des Indiens marxistes dits « historiens »
ou érudits, valorisés à vos yeux par leur négation
de toute civilisation indienne soit-disant historiens ou intellectuels
considérés comme obsolètes en Inde. Qui mutilent
l'histoire de l'Inde suivant les théories et la mécanique
de (non-)pensée marxiste-maoïste. D'où vous vient
cet intérêt pour une pensée si périmée
? pour les fantômes de ces édifices tombés ?
D'où vous vient donc cet acharnement
à vilipender ce pays qui a toujours accueilli les réfugiés,
embrassé les immigrants, avec ce profond respect pour la diversité
des cultures. Où la communauté juive a toujours vécu
en totale liberté et harmonie avec les populations locales, pendant
que l'Occident éclairé persécutait ses frères
et surs ?
Pourquoi cette campagne
de mensonge éhontée ? Pour qui prenez-vous vos lecteurs
? Quel est le but ?
Est-ce le morcellement
de l'Inde (déjà bien entamé par le prosélytisme
violent et sécessionniste, par les maoïstes de la Chine
et par l'islam.) que vous cherchez ? Est-ce une préparation pour
assurer vos lecteurs que l'Inde est fanatique, quasi-nazie, bref « horrible
» (même si l'on ne sait pas pourquoi !) et le Pakistan,
l'enfant chéri, principale source de terreur dans le monde, est
admirable ? Bref que l'Inde est essentiellement mûre pour les
futurs bombardement américains ?
Vous parlez du nationalisme
hindou, comme d'une plaie. On parle en Occident de « droite
hindoue », mais M. Adler, l'Inde n'a jamais eu ni de « droite
» ni de gauche, ces notions importées d'Occident n'y ont
pas de sens, sauf pour des intérêts politiques particuliers.
La civilisation indienne n'a jamais connu que le Centre.
Ces propos ne tiennent
pas d'un idéal ni d'idées. Je vis depuis de nombreuses
années en Inde, étudiant les origines de sa civilisation
et la richesse de sa culture. Nous vivons au cur de la population
et en contact avec différents milieux. Avons des yeux pour voir,
et un discernement pour comprendre. Nous sommes fatigués de vos
campagnes de mensonge éhonté.
Est-ce l'inconnu et
le différent qui hérisse le monde occidental ? Est-ce
ignorance ? aveuglement ? Perversion politiquement correcte ?
Nicole Elfi
(Nicole Elfi vit en Inde depuis plus de vingt cinq ans, elle est l'auteur
du livre Satprem,
par un fil de lumière, publié aux Éditions
Robert-Laffont)

Messieurs,
Jai vécu
plusieurs années en Inde où je retourne régulièrement.
Jy ai aussi de nombreux contacts. Cest un pays que je connais
donc assez bien et que jaime profondément. Aussi, jai
été très choqué par lédition
du « Courrier International » n° 547 du 31 janvier.
Sa couverture et son
titre racoleurs LInde, la fièvre hindouiste sont
de la pure manipulation médiatique. Et on voit bien ce que vous
essayez dévoquer auprès du public : lInde
serait prise par la fièvre fascisante dun supposé
« nationalisme hindou ». Cela relève plus du sensationnalisme
que du journalisme.
Quant à votre
dossier sur lInde, il manque totalement dobjectivité
et présente une image fausse et biaisée de la situation
qui prévaut actuellement dans ce pays. Image que veulent projeter
les opposants au BJP, et il est vraiment regrettable que vous la propagiez.
Est-ce volontaire ou accidentel ?
Comme à chaque
élection qui ont lieu en Inde, et il y en a sous peu en Uttar
Pradesh, les pythies du Congrès et de la pseudo-intelligentsia
occidentalisée dobédience marxiste, dont Romila
Thapar est une des chefs de file, entonnent régulièrement
le refrain de la menace que ferait peser sur la démocratie indienne
le BJP et les organisations hindoues, notamment le RSS. Déjà,
avant les élections de 1998 et la victoire du BJP, elles nous
annonçaient les pires calamités qui allaient sabattre
sur les minorités en Inde si le BJP accédait au pouvoir.
Depuis rien de tout cela ne sest produit, et au contraire une
baisse des conflits intercommunautaires a même été
enregistrée. Il est maintenant reconnu de tous que ces conflits
ont été beaucoup plus limités dans tous les États
gouvernés par le BJP ou ses alliés quils ne létaient
dans ces mêmes États lorsque le Congrès était
au pouvoir.
Dautre part,
l'article d'Alexandre Adler, comme dautres dans ce dossier, sont
entachés derreurs grossières quune analyse
plus approfondie des sujets abordés aurait permis déviter.
Sans pouvoir rentrer dans le détail, malheureusement, citons
tout dabord le Cachemire. Contrairement à ce que Alexandre
Adler écrit, cet État ne faisait absolument pas partie
des provinces rattachées au Pakistan lors de la partition. Bien
au contraire, comme le lui permettait « lIndian Independance
Bill », le Maharadjah Hari Singh opta pour lIndépendance
de son État qui fut envahi après le 15 août 1947
par des mercenaires pakistanais. Hari Singh fit alors appel à
New Delhi et demanda le rattachement de son État à lUnion
indienne. Lacte daccession du Cachemire à lInde
fut signé le 26 octobre 1947. Ce que semble (ou veut ?) méconnaître
aussi Monsieur Edward Luce du « Financial Times ».
Et si aujourdhui Delhi est prêt à reconnaître
la ligne de contrôle comme frontière avec le Pakistan,
ce dernier ne lentend pas de la sorte. Par tous les moyens, y
compris le terrorisme, comme cela est aujourdhui largement avéré,
il cherche à amener le Cachemire dans son giron.
Toujours au sujet du
Cachemire Alexandre Adler écrit aussi quIl ny aura
pas de phase deux de la négociation du fait des événements
dramatiques qui découlèrent de la partition de lInde
et entraînèrent le durcissement de la frontière
ouest. Mais ce que vous ne précisez pas, le savez-vous
au moins ? , cest que lÉtat islamique du Pakistan
fut créé pour et par les musulmans sous la pression des
fondamentalistes de la Ligue Musulmane de Mohammed Ali Jinnah, alors
que lUnion indienne optait pour la démocratie. Et les terribles
massacres qui suivirent la partition commencèrent au Pakistan
où les musulmans attaquèrent les « infidèles
» hindous qui finirent par répliquer. Et pendant que les
musulmans de lInde et du Pakistan chantaient partout, comme lécrit
Alain Daniélou dans son « Histoire de lInde »,
« nous avons eu le Pakistan pour une chanson, Delhi nous coûtera
une bataille » [...] les hindous du Pakistan [infidèles
au yeux de lIslam] furent spoliés, massacrés, privés
de droit civique et de protection. Les survivants quittèrent
en masse leurs maisons, leurs terres, leurs villages, dans un exode
qui fut lun des plus effarants des temps modernes et nest
pas encore terminé. Tandis que plus de la moitié des musulmans
choisirent de rester dans lInde démocratique et laïque
où ils conservaient leurs biens et leurs droits. Et si aujourdhui
130 millions de musulmans vivent en Inde, la communauté hindoue
du Pakistan et du Bangladesh, où elle est victime de pogroms
réguliers, sest réduite à une peau de chagrin.
Il y avait 25% dhindous avant la partition dans ce qui devint
le Pakistan, 15% après et environ 1% aujourdhui !
Au sujet de la situation
actuelle entre lInde et le Pakistan vous écrivez que Musharraf
et Vajpayee sont condamnés à reprendre les choses là
où leurs prédécesseurs les avaient laissées.
Mais Monsieur Adler ignore-t-il donc la poignée de main historique
de Lahore, le 28 février 1999, à linitiative du
Premier Ministre indien, Monsieur Atal Behari Vajpayee, pourtant qualifié
péjorativement de « nationaliste hindou », avec son
homologue pakistanais Nawaz Sharif ? Initiative qui instaurait un climat
de détente sans précédent entre les deux pays.
Mais le Général Musharraf, lactuel dictacteur pakistanais
alors chef des armées, trahissant une nouvelle fois la confiance
de New Delhi, allait en profiter pour organiser et lancer lopération
de Kargil qui conduisit à un regain de tension entre les deux
pays. Et si une « vraie » guerre fut évitée,
in extremis, c'est parce que Bill Clinton fit pression sur le Premier
ministre pakistanais Nawaz Sharif afin quil ordonne le retrait
de l'armée et des terroristes islamistes infiltrés sur
le territoire indien dans les hauteurs de Kargil.
L'ignorance de cette
rencontre de Lahore se révèle aussi dans votre chronologie
Vingt ans dinstabilité dans laquelle il nest
fait nulle mention de cet événement.
Rappelons aussi que
malgré limplication de Musharraf dans lopération
de Kargil, A.B. Vajpayee linvita au sommet dAgra en 2001.
Je ne vois pas non
plus quel fait autorise Alexandre Adler à écrire que A.B.
Vajpayee rejette lIslam. Cest de la pure affabulation, rien
dans ses propos et actes ne le permet. Au contraire, je pourrais citer
à titre dexemple, en plus de la poignée de mains
de Lahore, lamélioration progressive des relations entre
lInde et le Bangladesh, république islamique, initiée
sous la législature dA.B. Vajpayee qui a permis la mise
en place dun service de bus direct entre Dacca et Calcutta en
1999. Un projet de liaison ferroviaire entre les deux voisins était
en cours délaboration jusquà la victoire de
lopposition fondamentaliste musulmane pro-pakistanaise conduite
par Khaleda Zia, la veuve du général Zia Ur-Rahman, aux
élections législatives doctobre 2001.
Dautre part,
Alexandre Adler met sur le même pied Musharraf et A.B. Vajpayee.
Aurait-il oublié que son « Atatürk » soutenait
financièrement, militairement et logistiquement, et ce
jusquau 11 septembre 2001 , les talibans ainsi que le terrorisme
islamique transfrontalier non seulement au Cachemire mais dans lInde
entière ? Rappelons que les auteurs de l' attentat
terroriste du 1er octobre 2001 contre le Parlement du Cachemire étaient
des militants du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed, organisation ayant
pignon sur rue au Pakistan et que ceux ayant perpétré
celui contre le Parlement indien du 13 décembre étaient
des Pakistanais [1].
On comprendra aisément
les méfiances de New Delhi vis-à-vis du parangon de la
lutte anti-terroriste dIslamabad.
Pour terminer au sujet
de article d'Alexandre Adler, concernant la question communiste et les
capables leaders marxistes des grands états comme lécrit,
voici quelques chiffres qui vous feront peut être réflechir
: daprès « lIndian Express » du 16 décembre
1999, il y aurait eu, en 1998, 165 décès dus à
des actes de violence politique au Bengale communiste de Jyoti Basu.
Et en 1999 ce record était sur le point dêtre battu.
Le Kérala communiste nest pas en reste. Parmi les victimes,
principalement des opposants politiques au gouvernement communiste.
Mais sur cet extrémisme marxiste là, farouchement anti-hindou,
rien dans nos médias.
Quelques points rapidement
en ce qui concerne les autres articles de votre dossier. Dans
votre « Chronologie », à lannée 1999-2000
sont évoquées des violences contre les chrétiens
auxquelles les organisations nationalistes hindoues sont soupçonnées
dy être impliquées. Vous semblez totalement ignorer
le résultat de lenquête de la commission du Juge
Wadhwa qui a innocenté totalement les organisations hindoues
de toute participation dans une quelconque campagne de violence envers
la minorité chrétienne cette année là. Ce
qua confirmé le rapport de la National Commission for Minorities
(NCM) paru en Inde en février 2001. Ce rapport conclut qu' aucun
parti politique en particulier, aucune organisation, religieuse ou non,
n'a orchestré les attaques dont ont pu être victimes des
chrétiens. Ce sont des actes individuels isolés. Par contre,
ce rapport condamne les médias pour leur empressement à
établir ce genre de conclusion comme vous le faites dans
votre journal.
Dans votre rubrique
« Organisation », au sujet du RSS nous pouvons lire que
MS Golwalkar a préconisé une politique de discrimination
à légard des musulmans et des autres minorités
religieuses. Or, savez-vous que les volontaires de cette organisation,
que vous qualifiez de « miliciens », se dépensent
sans compter lors des catastrophes qui frappent lInde afin de
porter secours à tous sans aucune discrimination religieuse,
sociale ou de caste, comme ce fut le cas lors du terrible cyclone en
Orissa en 1999 et du tremblement de terre au Gujarat en janvier 2001.
Messieurs, vous êtes
journalistes ? Eh bien démarrez une enquête digne de ce
nom sur le RSS, et je vous mets au défi de trouver quoi que soit
de « fasciste » dans cette organisation.
Quant à larticle
LIslam dans le collimateur, là, franchement, chapeau
Monsieur Saba Naqvi Bhaumik. Qui ne trouvera pas légitime que
le gouvernement dun pays en proie au terrorisme dorganisations
islamistes décide de sévir contre des madrasas
qui plus est illégales et dont le programme a été
adopté par celles qui ont formé les talibans au Pakistan
! Le contraire serait tout simplement irresponsable après le
11 septembre, lattentat du 1er octobre contre le Parlement cachemiri,
lattentat du 13 décembre contre le Parlement indien et
celui de janvier contre un centre culturel américain à
Calcutta. Alors que la plupart des gouvernements en la circonstance
ont pris des mesures spéciales (fouilles des voitures, contrôle
des communications, etc.), Monsieur Bhaumik nous présente celles
du gouvernement indien comme une campagne des extrémistes hindous.
Là, les bras men tombent !
Comment est-il possible
que la direction de la rédaction du « Courrier International
» nait pas relevé le ridicule de ces arguments ainsi
que leur caractère fallacieux ?
À titre dexemple
du caractère spécieux des arguments avancés par
Monsieur Bhaumik, citons celui du financement de ces madrasas par des
fonds étrangers. Si effectivement le VHP reçoit des dons
de létranger, les bâilleurs de fonds de la plupart
des madrasas indiennes ne sont pas nimporte quelle nation : LArabie
Saoudite et les Émirats Arabes Unis. Celles là même
qui financèrent et financent encore aujourdhui les madrasas
pakistanaises où naquit le mouvement taliban et qui abritent
les membres des organisations islamistes les plus rigoristes. Il est
largement avéré aujourdhui que ces nations soutiennent
le fondamentalisme islamique international, de la Bosnie à la
Tchétchénie en passant par nos banlieues.
Et cest ce fondamentalisme
islamique, entre autre, qui menace la cohésion de la société
indienne.
Non, Messieurs, on
ne peut pas publier nimporte quoi. La déontologie de votre
métier exigerait plus de professionnalisme et vous devriez avoir
à cur de publier un dossier plus réaliste et sérieux
sur l'Inde.
Bien
cordialement,
Laurent Baldo
(Laurent Baldo, a vécu sept ans en Inde, pays
où il retourne régulièrement et où il a
de nombreux contacts. Il est membre fondateur de l'association Jaïa-Bharati
dont il est Président.)
[1] Depuis la parution de ce dossier,
le dictateur pakistanais n'a montré aucune volonté d'éradiquer
le terrorisme transfrontalier qui émane du Pakistan (voir l'article
Le Pakistan un état terroriste).
